Liminaire du CSE du réseau régional France 3 du 14 octobre 2026
Oui la messe est dite. Le pape est venu en France et France Télévisions n’a pas ménagé ses efforts et ses moyens pour couvrir cet événement. “130 caméras, 35 h de directs”, confesse la présidente de FTV. Tant de débauche de personnel à Paris, Lourdes ou Metz pourrait presque nous rassurer si le contexte économique intenable ne se mesurait pas chaque jour auprès des salariés qui le subissent.
Sur la journée du lundi 5 octobre, les élus du CSE et des RP ont vu leur boîte mail exploser de messages d’alerte ACCILINE. 16 accidents du travail, oui 16 accidents ont été ce jour-là signalés. S’il peut parfois y avoir la faute à pas de chance, cette recrudescence doit nous interpeler sur le climat qui règne actuellement dans les antennes du réseau. Fatigue généralisée, faire tout autant voire plus avec moins de moyens, perte de sens, déliquescence dans les relations. Pas de miracle sur nos antennes, certains salariés sont au purgatoire.
PIDF a payé un lourd tribut à tous ces changements, ces errances – et continue de le faire – entre déménagements et changements de plateaux et de régies qui ont entraîné là-aussi souffrances, accidents du travail et arrêts maladie. Un nouvel accident du travail pour une chroniqueuse a d’ailleurs été déclaré il y a quelques jours. Dans ce contexte-là, était-ce judicieux que le nouveau directeur de Paris-Ile de France se targue lors de sa prise de service : “Pour une fois je ne vais pas jouer les pompiers : j’arrive dans une antenne où il n’y a pas de problème”. De qui se moque-t-on ? Y a-t-il une fatalité à être dans le déni, au mépris des salariés ?
Devant nos caméras à la grotte de Massabielle de Lourdes, le pape a confié la France à la Vierge Marie en ces termes : “Obtiens pour son peuple le don de la concorde fraternelle. Qu’il construise une société harmonieuse, bannissant toute violence et toute haine, permettant à chacun de travailler, de fonder sa famille et d’accomplir sa vie jusqu’au bout dans la tranquillité et la sérénité.” À France 3, ce vœu pieux est loin d’être exaucé.
Pardon, mea culpa : on ne dit plus France 3, c’est vrai. Comment dit-on ? Vous dites encore FR3 ? “Très touchant”. France 3 ? “Trop mignon.” France 3, encore ? “Une dinguerie !”
C’est la campagne que nos téléspectateurs et internautes déboussolés ont pu voir, lire ou entendre dans les gares ou encore les centres commerciaux de Normandie. “La télé, la radio, c’est terminé !” affirmait même un post sur les réseaux sociaux pour la campagne de rentrée pour Guyane La 1ère qui se moquaient même de ces dénominations de manière caricaturale et désobligeante. Pour nos dirigeants, “France 3 ite, missa est ?”. Pas pour nous, c’est notre identité, notre image à défendre, la référence pour ceux qui nous suivent et qui se savent pas du tout qui est ICI.
La messe semble dite également pour certains principes fondamentaux du journalisme pourtant rappelés dans la Charte d’éthique professionnelle des Journalistes, annexée à notre accord collectif de 2023. Elle stipule notamment que “Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte ou exprimer une opinion contraire à sa conviction ou sa conscience professionnelle, ni aux principes et règles de cette charte.”
Et pourtant, lors d’un reportage sur les travaux de rénovation en cours au Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane, la rédaction en chef de France 3 Limousin a cru bon d’avertir le Rassemblement National du contenu des propos du reportage et exigé de la présentatrice qu’elle fasse mention du verbatim du RN. Et comme si ça ne suffisait pas, la même rédaction en chef a refusé qu’un article sur le sujet soit publié sans les propos du RN. L’adjoint a alors repris l’article et modifié le contenu sans avoir la décence de le signer. Inacceptable, inadmissible ! (lire notre communiqué intersyndical ici)
Après avoir bradé notre nom, nos moyens, devrait-on également abandonner nos principes fondamentaux qui font la force et l’identité du service public de l’Audiovisuel ?
“Paris vaut bien une messe”, disait le bon roi Henri IV, ce qui signifie qu’un petit sacrifice ou un compromis sur ses principes pourrait être accepté pour obtenir un grand avantage. Les sacrifices, nous les voyons et nous les vivons tous les jours sans en connaître le moindre avantage. Et si l’expression Ite, missa est signifie qu’il n’y a plus rien à faire, que la situation est définitive. Pour le SNJ, rien n’est irréversible. Abandon de notre identité, des principes fondamentaux, laisser les salariés subir tous ces changements… Non, pour le SNJ, la messe ne sera jamais dite.
Texte lu en ouverture du CSE Réseau à Paris, le 14 octobre 2026
