CSE Siège du 25 juin 2020 : notre compte-rendu

« A France TV, le service des Sports est un bastion sexiste »

C’est ainsi que Mediapart titre son article sur la direction des Sports. Une enquête de plusieurs semaines qui fait suite aux déclarations dans le journal L’Equipe d’une ancienne journaliste du service. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages qui confirment l’existence de comportements sexistes, notamment au sein de la rédaction (voir notre texte du 26 juin: Direction des Sports — Après l’enquête et le constat, nous exigeons des actes !

Un article paru le jour même où le rapport du cabinet indépendant Interstys a été présenté aux équipes du service et à la commission « égalité professionnelle et lutte contre les discriminations » du CSE. La direction de France Télévisions avait en effet décidé de confier à ce cabinet une enquête sur les suspicions de harcèlement et de discrimination aux Sports.

Alors évidemment, cela a été le point fort de ce CSE.

« Il faut être intransigeant et ne pas laisser des situations intolérables perdurer », annonce le directeur des Sports, Laurent-Eric Le Lay. L’objectif affiché est « que le Service des Sports soit exemplaire, je m’y engage personnellement ». Quand on entend les conclusions du cabinet Interstys et quand on lit l’article de Mediapart, on comprend qu’un gros travail est nécessaire. Rappelons que le SNJ exige depuis des années que ce travail soit mené! 

Pour y parvenir, le DRH du secteur, Olivier Pinson, a détaillé un plan d’actions individuelles et collectives. Formations obligatoires destinées à tous (encadrement compris), groupes d’échange et de parole, entretiens professionnels, cellule d’écoute en présentiel dans le service.
Les faits de harcèlement (pas uniquement moral) et de possibles discriminations avec implication sur la carrière ne semblent pas niés par la direction. Mais Laurent-Eric Le Lay nous dit être déterminé à y mettre fin, tout comme aux propos et comportements sexistes.

Quant à une féminisation de la rédaction (7 femmes titulaires aujourd’hui, sur un effectif d’une soixantaine de journalistes), « la situation actuelle ne permet pas forcément des embauches immédiates »,selon la direction, mais elle annonce qu’elle fera un gros effort sur l’appel aux consultantes sportives pour certains événements.

Ce dossier a évidemment ému les élus du CSE, d’autant qu’il intervient un an après celui de la rédaction numérique de Franceinfo. La question du harcèlement et du sexisme à France Télévisions n’est clairement pas l’affaire d’une génération ou d’un service en particulier.

D’autres faits, comme les méthodes de management brutales observées ailleurs dans l’entreprise, sont également inadmissibles et nous les condamnons fermement. Les élus SNJ seront extrêmement attentifs à la mise en place des mesures annoncées à la direction des Sports et à l’accompagnement des salariés. 

Vers un retour à la normale ?

La présence sur site augmente doucement, pour atteindre ces derniers jours 900 collaborateurs et environ 150 prestataires. Toutes les emprises sont rouvertes, sauf en Guyane où des cas avérés de Covid ont conduit à des quatorzaines.

Le Siège compte aujourd’hui 3 malades, 273 sont guéris depuis le début de la pandémie.

La règle demeure d’éviter toute concentration et croisement de personnels, d’où des parcours fléchés et des entrées-sorties distinctes dans le bâtiment. Sur ce dernier point, nous regrettons toutefois que le nombre de portes d’accès n’ait pas été augmenté pour éviter des détours.

Quant au restaurant, arrêt du zonage et accès à tout l’espace, avec toutefois un nombre limité à chaque table.

Pour les travaux de réaménagement, arrêtés depuis de longs mois déjà, pas de redémarrage au mieux avant septembre.


Et demain ?

Environ 20% de présence sur site en ce moment, l’objectif est de passer à 30% à la mi-juillet, fin de la période d’urgence sanitaire. Après les vacances d’été, tous les personnels devraient retravailler en présentiel. Ils y retrouveront leurs beaux openspaces, dont le principe n’est pas remis en cause par la direction, qui se contente de mettre en avant les séparations en plexiglas pour limiter les contaminations.
Et puis cette fois, Madame Sobry nous l’assure (elle est en charge de la sécurité), France Télévisions est prête à affronter une éventuelle deuxième vague. L’expérience est là, les stocks sont conséquents. Du gel, des masques en tissu (90.000 de plus disponibles pour septembre), sans compter des modèles plus filtrants (type FFP2) réservés à des situations plus spécifiques. Justement, les élections municipales et les meutes de journalistes autour des candidats étaient une bonne occasion de s’en servir. Or, malgré notre demande auprès de la direction de l’info de veiller à ce que les équipes du Siège, des bureaux en régions et de France 3 en disposent, pas de réponse. Outre les antennes, les pirates informatiques ont peut être bloqué leurs messageries !

Et pour finir, va-t-on assister à la disparition des opérateurs-prompteurs ?

Demain, Télématin va devoir s’en passer, soit deux postes supprimés (un reclassement et un départ).
Alors, est-ce le début de la fin pour tous ces personnels ? Si la direction nous assure qu’ils seront maintenus pour les journaux, pouvons-nous la croire sur parole ?

Souvenons-nous du Soir 3 où des postes d’assistants n’ont pas été maintenus, alors qu’à l’époque on nous jurait le contraire !

Paris, le 29 juin 2020

Le temps du changement est venu [préalable SNJ au CSE Siège du 4 juin 2020]

Cette direction ne fera pas l’économie d’un bilan de mandature, et la crise sanitaire l’impose encore plus. Quel manque d’humilité, quelle morgue, quelle supériorité supposée… Mais au bout du compte toutes ces postures ont servi quel type de gouvernance ?

Celle du déni, de la discrimination, des inégalités, de l’humiliation, du refus de la remise en cause, du monologue social, du casting exacerbé ! Le tout au profit d’un clan, comme toujours, au détriment du plus grand nombre comme toujours.

Alors qu’aujourd’hui nous allons évoquer la reprise d’activité ou encore les moyens de remédier aux lacunes en termes d’expositions aux risques, nous constatons, une fois de plus, que nous écouter n’est pas dans les projets de l’entreprise.

Il faut remettre en cause toute l’organisation spatiale du Siège, mais on nous répond plexiglas. Il faut revoir de fait l’organisation éditoriale des rédactions nationales, on nous dit que la fusion a montré toute sa force pendant la crise sanitaire. Il faut en finir avec les nombreuses mises à l’écart de certains journalistes, on nous répond que c’est de l’ordre du fantasme. Et pourtant les témoignages sont nombreux, étayés, vérifiables. Mais dans les services, comme une consigne respectée par les bons petits soldats de l’encadrement, on s’attaque aux messagers, histoire de ne pas donner crédit au message.

Depuis plusieurs années, les représentants du SNJ paient cash cette critique du système mis en place depuis longtemps à France Télévisions. Du management brutal, à la mise à l’écart professionnelle, tout y passe, de président en présidente, de directeur en directeur. Une discrimination syndicale, une discrimination professionnelle qui va au-delà de notre organisation syndicale et qui fait de notre entreprise une pathétique machine à détruire les enthousiasmes. La reprise d’activité qui se profile, avec entre autre le deuxième tour des élections municipales, ne sera pas,  nous le savons déjà, l’occasion de cette nécessaire remise en cause. Nous l’avons déjà écrit, ce monde d’après à France Télévisions ressemble déjà furieusement au précédent… Logique, ce sont toujours les mêmes profils qui détiennent le pouvoir… Nous n’avons jamais supporté que nos propositions restent à l’état de témoignage. La direction ne respecte pas les instances et donc pas les salariés que nous représentons. Il est définitivement temps que tout cela cesse.

Paris, le 4 juin 2020

Le CSE Réseau : victime collatérale du coronavirus

On savait déjà qu’une instance représentant toutes les régions de France 3 ne pourrait pas répondre à la diversité des situations et des problèmes rencontrés dans toutes nos antennes. Le SNJ avait d’ailleurs défendu jusqu’au bout l’idée de CSE par grandes régions.

On vient, pendant cette crise, d’avoir la démonstration navrante de son incapacité de gérer les situations urgentes qui lui sont remontées aussi bien dans l’exceptionnel que dans le quotidien.

La moindre interpellation, la moindre sollicitation des élus est reçue avec méfiance ou dédain, voire un excès d’autoritarisme par la direction du réseau régional. Entre des élus RP trop peu nombreux dans chaque antenne et un CSE central trop éloigné du terrain, les interventions des élus du CSE réseau devraient permettre de résoudre les problèmes concrets, mais ils ne sont pas reconnus comme des interlocuteurs légitimes par la direction, avec lesquels elle accepterait d’amender, de modifier, ou d’assouplir certaines de ses décisions.

Exemples : rien sur l’encadrement du télétravail, rien sur un réaménagement des espaces de travail devenus inadaptés, rien sur les conditions de fabrication des journaux télévisés en mode toujours dégradé.

Autre exemple en date : le plan de reprise d’activité (PRA).

L’annonce gouvernementale de la date des élections aura donc suffi pour donner un brutal coup d’accélérateur au déconfinement de l’information régionale.

Ce plan de reprise d’activité a bien été accouché dans l’urgence. Ce qui n’était pas possible il y a quelques jours encore l’est donc devenu comme par magie ! Ce nouveau plan de secours autorise un nombre maximum de salariés plus élevé sur les différents sites et deux à trois équipes de reportage supplémentaires par antenne dans un premier temps. Mais sa mise en application ne va pas au-delà du 15 juin.

Et après ? Rien de plus pour l’instant !

La direction du réseau continue de brandir l’étendard de la précaution. Des débats électoraux sont pourtant programmés durant deux semaines.15 éditions locales sur 20 sont amenées à rouvrir. Mais là s’arrête la présentation du dispositif.

De l’arrêt pur et simple durant 2 mois à une édition mutualisée grande région sur le thème des solidarités, les locales vont donc subir un nouveau confinement mais pour cause d’économies, celui-là sera sans lien direct avec un quelconque risque sanitaire !

Journaux hybrides, locales à l’état léthargique, élus laissés sans réponse, les salariés du réseau régional sont en droit d’attendre beaucoup plus de la part d’une direction qui bredouille un monde d’après qui ne soit pas, souhaitons-le… celui d’avant… en pire.

le 3 juin 2020

Il est temps de déconfiner l’information à France Télévisions

Nous n’acceptons pas la pérennisation des pratiques « de crise » : elles dégradent la qualité de l’information et nos conditions de travail. L’exceptionnel doit le rester ! Nous n’accepterons pas davantage le retour au faux dialogue social.

Déjà 2 mois que nous sommes en mode « fortement dégradé ». Pour combien de temps encore ? Que restera-t-il des collectifs de travail et de notre relation avec notre public, après des mois de service minimum ?

Les antennes régionales et éditions mutualisées pendant le confinement ? C’était une nécessité pour préserver  santé et sécurité, tout en assurant nos missions de service public.

A l’heure du déconfinement, notre exigence est de retrouver dès que possible toutes nos éditions linéaires et web, nationales, régionales, ultramarines, de proximité. Assez des « mutualisations » qui ne reflètent ni la réalité des territoires, ni le pluralisme des rédactions. Nous devons avoir les moyens éditoriaux, techniques et sanitaires adaptés à la situation. Il faut avoir comme objectif le retour aux éditions autonomes, avec une montée en puissance de leur production propre et une réduction progressive de la part des sujets mutualisés.

Dès les premiers jours de la crise sanitaire, le SNJ avait alerté sur le risque de crash éditorial (notre tract à lire ici). Malheureusement, les mauvaises habitudes de certaines hiérarchies ont perduré.

Notre exigence est de retrouver une qualité digne de l’information de service public. Assez de ces micro-trottoirs. Assez de ces sujets en violation de la déontologie : modules « économiques », autoportraits promotionnels de chefs d’entreprises, informations mal ou pas vérifiées.

A quand la mise en perspective des faits ? Pourquoi autant d’appels à la responsabilité individuelles des citoyens et si peu de questions sur la responsabilité des pouvoirs publics et économiques ?

ll faut aussi traiter l’actualité en dehors du seul phénomène covid19, au niveau international, national, régional ou local.

Notre exigence est de retrouver des conditions de travail acceptables. Il faut en finir avec la forte pression subie par les équipes de reportage, l’obligation de monter et de mixer en mode « boîte noire » ou dans les voitures, comme si ces salariés étaient des pestiférés. D’autres méthodes de travail doivent être mises en place !

Il faut un bilan du travail à domicile imposé aux salariés sans encadrement, ni suivi.  Le SNJ a des retours indiquant des dépassements horaires importants, non compensés, des sollicitations tardives, le soir, de la part de l’encadrement, un empilement des tâches (TV radio internet), l’obligation d’utiliser du matériel personnel.

Enfin, notre exigence est que la direction respecte et écoute la parole des représentants du personnel. L’affaire du gel hydroalcoolique défectueux ne doit pas se reproduire : il s’est écoulé près de deux semaines entre la première alerte, venue des salariés de France 3 Côte d’Azur, et le retrait des produits décidé par la direction de France Télévisions ! C’est indécent et inquiétant. Cela illustre aussi l’inadaptation de son organisation centralisée et bureaucratique.

La direction de France Télévisions ne peut pas profiter de la crise sanitaire pour imposer définitivement des pratiques professionnelles dégradées et la remise en cause des accords d’entreprise. Le Covid-19 ne justifie en rien la casse des métiers et des emplois, en particulier ceux des salariés CDD et pigistes. Nous ne l’acceptons pas.

Nous exigeons un vrai dialogue social pour construire le plan de reprise de l’activité, qui doit être organisé site par site, avec un juste équilibre entre devoir d’informer et protection de la santé des salariés.

Paris, le 18 mai 2020

CSE Siège du 14 mai 2020 : préalable du SNJ

Nous regrettons le double discours de la présidence et de toute la direction ! Que cela vienne du dialogue social ou des opérationnels !

Le déconfinement ressemble à la tête de notre entreprise, à un retour accéléré au monde d’avant en tentant d’y ajouter quelques nouvelles règles inspirées du confinement.

Aucun respect des engagements pris devant les élus ou le personnel dans les différents services ! Que ce soit le télétravail supprimé pour certains monteurs, certaines règles sanitaires en reportage, sans parler de ce gigantesque manque de respect pour les précaires !

La direction veut donc aller plus vite que la musique mais elle joue faux.

Les élus SNJ l’ont déjà écrit et restent bien sûrs vigilants sur ce double discours qui abime nos relations sociales et l’engagement de tous les salariés en cette période si difficile.

Paris, le 14 mai 2020

CSE Réseau régional France 3 du 14 mai 2020 : liminaire des élus SNJ

Avec le confinement, depuis le 16 mars, les 3/4 des éditions d’information du réseau régional ont disparu. Un chiffre éloquent qui ne peut que nous interroger.

Malgré votre dernier communiqué, Mme la directrice, le réseau est dormant ! Et vous avez décidé de le laisser en l’état à l’heure où le pays se réveille d’une longue léthargie.

Déjà 8 semaines que nous sommes en mode survie ! Et vous nous en imposez 5 de plus, dans le meilleur des cas ! Certains de nos directeurs régionaux nous préparent déjà au pire, avec 15 semaines d’antenne réduite en plus ! D’autres directions régionales ont d’ores et déjà annoncé un retour « tronqué » d’éditions locales mutualisées avec comme sujet unique « la solidarité »… N’est-ce pas ce dont nous avons parlé dans les JT Grande région depuis 2 mois ?

Il semble pourtant clair que plus nous attendons, plus nous prenons des risques pour notre avenir. Que restera-t-il de nos collectifs de travail et de notre relation avec le public après 5 à 6 mois d’antennes très réduites?

Et ce n’est pas en laissant les pratiques sauvages fleurir ici et là, sans aucune concertation ni accord que le dialogue social pourra réellement s’épanouir au sein de l’entreprise.

En terme de sécurité des salariés, face à la pandémie, ce sont aussi des mauvaises conditions de travail qui se répandent ! Par exemple, lorsqu’on interdit aux équipes de reportage d’entrer sur les sites, ou lorsqu’on laisse se développer un immense sentiment d’inutilité pour celles et ceux auxquels aucun travail n’est demandé. Dans quel état seront ces salariés après des mois sans activité ?

Sans parler des CDD et intermittents qui redoutent d’être les laissés pour compte de France Télévisions.

Le SNJ demande plus d’autonomie pour une vraie reprise dans les rédactions et les centres techniques. L’autonomie, n’est pas la liberté de faire ce que l’on veut, mais celle de co-construire le travail, de penser et de réfléchir ensemble dans le respect des nouvelles normes sanitaires.

C’est dans les moments difficiles que l’on peut créer du lien entre tous les salariés. Et cette sortie progressive de la crise sanitaire devrait être justement, ce moment unique et intéressant pour rebâtir le réseau, en n’infligeant pas à nos téléspectateurs qui tentent de reprendre une vie normale, de longues semaines supplémentaires d’antennes en mode dégradé.

C’est ce que nous espérons pouvoir faire avec vous, dans nos instances mais aussi dans nos rédactions et dans tous les collectifs de travail.

le 14 mai 2020