France 3 Quercy-Rouergue
JT de 13 heures de France 2, dimanche 1er février : un reportage sur le classement des villes où il fait bon vivre est diffusé en milieu d’édition. Dans ce sujet, on découvre une séquence à Nice, puis nous partons à Rodez, cette “petite ville de 23 000 habitants dans l’Aveyron”, classée cinquième au palmarès. Et pour illustrer cette position, une “habitante” est interviewée, comme s’il s’agissait d’un micro-trottoir. Sauf qu’il n’en s’agissait pas d’un et que l’habitante en question n’habite pas du tout Rodez.
L’illusion est parfaite, l’usurpation est totale.
Pour savoir qui était vraiment cette personne, il fallait regarder le journal régional de France 3 Toulouse, la veille au soir. Une équipe de France 3 Occitanie a réalisé le samedi 31 janvier un reportage sur ce fameux classement et, pour illustrer la situation de Rodez, a justement choisi de ne pas tomber dans les “micros-trottoirs”, bâtissant son sujet autour de trois séquences, dont une avec une agente immobilière indépendante apportant son expertise sur les conséquences de ce classement sur le marché de l’immobilier à Rodez pour la deuxième année consécutive. C’est donc à ce titre qu’elle a été contactée, qu’elle a accepté de répondre aux questions d’une équipe de journalistes de France 3 basée à Rodez et qu’elle a été présentée dans le sujet. La diffusion du reportage, le soir, dans l’édition régionale ne laisse aucun doute. Mais encore faut-il avoir pris la peine de regarder le sujet et lu le synthé de la personne en question.
La reprise d’éléments tournés par une autre rédaction doit se faire avec vigilance et respect de nos principes déontologiques.
Nous, journalistes du réseau de France 3, tous les jours sur le terrain, contactons, enquêtons, fouillons et produisons des reportages sans préparation spécifique. Nous sommes tous les jours en lien direct avec des interlocuteurs qui nous accordent leur confiance pendant qu’ailleurs, une plongée dans Imedia permet de se servir de rushes, d’images, d’interviews pour en faire un peu ce qu’on veut, comme on veut et sans aucune concertation avec les équipes sur place.
Ni le rédacteur en chef adjoint en charge de l’édition régionale à France 3 Occitanie à Toulouse, ni le chef d’édition, et encore moins l’équipe de la locale de France 3 Quercy-Rouergue à Rodez qui a fait le sujet n’ont été contactés par qui ce que soit à Paris avant de choisir un bout d’interview qui arrange bien le 13 heures, mais qui n’a strictement rien à voir avec la raison pour laquelle cette interview dans ce cadre et ce contexte-là a été réalisée. On se sert, on prend ce qu’on veut, on diffuse, sans penser aux répercussions pour les reporters qui ont tourné ces images et ces interviews. Et surtout, peu importe la crédibilité de ce qu’on diffuse…
Très régulièrement, lors des réunions de la commission de suivi « déontologie et principes professionnels », les représentants syndicaux alertent la direction sur les nombreux incidents liés à des « reprises » inopportunes d’extraits de reportages par les éditions nationales.
Combien de temps encore ces pratiques inacceptables vont-elles continuer ? Combien de temps encore notre travail de reporters sera-t-il considéré avec autant de mépris ? Combien de temps encore allons-nous devoir assurer le SAV sur le terrain auprès des interlocuteurs qui ne comprennent pas ces méthodes ? Combien de fois allons-nous devoir encore et encore tenter d’expliquer que la mission de service public de proximité a quand même un rôle, une importance, un sens ?
Nous, journalistes, ne pouvons nous permettre de jouer aux illusionnistes. L’accumulation d’incidents et d’erreurs démontre qu’il y a un problème de méthode. Les délais trop réduits de fabrication de certaines éditions ne peuvent en aucun cas justifier ces sorties de route. Les dégâts causés sont trop importants, autant en interne (la confiance entre rédactions) qu’à l’égard de nos publics.
Rodez, le 5 février 2026
