Qui veut la peau de l’audiovisuel public ?

« Le groupe France Télévisions est en plan social depuis 10 ans » : Ce sont les mots de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, devant les députés fin 2021. 15% des effectifs, 1500 postes en moins : c’est ce qu’il aura fallu subir pour faire face au trou de 450 millions d’euros créé par la suppression de la publicité après 20 heures voulue par Nicolas Sarkozy en 2008…

Dominique Pradalié élue présidente de la Fédération internationale des journalistes

Militante acharnée, Dominique Pradalié a été élue, ce jeudi 2 juin 2022, présidente de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) lors du 31e congrès de la FIJ du 31 mai au 3 juin à Mascate (Oman). Elle est la deuxième femme à accéder à ce poste depuis la création de la FIJ en 1926.

Candidate sortante du comité exécutif de la FIJ, Dominique Pradalié est très attachée aux libertés fondamentales. Secrétaire générale du SNJ pendant des années, elle continue à ferrailler en France avec combativité. Nous ne doutons pas qu’elle le fera avec la ténacité qu’on lui connaît au sein de la FIJ, notamment en luttant contre l’impunité des assassins de journalistes et leurs commanditaires.

De son premier congrès du SNJ au Touquet en 1973 jusqu’à son poste de secrétaire générale au SNJ, Dominique Pradalié milite depuis 1970 au sein de la première organisation de la profession en France. Elle a effectué sa carrière professionnelle, par choix, dans le service public de l’audiovisuel jusqu’à la fonction de rédactrice en chef à France Télévisions.

Le SNJ lui souhaite une pleine réussite dans son nouveau mandat, qui se terminera par la célébration du centenaire de la FIJ en 2026. La date et le lieu du prochain congrès ne sont pas encore déterminés. Précisons que la FIJ a été fondée par un certain Georges Bourdon, l’un des fondateurs du Syndicat national des journalistes.

Mascate, le 2 juin 2022

Les aveux en filigrane du directeur de l’information

LETTRE OUVERTE A M. LAURENT GUIMIER

Monsieur le directeur,

En obligeant des journalistes spécialisés ou grands reporters à participer à des stages de quasi-débutants, vous assurez vouloir travailler en faveur de l’égalité pour tous les journalistes de la rédaction nationale. Mais par cette affirmation, vous reconnaissez implicitement l’existence d’une rédaction à deux vitesses, et donc de castings pour ne pas dire d’une politique discriminatoire.

En vous fixant comme objectif un changement de culture et une meilleure articulation entre services et éditions, vous confirmez en filigrane, l’existence d’un management pyramidal qui existe depuis de trop nombreuses années, sur lequel nous ne cessons de vous alerter, en particulier au sujet du 20h de France 2.

En identifiant des journalistes et en les désignant pour ces formations (ils sont au nombre de 8), parfois sans concertation ni information préalable, vous leur signifiez finalement et officiellement qu’ils ne font pas partie du casting, ce qui a le mérite de sortir du « non dit » mais qui est une démarche particulièrement stigmatisante.

En précisant que ces stages doivent leur permettre d’être plus à l’aise dans l’organisation, le montage et l’écriture de leurs sujets, même en situation d’urgence, avec un rappel des règles sur le tournage en séquences, vous détaillez par là-même des compétences normalement acquises en école de journalisme. Des objectifs qui peuvent être humiliants pour des salariés expérimentés.

En indiquant vouloir ainsi « améliorer leur employabilité », afin d’être davantage sollicités au quotidien et d’être mieux considérés et insérés dans la rédaction, vous admettez que dans un contexte de baisse des effectifs avec la Rupture Conventionnelle Collective, la charge de travail pèse essentiellement sur les épaules d’un nombre limité de journalistes.

En ajoutant que ces formations obligatoires dans le cadre du plan de développement des compétences, visent à adapter les salariés à leur poste de travail, vous insinuez donc qu’ils ne sont pas en phase avec des missions qu’ils exercent pourtant depuis de nombreuses années. C’est particulièrement choquant !

En concluant par le fait qu’un salarié ne saurait refuser de suivre ces formations parce qu’elles constituent « une modalité particulière d’exécution de son contrat de travail qui peut-être assimilée à l’exécution d’une mission professionnelle », vous sous-entendez clairement qu’un refus peut-être considéré comme une faute professionnelle.

En résumé, vos arguments sont clairs : ce sont les journalistes qui doivent s’adapter au formatage de certaines éditions, en particulier au 20h. En aucune manière, vous ne remettez en cause une hiérarchie autoritaire qui demande de multiples corrections sur les sujets, comme un enseignant à ses élèves, en éludant le débat éditorial. Jamais, vous ne pointez la faute qui consiste à mettre des salariés expérimentés sur la touche. Vous tentez de nous persuader de votre bonne volonté, mais comme le disait en substance un grand écrivain qui était aussi journaliste, celle-ci peut faire d’énormes dégats si elle n’est pas éclairée. Et c’est malheureusement le cas à la rédaction nationale.

Le SNJ sera bien évidemment aux côtés des journalistes qui ont refusé ces « formations ». Nous vous demandons de vous attaquer aux véritables racines du mal, autrement dit au management pyramidal, et non aux salariés qui en sont les victimes.

Paris, le 31 mai 2022

Aviwest et TVU Pack : où est la protection de la santé des équipes de reportage ?

A l’heure où les responsables d’éditions et les rédacteurs en chef multiplient et exigent des interventions en duplex avec ces outils, le SNJ constate que les règles de prévention n’existent pas partout.

En 2017, des fiches de sécurité accompagnaient ces boîtiers de diffusion dans les placards des salles de départ déconseillant leur utilisation près de femmes enceintes et de détenteurs de pacemakers en raison du caractère néfaste des ondes électromagnétiques.

Aujourd’hui la réalité du terrain en reportage est toute autre.

Ces fiches ont bel et bien disparu de certaines emprises quand elles ne sont pas dissimulées au fond du sac de transport des aviwest et TVU pack.

Certains JRI portent au quotidien ces boîtiers de transmission en sac à dos pour suivre un reporter ou une situation en mouvement sur consigne de managers soucieux avant tout d’animer en extérieur leurs éditions.

Les études menées dans une salle fermée sur le mode d’une conférence de presse indiquent clairement que plusieurs boîtiers de transmissions réunis dans un même lieu émettent des fréquences nocives ( migraines et nausées chez certains de nos confrères ) et pourtant … la direction continue d’imposer leur utilisation sans la moindre précaution.

Il est maintenant question d’équiper les rédactions de nouveaux boîtiers en 5G encore plus puissants et capables d’émettre l’équivalent de 200 smartphones simultanément.

Cette pratique va à l’encontre de toute prévention de l’entreprise en faveur de la santé des salariés.

Le SNJ rappelle que France Télévisions est pénalement responsable et que cette faute inexcusable engage la responsabilité de l’employeur devant la justice.

A l’heure où une négociation débute pour trouver un nouvel accord sur la qualité de vie au travail , la direction est donc sciemment en faute.

C’est pourquoi le SNJ demande solennellement le retour des règles de prévention par voie d’affichage dans toutes les rédactions.

Nous exigeons aussi une étude scientifique indépendante sur les conséquences de ces boîtiers de transmissions sur la santé de leurs utilisateurs.

Enfin le SNJ prône le volontariat pour l’utilisation de ces moyens de diffusion comme c’est le cas à la rédaction nationale.

Paris, le 30 mai 2022

L’urgence du pouvoir d’achat

L’amélioration du pouvoir d’achat de l’ensemble des salariés de France Télévisions constitue cette année – du fait d’une inflation galopante d’environ 5% – une priorité absolue ! Un préalable nécessaire pour que les mesures individuelles conservent  leur rôle de jalons dans une progression de carrière. 
Articuler mesures générales, catégorielles et individuelles paraît plus nécessaire que jamais pour corriger les inégalités constatées dans l’entreprise.

Le SNJ propose une augmentation des minimas garantis sur lesquels sont calculées les primes d’ancienneté.  Augmentation qui bénéficiera également aux nouveaux recrutés.

Le SNJ demande de prendre en compte le recul de l’âge moyen de départ à la retraite des salariés de France TV en prolongeant les grilles d’ancienneté :
• Prolongation jusqu’à 40 ans du calcul de la prime d’ancienneté PTA et métiers artistiques.
• Instauration de 2 nouveaux paliers pour les journalistes pour 35  et 40 années d’ancienneté professionnelle.

Le SNJ exige la mise en œuvre d’un plan spécifique pour les journalistes de la filière reportage, victimes d’un blocage dans le déroulement de leur carrière. Nous avons répertorié 260 journalistes en CDI  ayant  plus de 15 ans d’ancienneté professionnelle sans être JS ou plus de 20 ans sans être GR1. Ils représentent respectivement 10 % des membres de la filière reportage ayant entre 15 et 19 ans d’ancienneté professionnelle et 20 % de celles et ceux qui ont 20 ans ou plus d’ancienneté professionnelle. 260 journalistes pour lesquels le positionnement reconnu pourtant comme « normal » en 2012 par la direction au moment de la transposition journaliste n’est pas respecté.

L’ampleur de l’effectif concerné par ce grave dysfonctionnement prouve que déclarer ces salariés en retard comme « prioritaires » pour l’attribution d’une mesure individuelle n’est pas suffisant. Seule l’instauration d’un automatisme à 15 et 20 ans pour passer en JS et en GR1 réglera le problème. Il en va de même pour les changements de palier de GR1 à GR5, pour lesquels un mécanisme de progression garantie doit être introduit. C’est le seul moyen pour que les journalistes de la filière reportage bénéficient d’une véritable évolution de carrière, au même titre que ceux de la filière encadrement.

Face aux différentes crises politiques, sociales et écologiques dont les conséquences néfastes n’ont pas fini de se faire sentir sur les prix à la consommation, le SNJ souhaite une augmentation substantielle de l’enveloppe salariale. La direction doit nous présenter un plan à la hauteur de la période que nous traversons qui permette de corriger les effets de l’inflation et de mettre fin aux trop nombreuses injustices sur nos fiches de paie.  

Paris, le 16 mai 2022

Le débat autour du débat

Une délégation du SNJ a été reçue par le directeur de l’information et le directeur de la rédaction nationale. Une rencontre que nous avions réclamée dans notre communication syndicale du 13 avril dernier.

http://snj-francetv.fr/debat-de-lentre-deux-tours-la-direction-doit-nous-defendre/

Alors que nous nous interrogions sur cette triste tradition de candidats qui choisissent les journalistes pour ces débats, le directeur de l’information nous a clairement dit que cela ne fut pas le cas pour celui entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour la bonne et simple raison qu’Anne-Sophie Lapix n’aurait jamais été pressentie par France Télévisions pour animer ce débat. Laurent Guimier nous a répondu que dès le mois de janvier, en accord avec TF1, il avait été proposé un duo de présentateurs aux 5 principaux candidats, à l’époque les mieux placés dans les sondages. Et que dès le lendemain du premier tour, après échanges le dimanche soir avec les équipes des qualifiés, Léa Salamé et Gilles Bouleau étaient annoncés officiellement à la presse.

Mais pourquoi Marine Le Pen et son fidèle second ont-ils polémiqué dans les médias autour du refus d’Anne-Sophie Lapix ? Vos représentants restent perplexes, mais n’ont bien sûr aucune raison de mettre en doute la version de nos dirigeants. Des directeurs qui précisent comme pour démontrer qu’ils n’ont rien subi dans cette affaire qu’ils ont obtenu par exemple que des plans d’écoute puissent être faits pendant le débat, ce que les candidats refusaient dans un premier temps.

Voilà donc la réponse à ce qui serait donc une fausse polémique, d’après la direction, voire une manipulation de la candidate du Rassemblement National. Sans l’expliquer ni en comprendre d’ailleurs l’intérêt. Par la suite, Marine Le Pen a également refusé de venir au 20 heures jeudi et vendredi dernier, alors qu’Emmanuel Macron était reçu par Anne-Sophie Lapix le jeudi, au lendemain du débat.

A vous alors de vous faire une idée de ce triste épisode qui se répète avant chaque débat d’entre-deux-tours. Nous sommes garants de cette indépendance non négociable. Notre direction affirme la défendre à la place qui est la sienne. Dont acte… L’indépendance c’est aussi une question de budget pour pouvoir faire notre travail en toute liberté. Le président réélu s’est engagé sur la voie de la suppression de la redevance. Espérons que nos dirigeants sauront, pour une fois en matière budgétaire, ne pas accepter tous les diktats de la tutelle.

Paris, le 25 avril 2022