Mise en avant

Intolérables menaces contre France 3 : l’attitude irresponsable de polémistes et d’élus locaux doit cesser

COMMUNIQUE NATIONAL SNJ & SNJ-CGT

Depuis plusieurs jours, notre confrère, le directeur de l’antenne régionale France 3 Centre-Val de Loire, est la cible de menaces de mort. Il est accusé, notamment par la fachosphère, d’avoir refusé de diffuser un programme financé par la ville d’Orléans, documentaire à la gloire des Fêtes de Jeanne d’Arc locales et dans lequel devait intervenir le très droitier maire LR d’Orléans, ainsi qu’une journaliste proche de l’extrême droite nationaliste et identitaire.

Le SNJ et le SNJ-CGT avaient déjà déploré ce mélange des genres dans un texte intersyndical, lundi 3 mai : http://snj-francetv.fr/wp-content/uploads/2021-05-03-Tract-intersynd.-F3-CVDL.pdf

L’affaire, révélée par « Le Canard Enchaîné », a donné lieu à des échanges d’une virulence extrême sur le plateau de CNEWS. Le maire d’Orléans et l’animateur s’y sont livrés à un véritable lynchage en place publique, n’hésitant pas à donner, à plusieurs reprises et de manière consciente, le nom du directeur régional en pâture. Aussitôt, notre confrère a vu le nombre de messages menaçants décupler, tant sur les réseaux sociaux que sur sa propre messagerie vocale. Plusieurs d’entre eux contenaient clairement des menaces de mort.

Le SNJ et le SNJ-CGT apportent leur soutien total et entier au directeur de France 3 Centre-Val de Loire ainsi qu’à l’ensemble des salariés de France 3. Nous dénonçons l’attitude irresponsable d’hommes politiques et de présentateurs télé qui font courir des risques inconsidérés à notre confrère qui pourrait prochainement bénéficier d’une protection policière.

Rappelons que le maire d’Orléans, qui trie les journalistes qui ont l’honneur de pouvoir l’approcher, a été pointé par la Cour de Cassation (plus haute juridiction française) pour atteinte à la liberté d’expression (Arrêt 904 du 6 octobre 2011). Et que CNEWS continue de mettre en avant un polémiste condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale et provocation à la discrimination.

Nous saisissons également la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) et la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) sur ces menaces et mises à l’index, car mettre ainsi en danger des journalistes du service public qui font leur métier est une atteinte à la démocratie.

Paris, le 7 mai 2021

Mise en avant

JT communs : le monde d’après ?

COMMUNIQUE INTERSYNDICAL SNJ / CGT

Les salariés de France 3 Auvergne regrettent le projet de JT grandes régions, les week-ends de vacances, envisagé par la direction régionale.

Nous rejetons cette perspective qui éloignerait encore un peu plus le téléspectateur de son information locale. Pour preuve, pendant le confinement, le public n’a pas compris la logique de ces JT grandes régions qui n’en ont que le nom. Les retours ont été catastrophiques.

Notre mission de service public se joue 365 jours par an, week-ends compris. Nous nous devons d’offrir une information de proximité et de qualité. Hors confinement, depuis sa création, l’antenne auvergnate a toujours assuré cette continuité, en proposant des magazines le samedi et un JT des sports particulièrement suivi le dimanche soir.

Au fil des années, nous avons su construire et entretenir cette fidélité qui fait de France 3 Auvergne l’une des plus belles audiences du réseau. Un JT grande région, ne serait-ce que le week-end, serait très mal perçu par le public et les salariés.

Pour toutes ces raisons, nous considérons ce projet de mutualisation comme une aberration éditoriale, contraire à l’information de proximité si chère à nos yeux et à ceux de nos téléspectateurs.

Clermont-Ferrand, le 5 mai 2021

Déconfinez l’info, il y a urgence !

Les rédactions de France Télévisions peuvent, et doivent, reprendre une activité quasi-normale dès la semaine prochaine. La direction fait du zèle, mais l’information de service public n’a pas à suivre sagement le tempo politique du gouvernement.

Début avril, dans la foulée de l’allocution du président de la République, la direction de France Télévisions a choisi de « confiner » l’info. Si la protection des salariés est l’absolue priorité, il nous semblait possible de mettre en place des mesures sanitaires renforcées sans dégrader à ce point l’offre d’information, notamment dans le réseau régional France 3.

L’attitude de la direction laisse entrevoir les pires scénarios pour l’entreprise, entre suppressions d’emplois, casse des métiers et disparitions de rédactions.

Les journaux communs « grandes régions » (une aberration éditoriale) devraient se poursuivre jusqu’au 10 mai au moins. Pour les équipes de France 3, c’est l’incompréhension : les antennes peuvent parfaitement s’organiser pour tourner avec les mesures sanitaires nécessaires.

Or, avec ce système de « journaux grandes régions », les couacs se multiplient, avec de nombreux exemples d’actualités non couvertes, surtout lorsque ces événements ont lieu dans l’antenne qui ne pilote pas le JT du jour.

Le contenu de nos éditions est parfois affligeant, la hiérarchie de l’information incompréhensible ou inexistante. Les sujets sont sans intérêt pour une grande partie des téléspectateurs, car tournés à des centaines de kilomètres de chez eux. On est loin de la promesse éditoriale de proximité. 

Pourquoi ne pas avoir maintenu des éditions d’information par antenne, quitte à ce que des sujets mutualisés soient intégrés dans les conducteurs ? Pourquoi maintenir aussi longtemps une offre dégradée, alors que nous entrons dans une période électorale avec des régionales et des départementales ?

Pourquoi, si ce n’est pour habituer les salariés et notre public à l’affaiblissement définitif de l’information de proximité ?

Les équipes de reportage ne peuvent remplir leur mission d’information, faute de temps d’antenne disponible pour l’actualité de leurs régions. Un immense gâchis. Hélas, certaines directions régionales annoncent déjà le prolongement des journaux grandes régions pendant l’été ou pendant les week-ends, confirmant ainsi la volonté première de faire surtout des économies. 

L’incohérence est tout aussi flagrante pour les sites web. Dans certaines rédactions, jusqu’à 10 journalistes se voient planifiés sur le numérique. Simplement pour remplir les tableaux de service. Parce qu’en télétravail, sans matériel adapté, sans les applications indispensables, parfois sans formation, il est difficile de travailler. Quel manque de considération pour le développement du numérique !

Au Siège, les conditions de travail imposées par la direction posent aussi question. Régie et plateau communs aux JT de France 2 et France 3 resteront la règle jusqu’à mi-mai. Une organisation qui rend très complexe l’enchaînement des plateaux, dans le respect des règles sanitaires.

« Tout le Sport », le JT quotidien des sports sur France 3, est diffusé en version très dégradée. Plus d’accès au plateau, pas de régie disponible, c’est donc une bobine assemblée vers 19h00 qui est programmée à 20h45, avec enregistrement des lancements du présentateur en milieu d’après-midi !

Les équipes font du mieux possible mais ce dispositif n’est pas adapté à l’information sportive. Nous sommes régulièrement en retard sur l’actu : « Tout le Sport » doit revenir en direct au plus vite. 

Dans les stations ultramarines, notamment à la Réunion, en Guadeloupe et en Guyane, le nombre d’arrêts de travail a fortement augmenté. Les échanges sont difficiles entre cadres et équipes opérationnelles. Les ordres, suivis de contre-ordres, les réformes, entreprises sans aucune concertation avec le personnel, déstabilisent les équipes et augmentent considérablement les risques psychosociaux.

Partout dans l’entreprise, le travail à domicile a trop souvent été imposé, parfois au-delà du raisonnable.

La démotivation, l’incompréhension et la détresse psychologique de certains salariés sont des signaux d’alerte graves, qui devraient être pris en considération. Et le choix de la direction de multiplier RTT et récupérations pour accompagner cette baisse d’activité accentue encore l’isolement de tous.

La crise sanitaire a permis à la direction d’aller bien au-delà de la « maîtrise » de la masse salariale : plus de 15 millions d’euros d’économies en 2020 dont 11 millions pour le réseau régional !

La direction semble s’en réjouir. Pas nous. Parce que ces économies touchent d’abord de plein fouet les plus précaires, CDD et pigistes. Parce qu’elles sont inquiétantes aussi pour l’avenir de notre entreprise et de tous nos emplois.

Aujourd’hui, il faut nous donner les moyens de concilier prudence sanitaire et offre d’information à la hauteur de notre mission. Des choix d’organisation dans le respect des mesures sanitaires doivent permettre à nos rédactions de travailler quasi-normalement dans les prochains jours.  

L’information en mode dégradé ne peut pas être le projet d’entreprise de France télévisions. Il est urgent de déconfiner l’info

Paris, le 30 avril 2021

Motion – LE JOURNALISME EN DANGER A FTV

Aujourd’hui, dans de nombreuses rédactions, la pratique du journalisme est souvent abîmée, hélas, par le manque d’anticipation et par le « remplissage » qui doit le compenser !

Dans les rédactions nationales, le fléau s’appelle « sujet en kit ». Les reporters sont transformés en journalistes prestataires de services, fournisseurs d’éléments, pour des « plumes » qui ne sortent pas de leurs salles de montage, sous le regard d’un encadrement pléthorique.

Mais au-delà de ces dérives professionnelles, il y a un contexte social qui nous inquiète.

Depuis plusieurs mois, nous assistons à une offensive majeure de la direction, qui s’attaque à notre profession. Elle tente par exemple, en vantant « de nouveaux horizons et de nouvelles pratiques », de faire passer un texte global sur les unités de compétences complémentaires (UCC) qui s’appliqueraient à France Télévisions.

Les compétences complémentaires, le SNJ y est favorable, quand elles sont encadrées et qu’elles représentent un progrès. Nous sommes signataires des textes qui ont permis à des journalistes rédacteurs de suivre une formation JRI, et inversement. Tout comme nous avons accompagné les reconversions professionnelles, souvent couronnées de succès, de PTA vers le journalisme, quand elles se font avec une formation sérieuse et conséquente.

Mais le texte sur les UCC inspire la méfiance : il s’agit d’une casse organisée, motivée par l’obsession de la direction de faire plus avec moins de salariés. L’objectif : supprimer un maximum d’emplois, en créant des fonctions hybrides qui permettent à des salariés sans carte de presse, mais avec des compétences éditoriales acquises à la hâte, de remplacer les journalistes.

Une menace qui plane notamment sur le réseau régional France 3, où la direction souhaite généraliser les unités de tournages avec smartphones (UTS), là encore, pour semer la confusion entre journalistes et « contributeurs ».

Le journalisme est en danger à France Télévisions car la direction enchaîne les projets décevants, où les économies font office de boussoles.

Dernier exemple révélateur : la régionalisation de France 3, qui devrait être un projet essentiel, soutenu par des investissements, aboutit finalement à la mise à l’antenne d’un 18h30 indigent.

Autre sujet d’inquiétude : les conditions de travail imposées aux journalistes du web. Nous refusons que ces rédactions soient des rédactions low-cost.

Impossible de conclure cette liste sans évoquer la renonciation sociale que représente chaque départ non remplacé. Nous les subissons aujourd’hui avec la rupture conventionnelle collective, que le SNJ avait refusé de signer, mais bien avant aussi.

Cette obsession des soustractions d’emplois a des conséquences terribles : transfert scandaleux de rédactions entières* à une filiale, effectifs insuffisants des rédactions des réseaux régionaux et ultramarins, manque de moyens dans certains services de la rédaction nationale, CDD « gelés » partout…

Réunis en assemblée générale, le vendredi 9 avril 2021, les adhérents du SNJ France Télévisions mandatent leur Bureau National pour mettre tout en œuvre, au quotidien et pendant les négociations en cours, pour protéger notre profession et sa pratique.

Nous ne sommes pas des salariés interchangeables de l’audiovisuel. Nous sommes des journalistes, des techniciens et des administratifs, qui dans le respect de nos métiers et de nos spécialités, participons tous à la défense des valeurs du Service Public.

Paris, le 9 avril 2021

*(« Thalassa », « Faut Pas Rêver », « Télématin », « Passage des Arts » et « Des Racines et des Ailes »)