La crise n’est pas la réponse à tout !

PREALABLE CSE CENTRAL 1er JUILLET 2020

Madame la présidente,

Lors de la séance du CSE Central du 15 avril dernier, le sort de France 4 et France Ô avait été abordé et vous aviez alors précisé que les décrets concernant les fermetures de ces deux chaînes n’étaient pas encore signés. Nous pouvions donc espérer un maintien de ces chaînes sur la TNT ! A l’époque, il faut l’avouer, nous étions très loin de penser qu’il faudrait attendre jusqu’au mois de juillet pour connaître les arbitrages de Franck Riester ! Enfin, au point où nous en sommes, il faut envisager que ce soit un autre ministre de la Culture qui annonce la décision du gouvernement, dans les prochaines semaines…

D’ici là, les salariés de France Télévisions, en particulier ceux qui travaillent pour ces antennes, ont le sentiment d’avoir été placés « en attente » pendant deux mois et demi, puis d’avoir été oubliés par nos interlocuteurs. Ce retard, personne ne semble vouloir l’assumer puisque le ministre de la Culture indiquait aux organisations syndicales, fin mai, qu’il venait tout juste de recevoir les documents lui permettant de prendre une décision motivée.

Même si la direction tente d’accompagner et de soutenir les équipes de France4 et France Ô, c’est indéniable, ce retard aura mis une pression inutile sur les équipes. Un stress supplémentaire qui sera plus facile à évacuer si France 4 et France Ô sont maintenues sur la TNT, ce que nous espérons toujours. Dans le cas contraire, cette attente inutile aura été un épisode pénible, un de plus, dans la gestion de ce dossier.

Autre attente difficilement supportable, celle que subissent des milliers de salariés non-permanents de France Télévisions. Fin mai, trois organisations syndicales représentatives ont signé avec la direction un accord sur la mise en place d’un fonds de soutien. Nous sommes maintenant en juillet et de très nombreux CDD, pigistes ou intermittents n’ont toujours pas reçu le moindre message personnel, le moindre mail pour confirmer leur éligibilité au fonds de soutien. Nous regrettons une nouvelle fois que la direction affiche, depuis trois mois, une telle différence de traitement entre ses salariés permanents et les autres.

Incertitude aussi pour les salariés qui travaillent dans les stations, en outremer, en régions ou au Siège. Le retour à une situation normale, ou quasi normale, c’est pour quand ? La reprise d’activité liée aux élections municipales n’a pas permis de lever les doutes sur la place du télétravail ou sur le retour à des méthodes de travail traditionnelles, notamment en montage ou en production. Le calendrier de reprise progressive est encore flou dans de nombreux sites, et il est trop rarement construit avec les salariés et leurs représentants. Sans oublier que des mauvaises habitudes se sont installées, notamment un « casting » imposé trop souvent aux équipes des éditions nationales d’information. Il nous faut l’assurance que cette pratique insultante, humiliante, qui divise les équipes, cesse à l’avenir. Elle a créé énormément de traumatismes à un moment où chacun participait du mieux possible aux efforts dans le cadre de notre mission de Service Public. Un directeur mal inspiré a même osé la comparaison, en parlant de salariés, entre des « 2CV et des Ferrari ». Une expression scandaleuse qu’il aurait dû laisser au garage. Des centaines de salariés sont donc appelés à partir en vacances dans les prochains jours sans vraiment savoir dans quelles conditions ils reprendront le travail.

Inquiétude enfin pour l’avenir de l’emploi au sein de France Télévisions. En 2019, la direction avait annoncé un plan de recomposition des effectifs de l’entreprise étalé jusqu’en 2022 mais aujourd’hui, nous voyons surtout les départs et quasiment pas les recrutements. Or, sans une politique ambitieuse de recrutement, comment « recomposer » les effectifs, équilibrer la pyramide des âges et soutenir les projets de développement ? Le SNJ avait négocié mais n’avait pas signé la version finale de l’accord de mai 2019, estimant que les garanties sur les recrutements étaient trop faibles. A ce stade, nous déplorons que l’application de l’accord nous donne raison, et nous craignons que la crise sanitaire devienne un prétexte.

Toutes ces questions en suspens s’ajoutent évidemment à l’incertitude autour de la gouvernance de France Télévisions, mais celle-ci revient tous les cinq ans et elle fait partie de la vie de l’entreprise. En revanche, nous souhaitons que tous les sujets essentiels que nous venons de citer soient abordés et débattus sérieusement au cours de ce CSE Central. La crise sanitaire ne fait pas encore partie de notre passé, elle pèse encore sur le présent, mais elle ne peut pas justifier durablement toutes les incertitudes qui affectent aujourd’hui France Télévisions et ses salariés.

Paris, le 1er juillet 2020

Guyane la 1ère : motion des élus SNJ et SRCTA-UNSA sur la crise sanitaire

Le 16 juin 2020

Réunis ce jour en CSE extraordinaire suite à leur demande du mardi 9 juin, les représentants des syndicats SNJ et SRCTA-UNSA demandent instamment à la direction de renforcer les mesures de protection d’hygiène et de sécurité pour protéger l’ensemble des salariés contre la Covid-19.

La direction locale assure le dialogue social, s’est déjà impliquée dans l’achat de masques, de gel et l’affichage de mesures barrières, mais il faut aller plus loin et beaucoup plus vite avec le passage en phase 3 d’une épidémie généralisée et hors de contrôle, pour protéger le personnel. Nous pouvons à tout moment être confrontés à des cas de covid-19 parmi les salariés de Guyane la 1ère.

Par conséquent, nous ne pouvons plus reprendre une activité normale comme annoncée dans certaines stations de France Télévisions sans renforcer les équipements de protection individuelle pour les salariés, tant en interne que lors des missions à l’extérieur.

Nous demandons l’arrêt des productions programmées à l’extérieur, en particulier la captation du concert de la fête de la musique avec le groupe Les Blue Stars, prévue le samedi 20 juin. 17 musiciens seraient prévus pour ce spectacle, plus nos collègues, alors que les recommandations préfectorales annoncent des regroupements maximum de 10 personnes.

Les représentants du personnel demandent aussi l’arrêt des invités en plateau (JT, émission diverses), comme cela se faisait pendant la période de confinement.

Nous voulons poursuivre notre mission d’information sur le terrain et recevoir les invités uniquement par visio-conférence pendant toute la durée de la circulation du virus en Guyane. La direction doit prendre des mesures nécessaires pour la réalisation à distance de l’émission spéciale Covid-19 du 18 juin 2020 pour protéger nos collègues et les invités.

Les élus SNJ et SRCTA-UNSA constatent une présence trop importante du personnel dans la station, eu égard à la situation sanitaire très critique : 1421 cas de Covid-19 confirmés, 5 décès, dont deux ce matin.

Pendant cette période de flambée épidémique très inquiétante, nous demandons à la direction de recourir au maximum au télétravail, de façon exceptionnelle, ou à d’autres dispositifs d’éloignement du personnel sans aucune perte de salaire. Toutes les décisions doivent être prises en concertation avec les intéressés.

Les élus SNJ et SRCTA-UNSA demandent à la direction de Guyane la 1ère de fournir un protocole précis sur les actions mises en place si un ou plusieurs cas de Covid-19 confirmés ou des sujets contacts étaient constatés dans la station : communication auprès du personnel, placement en quatorzaine, mesures de protection, tests, désinfection, mode de continuité de l’activité…

Les représentants du personnel SNJ et SRCTA-UNSA réclament l’installation d’urgence des protections en plexiglas dans les espaces de travail partagés : salles de montage, régie de production télé, studio radio, cafeteria…

Les élus concernés demandent la généralisation des gels hydro alcooliques dans la station, dans les couloirs et dans les espaces de travail partagés. Ils réclament la dotation minimale de six masques lavables par salarié, comme indiqué dans la démarche de prise en charge du groupe France Télévisions et des flacons de gel individuel.

Nous demandons également la poursuite du nettoyage systématique des locaux et la désinfection générale du bâtiment au moins une fois par mois sous le contrôle du chef d’établissement ou de son représentant. Les élus SNJ et SRCTA-UNSA resteront vigilants quant à la mise en place de toutes les mesures destinées à protéger les salariés de Guyane la 1ère qu’ils travaillent à Saint-Laurent, Kourou ou Remire-Montjoly.

Le SNJ signe pour l’indemnisation des précaires

CRISE SANITAIRE – CRISE DE L’EMPLOI

La négociation pour la mise en place d’un fonds de soutien aux salariés non-permanents de France télévisions est terminée. Le SNJ a décidé de signer la version finale du texte. En l’espace d’un mois, les échanges ont permis de faire bouger les lignes. Le dispositif de soutien aux précaires, initialement proposé par la direction, a été profondément modifié. Changements sur les critères d’éligibilité des ayant-droits, sur le mode de calcul et  la durée des indemnités, et enfin sur le financement du fonds.

Qui est éligible ? La proposition initiale de la direction ciblait les précaires ayant franchi un seuil de piges, cachets ou CDD effectués sur six mois. La négociation a permis d’ajouter un second critère d’éligibilité, sur la base d’un seuil atteint sur 12 mois, et un troisième visant tous les précaires “historiques”.

En outre, pour les femmes concernées, la période d’arrêt de travail liée à une maternité dans l’année de référence sera prise en compte dans le calcul pour l’ouverture et la détermination des droits.

Avec ces filets de sécurité, ce sont près de deux mille salarié(e)s précaires qui bénéficieront du plan de soutien, en application d’au moins un des trois critères définis :

Critère  d’éligibilité N° 1 sur 6 mois (1er septembre 2019 – 29 février 2020)

40 jours travaillés pour pigistes, cachetiers, CDDU

60 jours payés pour CDD de droit commun

Critère d’éligibilité N° 2  sur 12 mois (1er mars 2019 – 29 février 2020)

80 jours travaillés pour pigistes, cachetiers, CDDU

120 jours payés pour CDD de droit commun

Critère d’éligibilité N° 3

Avoir reçu en 2018 le courrier de la direction reconnaissant une priorité au recrutement à ses destinataires.

Pour celles et ceux qui ne rempliraient pas au moins un de ces critères, le SNJ reste mobilisé pour que d’autres mécanismes de soutien puissent être mis en place par les entreprises de l’audiovisuel public ou par le ministère de la Culture.  

Quelle indemnité ? L’accord prévoit de verser aux précaires, sur le mois X, une indemnité correspondant à la moyenne de leurs rémunérations France télévisions sur les 12 mois de la période mars 2019-février 2020, déduction faite d’une éventuelle rémunération France télévisions perçue le mois X et d’une partie de l’éventuelle allocation Pôle Emploi, acquise sur la base des précédents contrats avec France télévisions.

Des cotisations sociales – sauf celles pour Pôle Emploi – seront acquittées sur cette indemnité.

Combien de temps ? Le dispositif doit couvrir dans un premier temps la période du 11 mai au 31 août. Une indemnité devrait être versée chaque mois aux salariés éligibles. Une prolongation du dispositif pourrait être décidée lors d’une réunion de bilan, dans la première quinzaine de septembre, en fonction du niveau d’activité constaté des personnels non-permanents. Pour le SNJ, soit l’activité redémarre, ce que tout le monde souhaite, soit le dispositif devra être prolongé.

Qui paye ? La direction assume la totalité du plan dont elle garantit la mise en œuvre intégrale. Le budget est estimé à une quinzaine de millions d’euros, pour une première phase de 4 mois du 11 mai au 31 août.

Une partie minoritaire de ce financement proviendra de la réorientation de provisions liées au CET (compte-épargne-temps). Limiter à 5 jours l’alimentation des CET au titre de 2020 permet de dégager plus de 4 millions d’euros, bloqués dans les comptes de l’entreprise.

La seule conséquence, pour les permanents ayant un CET, sera de devoir prendre la quasi-totalité de leurs congés sur l’année 2020. L’accord prévoit également un mécanisme symbolique de dons de jours de RTT sur la base du volontariat, sans incidence sur le niveau des droits des salariés précaires.

L’Etat n’avait pas autorisé France télévisions à recourir au dispositif de chômage partiel. Une bonne chose pour les permanents, une terrible injustice pour les précaires. Il revenait aux syndicats de trouver avec l’entreprise le moyen de se substituer à l’État, en assurant une alternative au chômage partiel pour les non-permanents privés d’emplois.

Le SNJ avait refusé la logique initiale, “caritative”, du projet, obligeant ainsi la direction à revoir sa copie. En effet, elle subordonnait l’indemnisation des précaires au “bon coeur” des permanents. L’accord conclu est, lui, bâti sur la reconnaissance de droits individuels et collectifs et sur un financement sans aléas.

Le SNJ a joué le jeu de la négociation pour faire évoluer le projet d’accord. Notre préoccupation majeure a toujours été de ne pas abandonner nos collègues et confrères précaires, fortement touchés par la crise sanitaire et économique. Nous signerons donc l’accord afin qu’il devienne applicable.

Paris le vendredi 22 mai 2020

CSE Siège du 14 mai 2020 : notre compte-rendu

Ce CSE Siège était qualifié d’ordinaire, contrairement aux précédents tenus depuis mars. Un ordre du jour, quasi classique sans points concernant le Covid-19, même si les élus avaient des questions sur le sujet.

Où sont les masques en tissu promis lors de la dernière instance ?

Pourquoi la direction, de manière unilatérale, a-t-elle réduit le nombre de monteurs en télétravail ?

Pourquoi les lingettes manquent toujours sur site ?

Ce sont toutes ces questions toujours sans réponses concrètes qui tendent un peu le dialogue social, entre ce qu’on nous dit en séance et la réalité du terrain, comme le SNJ l’a résumé dans son préambule.

Un point a été fait sur la Rupture Conventionnelle Collective. Au 20 avril, sur l’ensemble de l’entreprise, 772 départs dont 72 projets professionnels. La direction précise que les dossiers présentés pour des projets professionnels et pas encore traités, pourront être retirés par les intéressés qui souhaiteraient donc se rétracter au regard de la crise sanitaire, qui compromet sérieusement de nouveaux projets à court et moyen terme voire plus. Ce sera du cas par cas, bien évidemment.

Autre point qui concerne tout le siège, la reprise du restaurant d’entreprise. La cantine rouvrira le 25 mai, une semaine avant, pour le personnel qui aura pour tâche difficile de tout remettre en état pour nous recevoir au  mieux !

Sans trop s’avancer sur cette réouverture, il est prévu de :

– Comptabiliser les entrées

– Réguler les flux

– Permettre 350 repas étalés sur 3 heures

Il est prévu tous types de protections pour les salariés et les consommateurs, pour éviter toute propagation du virus. A priori, une chaise par table pour une configuration qui, selon nous, posera problème en fonction du nombre de salariés, lorsque les télétravailleurs reviendront. Mais nous n’en sommes pas là, et nous comprenons que cette réouverture est importante et délicate à la fois. Nous suivrons bien sûr les conditions d’exploitation de la cantine, avec bienveillance. La réouverture de la cafétéria est quant à elle prévue le 2 juin.

Le prochain CSE aura lieu le 4 juin, entre temps les questions Covid et, nous l’espérons, celles autour du plan de reprise d’activité seront évoquées lors de la Commission Santé Sécurité et Conditions de Travail du 27 mai.

Vos élus SNJ FTV

Paris, le 18 mai 2020

CSE Réseau régional France 3 du 14 mai 2020 : liminaire des élus SNJ

Avec le confinement, depuis le 16 mars, les 3/4 des éditions d’information du réseau régional ont disparu. Un chiffre éloquent qui ne peut que nous interroger.

Malgré votre dernier communiqué, Mme la directrice, le réseau est dormant ! Et vous avez décidé de le laisser en l’état à l’heure où le pays se réveille d’une longue léthargie.

Déjà 8 semaines que nous sommes en mode survie ! Et vous nous en imposez 5 de plus, dans le meilleur des cas ! Certains de nos directeurs régionaux nous préparent déjà au pire, avec 15 semaines d’antenne réduite en plus ! D’autres directions régionales ont d’ores et déjà annoncé un retour « tronqué » d’éditions locales mutualisées avec comme sujet unique « la solidarité »… N’est-ce pas ce dont nous avons parlé dans les JT Grande région depuis 2 mois ?

Il semble pourtant clair que plus nous attendons, plus nous prenons des risques pour notre avenir. Que restera-t-il de nos collectifs de travail et de notre relation avec le public après 5 à 6 mois d’antennes très réduites?

Et ce n’est pas en laissant les pratiques sauvages fleurir ici et là, sans aucune concertation ni accord que le dialogue social pourra réellement s’épanouir au sein de l’entreprise.

En terme de sécurité des salariés, face à la pandémie, ce sont aussi des mauvaises conditions de travail qui se répandent ! Par exemple, lorsqu’on interdit aux équipes de reportage d’entrer sur les sites, ou lorsqu’on laisse se développer un immense sentiment d’inutilité pour celles et ceux auxquels aucun travail n’est demandé. Dans quel état seront ces salariés après des mois sans activité ?

Sans parler des CDD et intermittents qui redoutent d’être les laissés pour compte de France Télévisions.

Le SNJ demande plus d’autonomie pour une vraie reprise dans les rédactions et les centres techniques. L’autonomie, n’est pas la liberté de faire ce que l’on veut, mais celle de co-construire le travail, de penser et de réfléchir ensemble dans le respect des nouvelles normes sanitaires.

C’est dans les moments difficiles que l’on peut créer du lien entre tous les salariés. Et cette sortie progressive de la crise sanitaire devrait être justement, ce moment unique et intéressant pour rebâtir le réseau, en n’infligeant pas à nos téléspectateurs qui tentent de reprendre une vie normale, de longues semaines supplémentaires d’antennes en mode dégradé.

C’est ce que nous espérons pouvoir faire avec vous, dans nos instances mais aussi dans nos rédactions et dans tous les collectifs de travail.

le 14 mai 2020

Soutien aux précaires : la direction entre confusion et chantage

Depuis les premiers jours de la baisse d’activité liée à la crise sanitaire, mi-mars, le SNJ exige la mise en place d’un dispositif de soutien aux salariés non-permanents. Après des semaines de tergiversations, la direction a proposé le jeudi 7 mai aux quatre syndicats représentatifs sur l’ensemble de l’entreprise (SNJ, CFDT, CGT et FO) la négociation d’un accord sur « un fonds de soutien solidaire » qui pourrait entrer en vigueur dès le lundi 11 mai.

Au cours de la négociation, la direction a affirmé ne pas avoir les moyens financiers pour assumer seule ce fonds de soutien, et propose donc un principe de « vases communicants » : ce qu’on pourra prendre aux salariés CDI d’un côté (annulation de jours de congés, dons de jours de RTT, ou limitation du compte épargne-temps) serait reversé sous forme monétaire à certains salariés non-permanents.

La direction propose de rendre éligibles à ce fonds de soutien les CDD ayant travaillé au moins 45 jours entre le 1er novembre 2019 et le 29 février 2020, ainsi que les intermittents, pigistes et cachetiers ayant travaillé 30 jours sur cette période. 

Si nous estimons urgent d’instaurer un dispositif de soutien à nos collègues non-permanents, son financement doit être solide, il ne peut pas reposer en partie sur des « promesses de dons » ! Rappelons que Radio France a mis en place dès le 20 mars, et sans contrepartie, un dispositif de soutien large et précis pour ses CDD, pigistes et intermittents. France Médias Monde (RFI, France 24) et Arte ont rapidement suivi, avec des dispositifs proches.

Mais à France Télévisions, de loin le plus gros budget de l’audiovisuel public, ce serait impossible : on « n’a pas les moyens ». Pourtant, d’après les chiffres avancés par la direction, prendre entièrement en charge ce fonds de soutien jusqu’à la fin du mois d’août coûterait 9 millions d’euros, soit moins de 0,5 % du budget annuel de France Télévisions ! Un budget 2020 qui prévoit d’ailleurs une ligne spécifique pour les salaires des non-permanents.

Mais non, selon la direction, France Télévisions « n’a pas les moyens » d’assumer la totalité de ce fonds de soutien. On se demande bien d’où sort le chèque de 20 millions d’euros destiné à des sociétés de production privées, et qui n’était pas prévu dans le budget 2020 ? Un chèque visiblement débloqué sans la moindre difficulté, et annoncé comme un « effort exceptionnel » le 29 avril par la présidente (et candidate à sa propre succession) de France Télévisions.

Et il serait impossible de faire un effort exceptionnel pour les pigistes, CDD et intermittents durement touchés par la crise sanitaire et économique ? La direction de France Télévisions essaie de déléguer une partie de sa responsabilité sociale à ses salariés permanents !

Nous ne doutons pas de la générosité de ces derniers, d’ailleurs certains se sont déjà organisés pour aider les non-permanents, à travers des cagnottes en ligne par exemple. Mais se lancer dans un financement participatif aléatoire, est-ce digne d’un employeur dont le chiffre d’affaires dépassait les 3 milliards d’euros en 2018 ? Rappelons encore une fois que France Télévisions n’utilise pas le système de « chômage partiel » qui permettrait notamment d’indemniser ses pigistes. 

Le SNJ demande la mise en place immédiate, dès le mois de mai, de ce dispositif de soutien dont les modalités peuvent encore être améliorées. Mais son financement doit être assumé par la direction, il en va de sa responsabilité.

Le SNJ considère par ailleurs qu’il est de la responsabilité des organisations syndicales, dans la période exceptionnelle que nous vivons, d’accepter de négocier des ajustements exceptionnels à certains aspects de nos accords collectifs. Ces ajustements, qui auraient une portée collective et limitée dans le temps, pourraient par exemple concerner les modalités du compte épargne-temps (CET) ou encore la NAO (négociation annuelle obligatoire sur les salaires).

Nous l’avons annoncé lors de la réunion du 7 mai, nous sommes prêts à nous y engager, dans l’intérêt de France Télévisions. Mais ces ajustements doivent être négociés indépendamment du fonds de soutien aux salariés non-permanents, dont le financement revient à l’employeur. Cette confusion des genres n’est pas souhaitable.

Paris, le 11 mai 2020

Attention au crash éditorial pendant la crise sanitaire !

« Mission de service public » : avec la crise sanitaire liée au coronavirus Covid-19, les communiqués de la direction de France Télévisions multiplient les références à ce terme. Mais entre la communication et la réalité de ce que nous vivons dans l’entreprise, il y a un gouffre. En témoignent la ligne éditoriale de certaines éditions, la déontologie, les pratiques professionnelles et les outils mis en œuvre.

La direction de l’information assume la ligne éditoriale qu’elle a fixée. Il s’agit pourtant trop souvent d’un discours unique et formaté, relayant la communication gouvernementale. Les éditions nationales de JT, en particulier le 20h de France 2, sont transformées en un interminable défilé de ministres et responsables politiques LREM. Le tout avec un rappel permanent et moralisateur à la solidarité et à la responsabilité individuelle de chaque citoyen.

Mais rien, ou si peu, sur les responsabilités et devoirs du pouvoir politique. Aucune mise en perspective des faits : pourquoi avoir négligé pendant des mois les grévistes de l’hôpital public, qui réclamaient des moyens supplémentaires ? Fallait-il organiser le premier tour des municipales ? Le gouvernement a-t-il sous-estimé les alertes ?

Les occasions d’enrichir l’offre éditoriale, de proposer une mise en perspective et de garantir le pluralisme des idées sont nombreuses, même en période de crise :

– Des citoyens, des syndicats, des associations, s’inquiètent des risques de dérives de l’État démocratique, au travers des pleins pouvoirs accordés au ministère de  l’Intérieur et à de possibles contrôles à distance des déplacements. Ces interrogations n’ont que peu d’écho dans nos JT.

– Des hôpitaux ouvrent des cagnottes en ligne pour récolter des fonds et améliorer le quotidien des patients et des soignants. En France, un des pays les plus riches au monde, comment un pouvoir politique a-t-il pu faillir au point d’obliger l’hôpital public à faire appel à la générosité des citoyens ?

– Comment est vécue la crise sanitaire par les Français ultramarins ? Quels sont les problèmes spécifiques de ces territoires ?

– Pourquoi d’autres pays ont-ils choisi une politique différente pour les tests de dépistage et l’utilisation des masques ?

– Retour sur les discours économiques présentés (parfois sur nos plateaux) comme « réalistes » et « indispensables » et qui préconisent depuis des années la diminution des moyens alloués au service public et notamment aux hôpitaux. Bref, comment en est-on arrivés là…

– Etc.

Certes, tous ces débats sont de plus en plus présents, en particulier dans les éditions numériques de France Télévisions, grâce à la diversité des rédactions qui les animent. Le contraste entre cette richesse éditoriale et la parole unique des éditions nationales des JT n’en est que plus incompréhensible.

Le travail journalistique est plus que jamais indispensable. Le respect des règles déontologiques aussi. Reprenant un message diffusé sur les réseaux sociaux, sans recouper suffisamment l’information, France 3 Occitanie a affirmé qu’un homme de 48 ans, était décédé brutalement du Covid-19. Ce n’était pas le cas. 

Personne n’est à l’abri d’une erreur, surtout quand les conditions de travail sont compliquées en raison du confinement. Mais rien n’excuse l’absence d’une vraie rectification de l’information vis-à-vis de notre public. Est inacceptable aussi le comportement de l’encadrement qui choisit d’étouffer l’affaire et de s’en prendre aux « lanceurs d’alerte », dont un représentant du SNJ.

Enfin, depuis le début de la crise sanitaire, les journalistes et les équipes de reportage font preuve d’ingéniosité. Quitte à diffuser des sujets à la qualité d’images et de son dégradée, en raison de l’utilisation de visioconférences ou de smartphones. C’est tout à leur honneur d’accomplir par tous les moyens leur mission.

Mais que la direction ne s’y trompe pas. Le SNJ la met en garde contre la tentation de perpétuer ces pratiques au-delà de la crise sanitaire. Car il s’agit bien d’un mode « dégradé » qui n’en sera que plus flagrant et inacceptable une fois la crise terminée.

Le « jour d’après », il serait également irresponsable de la part de la direction de France Télévisions de perpétuer ses mauvaises habitudes antérieures : casse des métiers et des pratiques professionnelles, management brutal, chasse aux CDD, etc.

Nous, journalistes et salariés de France Télévisions, assumons pleinement nos missions de service public. Nous prenons même des risques pour le faire. Nous attendons donc de notre direction qu’elle agisse enfin dans ce sens.

Paris, le 9 avril 2020

CDD, intermittents, pigistes : France TV doit protéger tous ses salariés !

/// CRISE SANITAIRE ET SOCIALE \\\

La propagation du Coronavirus plonge la France et le monde du travail dans une crise sans précédent. Crise sanitaire, tout d’abord, avec de nouveaux risques graves encourus par ceux qui restent sur leur lieu de travail habituel. Crise sociale aussi, avec d’importantes pertes de revenus, et parfois même d’emploi, pour des millions de salariés. 

Cette semaine, la direction de France Télévisions s’est donc engagée auprès des organisations syndicales sur plusieurs points : 

– elle n’a pas l’intention, pour le moment, d’utiliser les nouvelles dispositions légales permettant à l’employeur d’imposer les dates de congés payés ou de RTT. En revanche, si un grand nombre de salariés refusaient de poser une ou deux semaines de vacances avant la fin du printemps, elle menace d’y avoir recours au deuxième semestre. 

– même si France Télévisions était éligible au dispositif d’activité partielle, les salaires des permanents seront payés à 100%. 

Mais qu’est-il prévu pour les intermittents, les journalistes rémunérés à la pige, les salariés qui enchaînent les CDD ? La situation de ces milliers de collègues est aujourd’hui préoccupante. La direction affirme vouloir honorer et payer tous les contrats qui étaient prévus en mars et en avril (signés ou non). Le SNJ veillera à ce que cet engagement soit tenu, les premiers retours indiquant que ce n’est pas toujours le cas.

Toutefois, ce dispositif nous semble insuffisant. La crise ne va pas s’étaler sur des semaines mais sur des mois… et pour les salariés non-permanents, il n’y a quasiment aucune solution de repli, le secteur de l’audiovisuel étant largement touché par le « chômage partiel ». Le SNJ demande donc à la direction, comme nous l’avons déjà exigé à Radio France, le versement aux « précaires » d’un revenu calculé sur la moyenne des 6 derniers mois de salaire. Et ce pendant toute la période de confinement. 

La direction de Radio France a déjà mis en place ce dispositif. Côté France Télévisions, ce n’est pas encore fait : nous réitérons donc notre demande ! Dans cette période dramatique, la direction doit penser à tous ses salariés, notamment les non-permanents, qui sont souvent les plus vulnérables ! Comme l’a affirmé la présidente devant les représentants du personnel, « on protège d’abord les salariés et nos missions essentielles, on fera les comptes budgétaires plus tard ». Adapter l’activité de France Télévisions va générer des dépenses imprévues, c’est évident, mais aussi des économies substantielles (frais de mission, de déplacements, droits sportifs…). 

Dans cette équation budgétaire que France Télévisions devra résoudre après la crise, hors de question d’oublier les non-permanents ! Comme tous les salariés du pays, ils vivent un traumatisme quotidien, dans leur vie professionnelle et personnelle. Il serait irresponsable de la part de la direction de France Télévisions de les abandonner maintenant, en plein cœur de la crise sanitaire et sociale que nous vivons.

Paris, le 3 avril 2020