CSE Siège du 25 juin 2020 : notre compte-rendu

« A France TV, le service des Sports est un bastion sexiste »

C’est ainsi que Mediapart titre son article sur la direction des Sports. Une enquête de plusieurs semaines qui fait suite aux déclarations dans le journal L’Equipe d’une ancienne journaliste du service. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages qui confirment l’existence de comportements sexistes, notamment au sein de la rédaction (voir notre texte du 26 juin: Direction des Sports — Après l’enquête et le constat, nous exigeons des actes !

Un article paru le jour même où le rapport du cabinet indépendant Interstys a été présenté aux équipes du service et à la commission « égalité professionnelle et lutte contre les discriminations » du CSE. La direction de France Télévisions avait en effet décidé de confier à ce cabinet une enquête sur les suspicions de harcèlement et de discrimination aux Sports.

Alors évidemment, cela a été le point fort de ce CSE.

« Il faut être intransigeant et ne pas laisser des situations intolérables perdurer », annonce le directeur des Sports, Laurent-Eric Le Lay. L’objectif affiché est « que le Service des Sports soit exemplaire, je m’y engage personnellement ». Quand on entend les conclusions du cabinet Interstys et quand on lit l’article de Mediapart, on comprend qu’un gros travail est nécessaire. Rappelons que le SNJ exige depuis des années que ce travail soit mené! 

Pour y parvenir, le DRH du secteur, Olivier Pinson, a détaillé un plan d’actions individuelles et collectives. Formations obligatoires destinées à tous (encadrement compris), groupes d’échange et de parole, entretiens professionnels, cellule d’écoute en présentiel dans le service.
Les faits de harcèlement (pas uniquement moral) et de possibles discriminations avec implication sur la carrière ne semblent pas niés par la direction. Mais Laurent-Eric Le Lay nous dit être déterminé à y mettre fin, tout comme aux propos et comportements sexistes.

Quant à une féminisation de la rédaction (7 femmes titulaires aujourd’hui, sur un effectif d’une soixantaine de journalistes), « la situation actuelle ne permet pas forcément des embauches immédiates »,selon la direction, mais elle annonce qu’elle fera un gros effort sur l’appel aux consultantes sportives pour certains événements.

Ce dossier a évidemment ému les élus du CSE, d’autant qu’il intervient un an après celui de la rédaction numérique de Franceinfo. La question du harcèlement et du sexisme à France Télévisions n’est clairement pas l’affaire d’une génération ou d’un service en particulier.

D’autres faits, comme les méthodes de management brutales observées ailleurs dans l’entreprise, sont également inadmissibles et nous les condamnons fermement. Les élus SNJ seront extrêmement attentifs à la mise en place des mesures annoncées à la direction des Sports et à l’accompagnement des salariés. 

Vers un retour à la normale ?

La présence sur site augmente doucement, pour atteindre ces derniers jours 900 collaborateurs et environ 150 prestataires. Toutes les emprises sont rouvertes, sauf en Guyane où des cas avérés de Covid ont conduit à des quatorzaines.

Le Siège compte aujourd’hui 3 malades, 273 sont guéris depuis le début de la pandémie.

La règle demeure d’éviter toute concentration et croisement de personnels, d’où des parcours fléchés et des entrées-sorties distinctes dans le bâtiment. Sur ce dernier point, nous regrettons toutefois que le nombre de portes d’accès n’ait pas été augmenté pour éviter des détours.

Quant au restaurant, arrêt du zonage et accès à tout l’espace, avec toutefois un nombre limité à chaque table.

Pour les travaux de réaménagement, arrêtés depuis de longs mois déjà, pas de redémarrage au mieux avant septembre.


Et demain ?

Environ 20% de présence sur site en ce moment, l’objectif est de passer à 30% à la mi-juillet, fin de la période d’urgence sanitaire. Après les vacances d’été, tous les personnels devraient retravailler en présentiel. Ils y retrouveront leurs beaux openspaces, dont le principe n’est pas remis en cause par la direction, qui se contente de mettre en avant les séparations en plexiglas pour limiter les contaminations.
Et puis cette fois, Madame Sobry nous l’assure (elle est en charge de la sécurité), France Télévisions est prête à affronter une éventuelle deuxième vague. L’expérience est là, les stocks sont conséquents. Du gel, des masques en tissu (90.000 de plus disponibles pour septembre), sans compter des modèles plus filtrants (type FFP2) réservés à des situations plus spécifiques. Justement, les élections municipales et les meutes de journalistes autour des candidats étaient une bonne occasion de s’en servir. Or, malgré notre demande auprès de la direction de l’info de veiller à ce que les équipes du Siège, des bureaux en régions et de France 3 en disposent, pas de réponse. Outre les antennes, les pirates informatiques ont peut être bloqué leurs messageries !

Et pour finir, va-t-on assister à la disparition des opérateurs-prompteurs ?

Demain, Télématin va devoir s’en passer, soit deux postes supprimés (un reclassement et un départ).
Alors, est-ce le début de la fin pour tous ces personnels ? Si la direction nous assure qu’ils seront maintenus pour les journaux, pouvons-nous la croire sur parole ?

Souvenons-nous du Soir 3 où des postes d’assistants n’ont pas été maintenus, alors qu’à l’époque on nous jurait le contraire !

Paris, le 29 juin 2020

Direction des Sports — Après l’enquête et le constat, nous exigeons des actes !

Début avril, suite à un article du journal « L’Équipe », la direction de France Télévisions a commandé à un cabinet indépendant une enquête sur la direction des Sports.

Ce jeudi 25 juin, les conclusions de cette enquête ont été présentées oralement, en visioconférence, aux élus du Comité Social et Economique (CSE) du Siège, ainsi qu’aux salariés de la direction des Sports. Une restitution d’enquête qui tardait, mais finalement programmée (comme par enchantement) le jour de la publication d’un article de Mediapart.  

Lors de la restitution du cabinet Interstys, qui affirme avoir mené 115 entretiens au cours de l’enquête, aucun cas individuel n’a été abordé. En revanche, il est clairement décrit une « direction construite sur une culture extrêmement masculine, avec des grandes figures paternalistes, notamment chez les journalistes. Cet entre-soi masculin, associé à un « turn-over » très faible, a enraciné des habitudes, qui ont pu générer des comportements sexistes récurrents mais aussi des clichés sur les femmes et leur prétendue méconnaissance du sport. Une situation délicate qui a aussi perduré en raison de l’inaction de l’encadrement, qui n’intervient que trop rarement ».

L’enquête démontre explicitement que cette « culture hyper masculine, en particulier à la rédaction, a pu rendre difficile, voire impossible, l’intégration de nombreuses femmes ». Et même si de (légers) progrès ont été notés ces dernières années, même si les violences sexistes semblent le fait d’une minorité, d’autres clivages sont mis en évidence : rivalité entre des « jeunes » et des anciens, attitudes hautaines de certains journalistes à l’égard de collègues techniciens ou administratifs, ou encore tensions entre différents « clans » existant au sein de la rédaction.

Le même jour, « Mediapart » a donc publié une longue enquête journalistique titrée « A France Télévisions, le service des Sports est un bastion sexiste ». Sept femmes reporters qui ont travaillé dans la rédaction décrivent en détails la souffrance et les humiliations subies dans le cadre de leur travail. Les élus du SNJ tiennent à leur apporter, ainsi qu’à celles et ceux qui n’ont pas pu s’exprimer, notre plus sincère soutien.

Nous devons rappeler ici que la direction a été alertée à de nombreuses reprises au sujet des difficultés rencontrées par de nombreuses femmes aux Sports. Dès 2013 (!!), nos élus avaient publié un état des lieux : http://snj-francetv.fr/wp-content/uploads/tract-parite%CC%81-2-janvier-2013-OK.pdf 

L’attitude des dirigeants avait alors été consternante puisque cette alerte, et donc la situation de ces femmes, avait été reçue avec mépris. Aucune réponse, aucun plan d’action de la direction des Sports de l’époque ! Déni, défense de l’entre-soi, renforcement du sentiment d’impunité : tout cela pèse terriblement dans le bilan qui est exposé publiquement aujourd’hui.

Deux enquêtes effectuées par des personnes extérieures à France Télévisions confirment donc le constat dressé depuis des années par les représentants des salariés. La direction affirme aujourd’hui prendre « pleinement conscience du problème ». Le directeur des Sports, devant les élus du personnel, s’est même « engagé personnellement à rendre ce service exemplaire ». Nous en prenons acte. Les premières mesures annoncées répondent (enfin !) à une partie des demandes du SNJ : formations obligatoires à la prévention des agissements discriminatoires et sexistes, entretiens professionnels plus nombreux, et sanctions proportionnées quand des faits inadmissibles sont avérés et étayés.

Une réflexion sur l’organisation de la direction des Sports est prévue pour la rentrée. Là encore, le SNJ rappelle les préconisations faites depuis des années :

– permettre l’accès des femmes à tous les types de postes existant à la direction des Sports (il n’y a pas d’emplois réservés aux hommes, y compris dans l’encadrement !) ;

– les recrutements doivent favoriser la mixité, avec des embauches de femmes et d’hommes, permettant de rétablir les équilibres dans la rédaction et de refléter au mieux la diversité sociale de notre société.

Depuis plus de vingt ans, la direction de France Télévisions a commis trop d’erreurs dans ce dossier. Aujourd’hui, c’est une addition très lourde qui est payée par les équipes des Sports. Pour permettre à ces équipes de continuer à remplir leurs missions, dans un climat de travail respectueux de tous, la direction doit agir vite, et en toute transparence. C’est à elle, au moment où les regards réprobateurs sont tournés vers une partie de ses salariés, de prendre enfin ses responsabilités.

Paris, le 26 juin 2020

Violences sexistes : Lettre ouverte à la présidente de France Télévisions

Paris, le 8 avril 2020

Madame la Présidente, 

Nous avons lu samedi 4 avril, dans le journal « L’Equipe », le témoignage d’une ancienne journaliste de la direction des Sports. Dimanche 5 avril, dans le même quotidien, vous affirmez avoir découvert cette affaire la veille, et vous annoncez l’ouverture d’une vaste enquête interne. 

Même si nous pensons que la direction de l’entreprise n’ignorait pas ce dossier, nous prenons acte de votre implication personnelle et nous espérons sincèrement que cette enquête sera menée sérieusement et sans délai.  

Les révélations courageuses de notre ancienne consœur, en particulier sur les propos sexistes et misogynes subis lors de ses passages à la direction de l’Information et à la direction des Sports, font évidemment écho au formidable et terriblement essentiel mouvement #MeToo qui traverse toute la société, et notamment les entreprises de l’audiovisuel. Rappelons que d’autres femmes passées à la rédaction des Sports s’étaient publiquement exprimées lors du lancement de #MeToo, témoignant notamment avoir subi des insultes pendant des années : « pute, salope, pétasse, morue« . Le SNJ avait déjà relayé ces témoignages. 

Pourtant, côté direction, le déni a longtemps été de mise. Fin 2012, à la stupéfaction générale, le directeur des Sports de l’époque s’était présenté dans Le Figaro comme le grand défenseur de l’égalité professionnelle femmes/hommes. Le SNJ lui avait alors répondu longuement dans un texte où, chiffres à l’appui, nous analysions la réalité de la place des femmes dans la rédaction : Rédaction des Sports – Le cancre de la parité.

L’héritage de cette époque est lourd à porter. La situation des Sports a-t-elle progressé depuis ? Oui, il faut le reconnaître, mais pas aussi vite que d’autres directions de l’entreprise et surtout pas au rythme nécessaire pour rattraper un terrible retard. Nos consœurs en CDI ne sont toujours que 7 dans la rédaction (pour 50 hommes).  

Concernant les alertes sur les comportements sexistes, plusieurs dossiers ont été pris au sérieux par un encadrement plus à l’écoute qu’auparavant, mais sans toujours donner l’impression qu’il s’agit d’une priorité. Et les allusions sexuelles, les « blagues » misogynes et les sous-entendus sur la prétendue incompétence des femmes continuent à pourrir l’ambiance de travail. Oui, ces agissements sont le fait d’une petite minorité, mais ils ne sont pas toujours contredits ou combattus par les confrères présents. 

Si l’on y ajoute l’existence d’autres mécanismes de discrimination (notamment liés à la reconnaissance professionnelle), travailler aux Sports peut devenir un calvaire pour certaines femmes, qui préfèrent rejoindre d’autres rédactions. 

Madame la Présidente, nous ne serons pas de ceux qui vous appellent à régler la situation avec un jeu de chaises musicales dans l’organigramme. C’est d’un travail beaucoup plus sérieux, constant, engagé, et de changements beaucoup plus profonds dont nous avons urgemment besoin sur ces thématiques. A commencer par des formations généralisées sur la prévention des violences sexistes et sexuelles, comme nous vous l’avons demandé à plusieurs reprises, et encore récemment dans ce communiqué en octobre dernier : Agissements sexistes et violences sexuelles : Après la prise de conscience, les actes !

Certaines réactions à l’article de L’Equipe nous prouvent qu’il y a une méconnaissance criante de ce qu’est un agissement sexiste et des moyens de les prévenir. Contrairement à ce que nous avons pu parfois lire avec consternation, les rédactions du service public sont loin d’être les seules à avoir des progrès à faire. Mais cela ne nous exonère pas d’un devoir d’exemplarité. 

Madame la Présidente, vous avez engagé France Télévisions sur la voie de la « tolérance zéro » dans ce domaine. Nous partageons avec vous cet objectif, parce qu’il doit aider à la prévention des violences sexistes et donc protéger les victimes potentielles. Ces deux dernières années, notre entreprise a été confrontée à des affaires très lourdes et, au sein de plusieurs rédactions, des licenciements ont été prononcés. 

Nous constatons pourtant qu’aujourd’hui, des incidents, même ceux considérés comme « graves » par la direction, ne sont pas tous suivis de procédures disciplinaires sérieuses, envoyant un terrible message aux victimes. Le sentiment d’impunité est encore bien présent, surtout quand le rapport de forces (par exemple des femmes, jeunes, en contrat précaire, face à des hommes plus âgés et habitués de l’antenne) est totalement déséquilibré. 

L’encadrement, notamment dans les directions où il est quasi-exclusivement masculin (jusqu’à quand ?), doit être beaucoup plus sensibilisé à l’application de la « tolérance zéro » et doit pouvoir le rappeler régulièrement aux équipes quand la situation l’exige. Il doit garantir la protection des victimes qui souhaitent s’exprimer mais aussi la protection de ceux, représentants du personnel ou non, qui les aident et les écoutent. 

Il est de la responsabilité des cadres de protéger les personnes vulnérables et de mettre fin à ces pratiques inadmissibles, avec justesse et sans complaisance. 

Madame la Présidente, sachez enfin que nous sommes toutes et tous à la disposition des équipes chargées de mener cette enquête. 

Veuillez agréer, madame la Présidente, nos sincères salutations. 

Ce texte diffusé par le Syndicat National des Journalistes (SNJ) est la reprise d’une lettre ouverte envoyée à Mme Delphine Ernotte-Cunci par les représentants SNJ au Siège France Télévisions : Patricia Issa (représentante de proximité), Dominique Bonnet, Béatrice Gelot, Sophie Guillaumin (élus CSE),  Antoine Chuzeville, Serge Cimino, Anne Guillé, Francis Mazoyer (délégués syndicaux) 

Rallye « DAKAR » : La direction doit prendre ses responsabilités

Début janvier 2020, une vingtaine de salariés de France Télévisions vont s’envoler pour l’Arabie Saoudite afin d’assurer la couverture d’une nouvelle édition du rallye-raid « Dakar », dont le parcours a été dévoilé aujourd’hui.

Cette opération a été présentée aux élus du Comité Social et Économique (CSE) du Siège de France Télévisions, mardi 12 novembre. À cette occasion, les élus ont pu interpeller la direction sur les conditions de travail de nos collègues envoyés en Arabie Saoudite.

Un dialogue plutôt tendu, car la couverture du « Dakar » 2020 présente plusieurs problèmes majeurs.

Le premier, c’est évidemment la sécurité de nos collègues, qui vont devoir se déplacer et travailler dans un pays en guerre : l’Arabie Saoudite est en effet engagée depuis des années dans un conflit sanglant avec le Yémen. Conflit qui a d’ailleurs poussé les autorités françaises à rappeler à leurs ressortissants souhaitant voyager dans ce pays que « des tirs de missiles et de drones visent fréquemment l’Arabie Saoudite » et qu’il faut « maintenir en toutes circonstances un niveau de vigilance renforcée ».

Est-ce le bon moment pour y organiser une compétition sportive ?

Si la course est maintenue, France Télévisions doit déployer tous les moyens pour assurer une protection maximum à nos collègues, y compris, si nécessaire, annuler la couverture d’étapes dans des zones jugées trop dangereuses.
La direction doit également s’engager à faciliter le rapatriement de nos collègues qui ne se sentiraient plus en sécurité sur place.

Le nouvel hôte du « Dakar » est un pays en guerre qui souffre aussi d’un régime dictatorial et brutal, connu pour piétiner les droits humains et en particulier ceux des femmes.

L’Arabie Saoudite est également un des pires prédateurs de la liberté de la presse, capable d’assassiner sauvagement un de ses journalistes, à l’automne 2018.
Pourtant, quelques mois plus tard, la société privée qui organise le « Dakar » a choisi de nouer un partenariat avec ce pays.

La direction de France Télévisions ne s’est pas exprimée sur ce dossier, ou trop discrètement. Elle doit pourtant prendre la parole pour garantir la totale indépendance éditoriale des équipes envoyées sur place !

Le service public a pour mission première l’information, y compris sur des événements où sport, politique et business sont étroitement mêlés.

Nous avons confiance en nos collègues et nous n’accepterons pas qu’ils subissent la moindre pression de la part des organisateurs du « Dakar » ou des autorités locales.
La direction doit rappeler publiquement qu’elle est garante de la sécurité des salariés et de l’autonomie éditoriale de ses équipes.

Paris, le 20 novembre 2019

TOURNAGE « SPORTS » : Compte-rendu de la saisine du SNJ

Suite à la saisine déposée par le SNJ, la direction a organisé début novembre une réunion autour des tournages de la direction des Sports (cf. saisine du 23 octobre dernier, ci-joint).

Étaient présents :

– côté direction, Cécile Lefèvre, Sabrina Porquerel et Marie-Aude Cellier (DRH Siège), Elvire Moyaux (direction de l’Information), Laurent-Eric Le Lay, Pascal Golomer et Gilles Silard (direction des Sports).

– pour le SNJ, Dominique Bonnet, Antoine Chuzeville et Serge Cimino.

Le SNJ a d’abord rappelé pourquoi cette saisine avait été déposée : la vive inquiétude des équipes devant des tournages Sports de plus en plus souvent effectués par des sociétés extérieures, et de moins en moins par les JRI et OPS de France Télévisions.

Réponse de la direction : « depuis un an il y a moins de JRI de l’info disponibles chaque semaine pour les tournages Sports, c’est vrai. Nous sommes passés d’un « potentiel » maximum de 6 à 4. Mais selon nos chiffres, le recours aux sociétés extérieures n’a pas augmenté depuis 2015. Certes il y a eu un « pic » entre septembre et décembre 2017, où plus d’un tiers des tournages était délégué au privé, mais la situation est rétablie depuis ».

Le SNJ conteste une partie de ces chiffres (certains tournages extérieurs n’étant visiblement pas pris en compte).

Mais même s’ils étaient parfaitement justes, ils restent inquiétants et confirment une baisse globale du volume des tournages pour « Tout le Sport » et « Stade2 ».

Concernant l’avenir : la direction refuse de s’engager par écrit sur un pourcentage minimum de tournages à effectuer en interne.

En revanche, elle affirme qu’en 2019, la priorité sera toujours donnée aux tournages avec les équipes internes, via :

– un recours aux plannings JRI et OPS des rédactions nationales France 2 et France 3, sur une base de 4 détachements « Sports » par jour (curieusement le regroupement imminent des services JRI, tant vanté par la direction, n’a pas ici d’effet positif) ;

– des détachements éventuels de JRI en poste dans d’autres rédactions (régions France 3 ou France Ô) ;

– une utilisation des compétences complémentaires JRI des journalistes rédacteurs des Sports, pour ceux qui sont en capacité d’exercer cette compétence ;

– des recrutements (en CDI et CDD), « quand ce sera possible », de jeunes journalistes capables de travailler comme rédacteurs ou comme JRI.

Le SNJ appuie toutes les solutions qui permettent d’effectuer les tournages Sports avec des équipes entièrement employées par France Télévisions.

Le recours aux sociétés extérieures ne peut être justifié que par des circonstances exceptionnelles, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui : en moyenne, un tournage Sports est effectué chaque jour par le privé !

Nous déplorons l’attitude de la direction, pour qui la priorité reste l’assèchement de l’emploi à France Télévisions, y compris pour les postes de JRI.

Le message envoyé aux équipes de l’Information et des Sports est très inquiétant: quel métier est plus symbolique de l’activité d’une télévision que celui de Journaliste Reporter d’Images ?

Le SNJ va consulter les salariés concernés sur la suite à donner à cette saisine et continuera à défendre l’emploi et le savoir-faire de nos équipes.

Paris, le 14 novembre 2018

2018-11-14 CR SNJ Saisine Sports

Sports : un terrain bientôt en friche ?

« France Télévisions, le plus grand terrain de sport » : un slogan que la direction ne se lasse pas d’utiliser depuis des années. Mais jusqu’à quand ?

La direction des Sports de France Télévisions tangue sérieusement depuis l’hiver dernier, après l’annonce d’une importante réduction de son budget pour 2018 et au-delà. Delphine Ernotte ne plaçait plus le sport parmi ses priorités et demandait la vente de droits sportifs majeurs. La direction évoquait même la cession des contrats pour la Coupe de France ou la Coupe de la Ligue de football.

Interpellés par les salariés et leurs représentants, les dirigeants jouaient l’apaisement et affichaient un optimisme de façade : « faites-nous confiance, nous allons stabiliser la situation ».

Aujourd’hui, rien ne permet d’être rassuré. Au contraire. France Télévisions n’a pas pu céder les droits du football, laissant planer le doute sur de nouvelles économies à réaliser dans d’autres domaines. Le directeur délégué aux Sports chargé de négocier les droits a quitté France Télévisions il y a plusieurs mois, et il n’a toujours pas été remplacé. Par ailleurs, France Télévisions n’a toujours aucune garantie concernant la diffusion des Jeux Olympiques 2024 en France.

France Ô et France 4, qui diffusaient des centaines d’heures d’événements sportifs chaque année, n’existeront bientôt plus sous leur forme actuelle. Le sport sera-t-il retransmis uniquement sur France 2 et France 3 ? Les contrats en cours seront-ils cédés au privé ? Là aussi, les salariés n’obtiennent aucune réponse rassurante.

Pourtant, la complémentarité des différentes chaînes du groupe offre la possibilité de diffuser, et avec succès, des rendez-vous sportifs comme Roland-Garros, le Tour de France ou les Championnats Européens. Ce dernier événement, organisé à Glasgow et Berlin, a permis au service public de proposer pendant dix jours des épreuves féminines et masculines d’athlétisme, natation, cyclisme, gymnastique, aviron, triathlon…

Quel autre grand groupe audiovisuel français propose une telle variété de sports à des millions de téléspectateurs ?

Il serait incompréhensible de voir le service public abandonner le terrain du sport. Un tel repli signerait l’abandon d’une partie de nos missions historiques. Ce serait un coup dur porté à l’ensemble de France Télévisions : l’acquisition de droits sportifs bénéficie en effet aux chaînes nationales et au site francetvsport.fr, mais également aux stations ultra-marines et aux stations régionales de France 3, qui diffusent régulièrement des compétitions.

Au-delà des retransmissions, le sport sur France Télévisions c’est surtout des milliers de reportages et de résumés, en « clair » ! Ils sont proposés toute la journée, en ligne, dans nos journaux (locaux, régionaux et nationaux) et dans nos émissions.

« Tout le Sport » et « Stade 2 », notamment, sont des rendez-vous uniques sur des chaînes historiques. Ils sont pourtant confrontés à des difficultés croissantes pour conserver la maîtrise de leurs reportages. Depuis plus d’un an, la direction organise l’externalisation des tournages et il devient de plus en plus difficile de travailler avec des JRI et des OPS de France Télévisions. L’explication est aussi simple que triste : nos dirigeants préfèrent faire appel à des sociétés de production privées.

C’est une perte de travail, d’emplois et de savoir-faire pour le service public. Mais pour la direction, qu’importe : la priorité est visiblement de diminuer le nombre d’ETP (équivalents temps plein) et de remplir quelques objectifs de parts variables ! Elle préfère utiliser son budget pour payer de lourdes factures au privé plutôt que d’embaucher dans le public…

Cette situation indigne ne peut plus durer et sur ce sujet, le SNJ va déposer une saisine auprès de la direction générale de l’entreprise.

France Télévisions ne doit pas abandonner le plus grand terrain de sport. Nous devons défendre notre projet éditorial dans ce domaine : il est ambitieux et singulier, soucieux de représenter la diversité des pratiques sportives. C’est l’engagement du service public.

Nous devons également cultiver et valoriser notre savoir-faire sur les reportages et la réalisation d’événements sportifs, en conservant en interne nos moyens de tournage et de production.

Paris, le 3 octobre 2018

2018-10-03 Sports – un terrain bientot en friche

Et la Palme d’Or de la dérive déontologique est attribuée à…

~ COMMISSION DÉONTOLOGIE DU 8 NOVEMBRE 2017 ~

La commission déontologie, prévue par l’accord collectif de France Télévisions, s’est réunie le 8 novembre. Comme d’habitude, la direction n’a pas fourni l’intégralité des documents nécessaires à son bon fonctionnement. Il manque par exemple les collaborations extérieures de France 3 et des Outremers 1ères. Voici le palmarès des plus graves dérives relevées par le SNJ.

Le Zéro d’Or à France 3

Le SNJ attribue le Zéro d’Or à la direction du réseau France 3 : aucun directeur n’a daigné assister à la réunion. La déontologie de l’information semble moins l’intéresser que la présentation des nouveaux décors des JT, qui s’est déroulée le même jour à Marseille. À chacun ses priorités… Le SNJ aurait pourtant bien aimé entendre la direction de France 3 sur plusieurs points :

– L’ordre moral qu’elle semble vouloir imposer çà et là : de nombreux journalistes de la rédaction nationale ont eu des remarques concernant des plans à ne pas mettre dans des montages. Exemple : l’image d’une piqûre dans le bras pour un sujet vaccin ou l’image de seins en gros plan pour un sujet sur le dépistage du cancer.

La pression sur les journalistes, avec menaces de sanctions, s’ils refusent de livrer gratuitement à une entreprise privée (Facebook) des « lives » et autres reportages complets.

Les mensonges proférés, toujours à propos des réseaux sociaux, sur de prétendus accords avec ces entreprises privées qui garantiraient la protection des droits moraux et patrimoniaux (droits d’auteurs) des journalistes.-

Le Tartuffe d’Or à la direction de l’information

Le 20H00 de France 2 a diffusé un sujet avec la personne qui a déposé plainte pour viol contre Tariq Ramadan qui, de son côté, a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse. Pourquoi nos journaux (à l’exception de FranceInfo) n’ont-ils pas fait de sujets autour de la plainte de notre consœur Anne Saurat-Dubois contre Eric Monier, l’ex directeur de la rédaction de France 2 ?

Réponses de la direction : « Êtes-vous sûrs qu’une plainte a bien été déposée ? En avez-vous la preuve ? » et aussi « il n’y a pas eu consigne de taire l’information (…) il ne faut pas se précipiter pour être le premier dans ce genre d’information ».

Les Menottes d’Or à France 2

Le 26 octobre, le 20H00 de France 2 diffuse l’interview d’un djihadiste français prisonnier des Kurdes. Cette personne est filmée les yeux bandés, menottée dans le dos et en présence de deux gardiens, l’un flouté, l’autre recouvert d’une cagoule. La loi française nous interdit de filmer des prisonniers menottés, pourquoi avoir accepté de contrevenir à cette règle de droit ? De plus, cela ne respecte pas la convention de Genève qui considère tout « combattant » participant à un conflit comme un « prisonnier de guerre ».

Réponse de la direction : « il n’était pas reconnaissable (…) mais c’est vrai qu’on aurait dû expliquer aux téléspectateurs les conditions du tournage ». Et la violation de la convention de Genève ? Pas de réponse…

Le Ménage d’Or au service des Sports

Le recrutement de Thomas Thouroude pour présenter « Tout le Sport » a fortement ému la rédaction qui ne comprend pas comment un journaliste peut travailler chaque jour sur une chaîne de radio privée tout en présentant le JT des sports du service public. Ne trouvez-vous pas ce choix regrettable et dangereux dans une rédaction qui est déjà abîmée par un vaste système de ménages ? Réponse de la direction des sports : « il n’y avait pas en interne une personnalité qui s’imposait ». Et le mélange des genres public/privé ? La source de confusion pour nos téléspectateurs ? Et les salariés en CDD privés de contrats au nom des « nécessaires économies » alors que la direction permet ce cumul d’emplois ? Pas de réponse…

La Casse d’Or à la direction de Réunion 1ère

La direction de Réunion 1ère a transformé la station en laboratoire de casse de la déontologie de l’information. Les dernières expériences en date :

– La rédaction en chef a recruté une pigiste qui est par ailleurs blogueuse pour plusieurs sites de voyages, BudgetAir.fr et Lastminute.com. Ce mélange des genres entre journalisme et communication ne vous semble-t-il pas porter atteinte à l’indépendance et l’intégrité de cette journaliste et de la rédaction de France TV qui l’emploie ?

– Le 3 août dernier, la rumeur d’une prise d’otages dans un supermarché de St Paul se propage sur l’île. Loin de son devoir d’information, Réunion 1ère diffuse sur sa page Facebook des vidéos amateurs, sans aucun recul, et un animateur radio réalise des lives, relayés sur la page Réunion 1ère, qui participent à la propagation de la rumeur. Il faudra finalement que le public attende le lendemain pour apprendre qu’il ne s’agissait que d’un braquage (sans otage donc) ayant eu lieu quelques heures plus tôt. Le soir du braquage, un article signé du responsable de la cellule internet indiquait encore que les « otages » (sic) étaient sains et saufs.

– Après avoir offert – malgré les alertes du SNJ – pendant plus de six mois une vitrine télé hebdomadaire à une avocate/conseillère régionale et députée suppléante socialiste avant d’être candidate LREM aux dernières législatives, la direction de Réunion 1ère a récemment poussé le vice encore plus loin. Ainsi, début octobre, une salariée PTA a participé à la couverture de la visite de la ministre des outremers Annick Girardin dans le cirque de Mafate (vidéos live, interviews…). Outre le fait que cette collaboratrice n’est pas journaliste, le SNJ rappelle qu’il s’agit d’une élue de la majorité municipale de St Denis.

Pour faire face à la concurrence et booster les audiences, le directeur régional de Réunion 1ère s’est demandé récemment devant les IRP s’il serait judicieux de faire gagner de l’argent liquide au public. Soit pour des jeux, soit pour obtenir des scoops.

Le Lâchage d’Or à la direction de Polynésie 1ère

Lors du CE du 20 octobre, le directeur régional s’en est pris aux journalistes auxquels il a reproché des reportages « à charge » contre le gouvernement de Polynésie et ses ministres. Il a invité en plateau un ministre pour « déminer » le terrain et s’est offusqué ensuite de la façon dont l’interview avait été menée. Comment un directeur peut-il ainsi désavouer publiquement le travail de toute une rédaction en émettant des doutes sur sa probité ?

Paris, le 10 novembre 2017

‘Or

« Tout le Sport » : le fait du prince… et l’esprit d’équipe

Ce jeudi 7 septembre, c’était donc l’heure du passage de témoin à la rédaction des Sports de France Télévisions et en particulier à « Tout le Sport ».

Dès la semaine prochaine, une nouvelle équipe sera aux commandes du JT des sports de France 3. Côté présentation, Henri Sannier passe la main à Thomas Thouroude, qui fait son arrivée sur la chaîne.

Le recrutement de ce dernier, un journaliste et animateur à l’expérience reconnue, notamment dans l’information sportive, avait été annoncé par la direction fin juin. Mais c’est seulement au mois d’août que la rédaction découvre dans la presse les conditions particulières de son arrivée : il présentera bien « Tout le Sport » tous les jours à 20h, du lundi au jeudi, mais seulement après avoir passé l’après-midi à Europe 1 pour y animer une émission d’une heure, « Y a pas péno ! ».

Lundi 4 septembre, la nouvelle équipe aux commandes de « Tout le Sport » détaillait son projet devant l’ensemble du service des Sports. Mais lors de cette réunion, personne n’évoque les conditions particulières de travail provoquées par l’absence du présentateur (qui sera chaque jour dans les studios d’Europe 1 jusqu’à 17h, au minimum).

Il faut l’intervention d’un délégué SNJ pour que le sujet soit enfin abordé, et que la direction admette que le nouveau présentateur sera effectivement absent la moitié de la journée. Et qu’il sera même impossible de le joindre trois heures avant l’antenne…

La direction (qui ne jugeait pas utile d’informer ses équipes de cette situation pour le moins particulière) affirme que « cela ne posera pas de problème », que « le monde est aujourd’hui différent » et qu’il faudra « trouver des solutions et s’adapter ». Un discours en décalage total avec les méthodes de travail en vigueur à « Tout le Sport » et au sein des JT de France 3, qu’ils soient locaux, régionaux ou nationaux.

On croit rêver (ou plutôt cauchemarder) quand il faut rappeler qu’un présentateur qui participe à la conférence de rédaction de 15h, ce n’est pas « vieux jeu ». Et qu’un présentateur disponible tout l’après-midi pour travailler sur son JT, visionner les reportages, et travailler les lancements, ce n’est pas ringard. C’est l’organisation naturelle et nécessaire des rédactions de France Télévisions ! S’en affranchir tous les après-midi afin de privilégier un autre contrat pour Europe 1, c’est choquant. Et difficile à gérer pour les autres salariés qui devront travailler la moitié de la journée sans présentateur !

Comment la direction des Sports peut-elle imposer un tel fonctionnement, sans en parler avec ses équipes ? Sous couvert d’innovation, c’est à nouveau le fait du prince, sans concertation ni explication préalable. On choisit de dérouler un tapis rouge en piétinant au passage les règles de travail et les valeurs des équipes qui font « Tout le Sport » depuis plus de vingt ans.

Une décision regrettable et dangereuse dans une rédaction déjà abîmée par un vaste système de collaborations extérieures (les « ménages ») plus ou moins autorisées. Un système honteux qui perdure depuis des années, bafouant l’accord collectif signé par la direction, l’éthique et le sens de l’intérêt général.

Au-delà du service des Sports, comment ne pas être indigné par l’organisation de ce cumul d’emplois et de revenus, au moment même où France Télévisions envoie de nombreux CDD historiques à Pôle Emploi ?

Aujourd’hui, à quelques jours du lancement de la nouvelle formule de « Tout le Sport », ses équipes sont donc mises devant le fait accompli. Elles feront évidemment de leur mieux (et sans passer la moitié de la journée à cachetonner pour le privé…) afin que le JT des sports de France 3 continue à connaître le succès. Car nous restons attachés aux missions et aux valeurs du service public, en dépit de ces privilèges, ces passe-droits et ces rédactions à double vitesse qui ne font que fragiliser l’esprit d’équipe.

 

Paris, le 8 septembre 2017

‘équipe