Loin de la bienveillance

Préalable SNJ au CSE Siège des 13 et 14 avril 2021

Deux histoires pour illustrer la violence sociale constitueront aujourd’hui le préalable du SNJ.

Depuis le début du 3ème confinement généralisé, la direction a changé de pied et de ton. « Télétravail déguisé en garde d’enfants, vous êtes bien assez payés, vous pourriez être au chômage partiel, vous avez bien assez de congés, alors arrêtez de vous plaindre ». Voilà en résumé ce qu’on a pu lire ou entendre, concernant les demandes de dispense d’activité faites par certains parents à l’occasion de la mise en place de l’école à la maison, décidée par le Président de la République. La direction ponctionne donc d’abord toutes les RTT employeurs ou les récupérations qui sont à sa main avant éventuellement d’envisager des dispenses d’activité. Un discours tenu à celles et ceux par exemple qui n’ont pas de RTT au regard de leur organisation du temps de travail. Aucun discernement, un discours unique et sec comme seule réponse. Parent solo, crèches fermées pendant les nouvelles dates de vacances scolaires, situation de couple particulière en termes d’activité professionnelle… Non, rien n’y fait, la direction considère qu’elle a été assez “gentille” jusque-là. “Gentille”, oui ce terme a été utilisé par des encadrants. Même par certains qui font tout de chez eux depuis des mois, sans rendre de compte…

Les élus SNJ condamnent cette attitude vis-à-vis des salariés qui se retrouvent alors victimes d’une double peine. Une décision unilatérale de l’exécutif et une politique de rigueur économique inhumaine de la direction. Avec, en filigrane, un chantage au siège : si la direction accepte les absences, on reviendra aux sujets communs comme l’an dernier. La belle affaire… En effet, en même temps on rogne sur les remplacements et on fragilise les précaires. La réponse n’est donc pas liée à la crise sanitaire mais bien à la seule ligne qui compte pour Delphine Ernotte : faire des économies. Nous demandons ici à la direction de revoir sa copie, à la fois pour cette période de vacances qui s’ouvre, mais aussi pour la dernière semaine d’avril, nouvelle période d’école à la maison pour certains parents.

Le deuxième exemple de cynisme social commence ainsi :

« Merci pour tout ! Acceptez nos conditions ou partez ! »

C’est en substance ce qu’une centaine de nos collègues a retenu à l’issue de plusieurs réunions organisées en visioconférence, il y a deux semaines par la direction des Antennes et des Pro-grammes.

Des réunions qui ont laissé nos collègues, parmi lesquels on compte de nombreux journalistes, totalement désemparés, choqués, angoissés. Ils travaillent depuis des années pour des émissions emblématiques du service public, comme « Thalassa », « Télématin », « Passage des Arts », « Des racines et des ailes », « Des chiffres et des lettres », ou « Faut pas rêver ».

Des programmes historiques de nos chaînes, mais que la direction de France Télévisions ne veut plus fabriquer en interne. Pour ne plus avoir à assurer « la gestion directe » de ces émissions, la direction a l’intention de les céder à une filiale, FTV Studio.

Les collègues qui fabriquent ces émissions n’ont pas leur mot à dire et sont priés de préparer leurs cartons, se sentant abandonnés par une direction qui organise leur déclassement. 

Nous, élus du SNJ, sommes ici pour les représenter. Pour  rappeler  à  la direction l’état de sidération dans lequel la plupart de nos collègues se trouve depuis une semaine.

Ils ont le sentiment d’être balancés dans l’inconnu, et nous posent des dizaines de questions :

« Que va-t-il advenir de mon contrat ? De mon salaire, de mes  primes,  de  mon  ancienneté ?  De mes   jours   de  congés,   de   RTT ?   De   mes   souhaits   de   formation,  d’évolution professionnelle ? L’accord collectif de France Télévisions ne s’applique pas dans cette filiale, alors comment vais-je travailler ? Dans quelles conditions ? »

Toutes ces questions, ils ne devraient pas avoir à se les poser. Parce que les programmes qu’ils fabriquent depuis 10, 20 ou 30 ans sont des émissions de France Télévisions, créées au sein de France Télévisions, et elles doivent rester au sein de l’entreprise. Notre cœur de métier est de fabriquer de l’information et des programmes : on  ne  délègue  pas  son  cœur  de  métier  à  une filiale !

La direction annonce vouloir renoncer à la gestion directe de tous nos magazines de découverte, magazines culturels, émissions de plateau et jeux. Demain, que va-t-on transférer dans une filiale ? Nos cars-régie, nos moyens de production, La Fabrique ? Nos magazines d’information ou de sport ?

Combien de salariés seront alors transférés contre leur gré ?

Mais revenons à aujourd’hui. Les salariés que la direction souhaite « sortir » de France Télévisions dès septembre 2021sont sidérés, inquiets, en colère.

Nous le sommes aussi.

Parce que nous refusons de voir France Télévisions, jeune entreprise unique, être à nouveau morcelée à coup de transferts et de cessions d’actifs. Parce que nous nous opposons au développement de filiales lorsqu’il s’agit de servir d’alibi à une dangereuse réduction des effectifs, une sorte de tour de passe-passe destiné à masquer l’échec de la RCC. 

Parce que nous refusons que France Télévisions se transforme en simple entreprise de diffusion, une coquille vide qui commanderait ses programmes à des filiales ou à des producteurs privés.

Nous demandons donc à la direction de renoncer au transfert de nos collègues, et des émis-sions qu’ils fabriquent, vers FTVStudio.

Paris, le 13 mars 2021

Le SNJ, la CFDT et FO se félicitent de la signature de l’accord intéressement

L’été dernier, la négociation engagée sur l’idée d’un intéressement à France TV aboutissait à la conclusion d’un accord pluriannuel entre la Direction et 3 organisations syndicales – CFDT, FO et SNJ – sur les exercices 2020, 2021 et 2022. Le 28 août dernier, l’entreprise s’engageait ainsi à verser une prime à l’ensemble des salariés pour un total pouvant s’élever jusqu’à 6 millions d’euros pour chaque résultat d’exploitation consolidé bénéficiaire.

Outre l’existence de ce résultat bénéficiaire, 3 autres critères devaient être respectés :

  • un objectif lié à la maîtrise de la masse salariale ;
  •  un objectif d’audiences, relatif à la couverture hebdomadaire 4 écrans ;
  •  et un objectif lié à la réduction des émissions des gaz à effet de serre.

Pour cet exercice 2020, si particulier, nous redoutions un déficit, annihilant tout espoir de percevoir un intéressement. C’est donc une bonne nouvelle inattendue qui a été confirmée lors du dernier conseil d’administration, validant ce résultat.

L’intéressement devrait être versé en mai. 

Par ailleurs, un dispositif de plan d’épargne entreprise (PEE) et de plan d’épargne retraite d’entreprise (PERCOL) est en cours de négociation, afin de permettre à chaque salarié de choisir un mode de placement qui lui convient (ou pas). 

Durant cette négociation, la direction a proposé un abondement des dépôts sur ce PERCOL (l’équivalent d’un jour offert par l’entreprise pour 4 jours déposés), mais a proposé en contrepartie de limiter le nombre de jours que les salariés peuvent déposer dans leur CET.

Pour les organisations syndicales, on ne doit pas toucher au chiffre des 22 jours maximum par an d’alimentation du CET, car cela permet à tous les salariés de réaliser un projet personnel.

Il faut que le salarié soit libre de pouvoir choisir entre accepter un abondement en contrepartie de la réduction de l’alimentation de son CET à 5 jours par an ou garder le fonctionnement actuel du CET.

La direction doit nous proposer prochainement une date de réunion pour négocier sur ce thème.

Paris, le 1er avril 2021

Le SNJ signe l’accord sur le télétravail, avec des réserves

Le télétravail, imposé depuis le début de la pandémie, va rester une pratique courante en temps normal. Il est donc nécessaire de l’encadrer. Le SNJ a choisi de signer l’accord proposé par la direction. Toutefois, nous serons vigilants quant au respect des droits des salariés, et nous proposerons d’améliorer le dispositif dès qu’un premier bilan sera effectué. 

Cet accord était très attendu par de nombreux salariés, pour qui un peu de télétravail permet un meilleur équilibre personnel : pas de perte de temps dans les transports et possibilité de mieux gérer son temps de travail.

Il sera donc possible pour chaque salarié de solliciter un avenant « télétravail » à son contrat, sous réserve du feu vert de sa hiérarchie. 

Dès le préambule de l’accord, des engagements importants sont rappelés :

– « la mise en place du télétravail résulte d’un choix du salarié » ;

– « le télétravail n’aura pas de conséquences sur l’aménagement des locaux (…) France Télévisions ne lie pas télétravail et diminution des bureaux attribués ».

Tout au long de la négociation, qui s’est étalée sur plusieurs mois, la direction n’a cessé de vanter un mode d’organisation du travail qui constituerait une nouvelle forme de liberté pour les salariés. Pourtant, l’accord signé comporte des failles, que le SNJ a relevées pendant la négociation :

– Après une demande de télétravail d’un salarié volontaire, les recours en cas de désaccord avec la hiérarchie sont insuffisants. Les syndicats se sont tous inquiétés de possibles disparités dans la gestion du télétravail. 

– Le nombre de jours maximum de télétravail (environ 100 jours par an) est plus élevé que nos préconisations. Pour le SNJ, il ne fallait pas dépasser 2 jours par semaine, voire moins pour les salariés en temps partiel. De plus, la possibilité de longues périodes, intégralement en télétravail, est un facteur de risques pour la santé des salariés et la cohésion des collectifs de travail.

– Le montant des indemnisations (240€ maximum par an) est trop faible. Même s’il est plafonné par des dispositions fiscales, il aurait été nécessaire de prévoir des indemnisations supplémentaires, liées à des achats de matériel (siège ergonomique, etc.).

– Les dispositions prévues, en cas de télétravail imposé en temps de crise, sont trop floues.

– Enfin, le SNJ a demandé que la négociation intègre la recherche de solutions alternatives aux rédactions en open space. Bruyant, stressant, fatigant, l’open space est aussi un facteur de risques en cas de pandémie. La direction a refusé cette demande.

Le SNJ a néanmoins décidé de signer l’accord télétravail. Nous entendons ainsi surveiller son application dans les rédactions et les services, peser dans les commissions de suivi, et faire évoluer ce texte, par avenant si nécessaire.

En effet, le travail imposé à domicile depuis la crise sanitaire a révélé des défaillances de l’entreprise, en particulier au regard de son obligation de santé et de sécurité. Des salariés ont été délaissés ou oubliés, ou au contraire submergés de demandes de la hiérarchie, sans aucun respect du temps de travail et du droit à la déconnexion.

Nous avons également identifié des dysfonctionnements, toujours en cours, dans l’organisation du travail des journalistes.

Selon les termes de notre accord collectif d’entreprise, « la conférence de rédaction est le lieu du débat éditorial ». Tous les journalistes doivent pouvoir y accéder, au besoin par audio ou visioconférence. Or, dans certaines antennes, cette obligation n’est pas respectée, comme elle n’est pas toujours respectée à la rédaction nationale.

Le SNJ invite les salariés à bien peser l’intérêt du télétravail avant de signer un avenant à leur contrat de travail. Notre syndicat se tient à leur disposition pour agir immédiatement si des dérives et des atteintes à leurs droits devaient apparaître.

Paris, le 23 mars 2021

Dénis en séries

Préalable au CSE Siège 9 et 10 février 2021

Confiance, respect, dialogue social, double langage ! Facile de trouver l’intrus : c’est celui qui qualifie le mieux le comportement de la direction.  

Dans cette instance, à plusieurs reprises, nous avons demandé des comptes sur les expérimentations concernant le métier de journaliste/monteur. Car une expérimentation est prévue dans un document officiel du plan de formation, puis démentie par la direction : « c’est une erreur, ne vous inquiétez pas, rien ne se fera sans consultation préalable des organisations syndicales. »

Le mois dernier, profitant de la présence au CSE du siège du rédacteur-en-chef de France Télévisions Régions (FTR) – rédaction basée à Vaise – nous lui posons la même question puisque l’expérimentation semblait annoncée entre autres sur son site. « C’était en effet programmé, dit-il, mais ce n’est plus d’actualité ». « Vos arguments nous ont convaincus », confirme alors le président de l’instance. 

Une semaine plus tard, les organisations syndicales  reçoivent une convocation pour assister à une discussion dans le cadre de l’ « Espace métiers », antichambre des négociations ! Et là, quelle mauvaise surprise ! À l’ordre du jour : FTR, les bureaux excentrés de France 3 et les 1ères seront concernés par des expérimentations de journaliste/monteur. Voilà comment la direction envisage le dialogue, tout simplement en nous faisant croire qu’à l’instant où elle nous répond, elle dit la vérité. Mais tout peut évoluer… en quelques jours, voire en quelques heures…

C’est tout simplement scandaleux ! Pire encore, cela ne gêne pas certaines organisations syndicales, tant sur la forme que sur le fond, ce qui en dit long sur les envies de cogestion de quelques-uns. Le tout évidemment au détriment des salariés qu’ils sont censés défendre, en tout cas quand on lit leur littérature électorale. Parce qu’en séance : ils se taisent.  

On n’insulte pas l’avenir en disant oui à tout au présent. 

Autre double discours de la direction, celui de l’emploi. Le SNJ n’a pas signé la Rupture Conventionnelle Collective, rebaptisée par les signataires Plan de Recomposition des Effectifs ! La belle affaire !  

Nous avons appris la semaine dernière que des CDD longs à la rédaction nationale vont s’arrêter. Nos jeunes consœurs et confrères seraient victimes d’une étude organisée par la direction pour jauger les effectifs dans les services. Ce ne serait pas lié à une trajectoire budgétaire pré-établie, mais aux effectifs présents en début d’année, qui ne nécessiteraient pas de conserver certains CDD. Ce qui est faux.

Au-delà de notre inquiétude légitime, les annonces faites à quelques jours de la fin de ces contrats en dit aussi long sur la méthode. Une direction sans boussole, qui placardise d’un côté avec des castings exacerbés qu’elle ne reconnait d’ailleurs pas, et qui de l’autre se sépare de jeunes talents mis en avant sur toutes nos antennes nationales. La concurrence, TF1 en tête, sait en profiter au grand dam de France télévisions ! 

Alors, parle-t-on vraiment d’une recomposition ou d’une décomposition des effectifs ? Rien sur l’encadrement pléthorique, comme sur le nombre de directeurs adjoints ou d’encadrants dans les services et les éditions ! Ni sur le coût en part variable qu’ils génèrent ! Non bien sûr, ceux qui nous dirigent n’ont que faire de la précarité des uns et de la souffrance au travail des autres. 

Revenons aux castings exacerbés. Le 28 janvier dernier, lors d’une rencontre avec le directeur de l’information, le SNJ a une nouvelle fois dénoncé ce fléau qui place certains journalistes au premier plan, dans le beau rôle de ceux qui passent à l’antenne. Et les autres dans un second rôle, celui de petites mains. Vos représentants ont rappelé cette phrase tristement célèbre du directeur de la rédaction nationale, selon laquelle « il y a des Ferrari et des 2 CV ». 

Cette dérive qui persiste depuis de nombreuses années, provoque beaucoup de souffrances. Elle s’est aggravée à cause du Covid, arme de destruction massive avec la mutualisation des sujets entre les différents JT nationaux. Certains journalistes ex-France 3, non acceptés parl’encadrement de France 2, ayant été empêchés, notamment pendant le premier confinement, de réaliser certains sujets pour France 3 car ils devaient être rediffusés dans le 20 heures !!  

Le directeur de l’information a soutenu que nous étions sortis « d’une période plus compliquée » du point du vue des castings au 20 heures. Et d’ajouter : « Les mots que vous employez sont graves, tout ce qui est de l’ordre de la discrimination est à bannir, toute situation mise au jour ne sera pas acceptée ». Le SNJ a insisté, en parlant de système qui broie certains salariés, en particulier au 20 heures. Démenti ou tentative de minimiser de la part d’un directeur adjoint pour qui « ce n’est pas systémique ». Et d’ajouter : « on n’est saisi que rarement » sur cette question. Pourtant, lorsque ce ne sont pas les rédacteurs-en-chef des éditions qui font le casting, les chefs-de-services s’en chargent à leur place.  

D’ailleurs, le détachement d’équipes itinérantes en régions, n’est-il pas, parfois, un moyen de sélectionner des journalistes au « profil 20-heures », sans doute au détriment de certains correspondants en régions ?  

La direction précise qu’elle posera la question du « qui fait quoi dans les services ? ». Une sorte d’audit, mais pas pour évaluer la productivité de chacun, selon le directeur de l’information.  

Mais alors pour quoi faire ? Pour se poser des « questions individuelles », « si des cas sont mis au jour, on les traitera», ajoute-t-il sans plus de précision. Va-t-on tenir compte du fait que celles et ceux qui ne sont pas dans le casting font inévitablement moins de sujets ? Le piège se refermera-t-il ainsi sur les journalistes que l’on veut écarter ? Le risque est patent. La ficelle est un peu trop grosse, et nous ne laisserons pas faire…  

Nous n’en sommes plus à dénoncer ces faits, nous voulons que la direction sorte du déni et mette fin à ces situations. Nous sommes prêts aujourd’hui à porter devant la justice, un certain nombre de témoignages édifiants. La direction est prévenue. 

Paris, le 9 février 2021

Direction des Sports — Après l’enquête et le constat, nous exigeons des actes !

Début avril, suite à un article du journal « L’Équipe », la direction de France Télévisions a commandé à un cabinet indépendant une enquête sur la direction des Sports.

Ce jeudi 25 juin, les conclusions de cette enquête ont été présentées oralement, en visioconférence, aux élus du Comité Social et Economique (CSE) du Siège, ainsi qu’aux salariés de la direction des Sports. Une restitution d’enquête qui tardait, mais finalement programmée (comme par enchantement) le jour de la publication d’un article de Mediapart.  

Lors de la restitution du cabinet Interstys, qui affirme avoir mené 115 entretiens au cours de l’enquête, aucun cas individuel n’a été abordé. En revanche, il est clairement décrit une « direction construite sur une culture extrêmement masculine, avec des grandes figures paternalistes, notamment chez les journalistes. Cet entre-soi masculin, associé à un « turn-over » très faible, a enraciné des habitudes, qui ont pu générer des comportements sexistes récurrents mais aussi des clichés sur les femmes et leur prétendue méconnaissance du sport. Une situation délicate qui a aussi perduré en raison de l’inaction de l’encadrement, qui n’intervient que trop rarement ».

L’enquête démontre explicitement que cette « culture hyper masculine, en particulier à la rédaction, a pu rendre difficile, voire impossible, l’intégration de nombreuses femmes ». Et même si de (légers) progrès ont été notés ces dernières années, même si les violences sexistes semblent le fait d’une minorité, d’autres clivages sont mis en évidence : rivalité entre des « jeunes » et des anciens, attitudes hautaines de certains journalistes à l’égard de collègues techniciens ou administratifs, ou encore tensions entre différents « clans » existant au sein de la rédaction.

Le même jour, « Mediapart » a donc publié une longue enquête journalistique titrée « A France Télévisions, le service des Sports est un bastion sexiste ». Sept femmes reporters qui ont travaillé dans la rédaction décrivent en détails la souffrance et les humiliations subies dans le cadre de leur travail. Les élus du SNJ tiennent à leur apporter, ainsi qu’à celles et ceux qui n’ont pas pu s’exprimer, notre plus sincère soutien.

Nous devons rappeler ici que la direction a été alertée à de nombreuses reprises au sujet des difficultés rencontrées par de nombreuses femmes aux Sports. Dès 2013 (!!), nos élus avaient publié un état des lieux : http://snj-francetv.fr/wp-content/uploads/tract-parite%CC%81-2-janvier-2013-OK.pdf 

L’attitude des dirigeants avait alors été consternante puisque cette alerte, et donc la situation de ces femmes, avait été reçue avec mépris. Aucune réponse, aucun plan d’action de la direction des Sports de l’époque ! Déni, défense de l’entre-soi, renforcement du sentiment d’impunité : tout cela pèse terriblement dans le bilan qui est exposé publiquement aujourd’hui.

Deux enquêtes effectuées par des personnes extérieures à France Télévisions confirment donc le constat dressé depuis des années par les représentants des salariés. La direction affirme aujourd’hui prendre « pleinement conscience du problème ». Le directeur des Sports, devant les élus du personnel, s’est même « engagé personnellement à rendre ce service exemplaire ». Nous en prenons acte. Les premières mesures annoncées répondent (enfin !) à une partie des demandes du SNJ : formations obligatoires à la prévention des agissements discriminatoires et sexistes, entretiens professionnels plus nombreux, et sanctions proportionnées quand des faits inadmissibles sont avérés et étayés.

Une réflexion sur l’organisation de la direction des Sports est prévue pour la rentrée. Là encore, le SNJ rappelle les préconisations faites depuis des années :

– permettre l’accès des femmes à tous les types de postes existant à la direction des Sports (il n’y a pas d’emplois réservés aux hommes, y compris dans l’encadrement !) ;

– les recrutements doivent favoriser la mixité, avec des embauches de femmes et d’hommes, permettant de rétablir les équilibres dans la rédaction et de refléter au mieux la diversité sociale de notre société.

Depuis plus de vingt ans, la direction de France Télévisions a commis trop d’erreurs dans ce dossier. Aujourd’hui, c’est une addition très lourde qui est payée par les équipes des Sports. Pour permettre à ces équipes de continuer à remplir leurs missions, dans un climat de travail respectueux de tous, la direction doit agir vite, et en toute transparence. C’est à elle, au moment où les regards réprobateurs sont tournés vers une partie de ses salariés, de prendre enfin ses responsabilités.

Paris, le 26 juin 2020

Violences sexistes : Lettre ouverte à la présidente de France Télévisions

Paris, le 8 avril 2020

Madame la Présidente, 

Nous avons lu samedi 4 avril, dans le journal « L’Equipe », le témoignage d’une ancienne journaliste de la direction des Sports. Dimanche 5 avril, dans le même quotidien, vous affirmez avoir découvert cette affaire la veille, et vous annoncez l’ouverture d’une vaste enquête interne. 

Même si nous pensons que la direction de l’entreprise n’ignorait pas ce dossier, nous prenons acte de votre implication personnelle et nous espérons sincèrement que cette enquête sera menée sérieusement et sans délai.  

Les révélations courageuses de notre ancienne consœur, en particulier sur les propos sexistes et misogynes subis lors de ses passages à la direction de l’Information et à la direction des Sports, font évidemment écho au formidable et terriblement essentiel mouvement #MeToo qui traverse toute la société, et notamment les entreprises de l’audiovisuel. Rappelons que d’autres femmes passées à la rédaction des Sports s’étaient publiquement exprimées lors du lancement de #MeToo, témoignant notamment avoir subi des insultes pendant des années : « pute, salope, pétasse, morue« . Le SNJ avait déjà relayé ces témoignages. 

Pourtant, côté direction, le déni a longtemps été de mise. Fin 2012, à la stupéfaction générale, le directeur des Sports de l’époque s’était présenté dans Le Figaro comme le grand défenseur de l’égalité professionnelle femmes/hommes. Le SNJ lui avait alors répondu longuement dans un texte où, chiffres à l’appui, nous analysions la réalité de la place des femmes dans la rédaction : Rédaction des Sports – Le cancre de la parité.

L’héritage de cette époque est lourd à porter. La situation des Sports a-t-elle progressé depuis ? Oui, il faut le reconnaître, mais pas aussi vite que d’autres directions de l’entreprise et surtout pas au rythme nécessaire pour rattraper un terrible retard. Nos consœurs en CDI ne sont toujours que 7 dans la rédaction (pour 50 hommes).  

Concernant les alertes sur les comportements sexistes, plusieurs dossiers ont été pris au sérieux par un encadrement plus à l’écoute qu’auparavant, mais sans toujours donner l’impression qu’il s’agit d’une priorité. Et les allusions sexuelles, les « blagues » misogynes et les sous-entendus sur la prétendue incompétence des femmes continuent à pourrir l’ambiance de travail. Oui, ces agissements sont le fait d’une petite minorité, mais ils ne sont pas toujours contredits ou combattus par les confrères présents. 

Si l’on y ajoute l’existence d’autres mécanismes de discrimination (notamment liés à la reconnaissance professionnelle), travailler aux Sports peut devenir un calvaire pour certaines femmes, qui préfèrent rejoindre d’autres rédactions. 

Madame la Présidente, nous ne serons pas de ceux qui vous appellent à régler la situation avec un jeu de chaises musicales dans l’organigramme. C’est d’un travail beaucoup plus sérieux, constant, engagé, et de changements beaucoup plus profonds dont nous avons urgemment besoin sur ces thématiques. A commencer par des formations généralisées sur la prévention des violences sexistes et sexuelles, comme nous vous l’avons demandé à plusieurs reprises, et encore récemment dans ce communiqué en octobre dernier : Agissements sexistes et violences sexuelles : Après la prise de conscience, les actes !

Certaines réactions à l’article de L’Equipe nous prouvent qu’il y a une méconnaissance criante de ce qu’est un agissement sexiste et des moyens de les prévenir. Contrairement à ce que nous avons pu parfois lire avec consternation, les rédactions du service public sont loin d’être les seules à avoir des progrès à faire. Mais cela ne nous exonère pas d’un devoir d’exemplarité. 

Madame la Présidente, vous avez engagé France Télévisions sur la voie de la « tolérance zéro » dans ce domaine. Nous partageons avec vous cet objectif, parce qu’il doit aider à la prévention des violences sexistes et donc protéger les victimes potentielles. Ces deux dernières années, notre entreprise a été confrontée à des affaires très lourdes et, au sein de plusieurs rédactions, des licenciements ont été prononcés. 

Nous constatons pourtant qu’aujourd’hui, des incidents, même ceux considérés comme « graves » par la direction, ne sont pas tous suivis de procédures disciplinaires sérieuses, envoyant un terrible message aux victimes. Le sentiment d’impunité est encore bien présent, surtout quand le rapport de forces (par exemple des femmes, jeunes, en contrat précaire, face à des hommes plus âgés et habitués de l’antenne) est totalement déséquilibré. 

L’encadrement, notamment dans les directions où il est quasi-exclusivement masculin (jusqu’à quand ?), doit être beaucoup plus sensibilisé à l’application de la « tolérance zéro » et doit pouvoir le rappeler régulièrement aux équipes quand la situation l’exige. Il doit garantir la protection des victimes qui souhaitent s’exprimer mais aussi la protection de ceux, représentants du personnel ou non, qui les aident et les écoutent. 

Il est de la responsabilité des cadres de protéger les personnes vulnérables et de mettre fin à ces pratiques inadmissibles, avec justesse et sans complaisance. 

Madame la Présidente, sachez enfin que nous sommes toutes et tous à la disposition des équipes chargées de mener cette enquête. 

Veuillez agréer, madame la Présidente, nos sincères salutations. 

Ce texte diffusé par le Syndicat National des Journalistes (SNJ) est la reprise d’une lettre ouverte envoyée à Mme Delphine Ernotte-Cunci par les représentants SNJ au Siège France Télévisions : Patricia Issa (représentante de proximité), Dominique Bonnet, Béatrice Gelot, Sophie Guillaumin (élus CSE),  Antoine Chuzeville, Serge Cimino, Anne Guillé, Francis Mazoyer (délégués syndicaux) 

Rallye « DAKAR » : La direction doit prendre ses responsabilités

Début janvier 2020, une vingtaine de salariés de France Télévisions vont s’envoler pour l’Arabie Saoudite afin d’assurer la couverture d’une nouvelle édition du rallye-raid « Dakar », dont le parcours a été dévoilé aujourd’hui.

Cette opération a été présentée aux élus du Comité Social et Économique (CSE) du Siège de France Télévisions, mardi 12 novembre. À cette occasion, les élus ont pu interpeller la direction sur les conditions de travail de nos collègues envoyés en Arabie Saoudite.

Un dialogue plutôt tendu, car la couverture du « Dakar » 2020 présente plusieurs problèmes majeurs.

Le premier, c’est évidemment la sécurité de nos collègues, qui vont devoir se déplacer et travailler dans un pays en guerre : l’Arabie Saoudite est en effet engagée depuis des années dans un conflit sanglant avec le Yémen. Conflit qui a d’ailleurs poussé les autorités françaises à rappeler à leurs ressortissants souhaitant voyager dans ce pays que « des tirs de missiles et de drones visent fréquemment l’Arabie Saoudite » et qu’il faut « maintenir en toutes circonstances un niveau de vigilance renforcée ».

Est-ce le bon moment pour y organiser une compétition sportive ?

Si la course est maintenue, France Télévisions doit déployer tous les moyens pour assurer une protection maximum à nos collègues, y compris, si nécessaire, annuler la couverture d’étapes dans des zones jugées trop dangereuses.
La direction doit également s’engager à faciliter le rapatriement de nos collègues qui ne se sentiraient plus en sécurité sur place.

Le nouvel hôte du « Dakar » est un pays en guerre qui souffre aussi d’un régime dictatorial et brutal, connu pour piétiner les droits humains et en particulier ceux des femmes.

L’Arabie Saoudite est également un des pires prédateurs de la liberté de la presse, capable d’assassiner sauvagement un de ses journalistes, à l’automne 2018.
Pourtant, quelques mois plus tard, la société privée qui organise le « Dakar » a choisi de nouer un partenariat avec ce pays.

La direction de France Télévisions ne s’est pas exprimée sur ce dossier, ou trop discrètement. Elle doit pourtant prendre la parole pour garantir la totale indépendance éditoriale des équipes envoyées sur place !

Le service public a pour mission première l’information, y compris sur des événements où sport, politique et business sont étroitement mêlés.

Nous avons confiance en nos collègues et nous n’accepterons pas qu’ils subissent la moindre pression de la part des organisateurs du « Dakar » ou des autorités locales.
La direction doit rappeler publiquement qu’elle est garante de la sécurité des salariés et de l’autonomie éditoriale de ses équipes.

Paris, le 20 novembre 2019