CSE Siège du 27 avril 2022 : notre compte-rendu

Parmi les points abordés lors de ce CSE (Comité Social et Économique) du Siège : bilan de la précédente mandature, politique du déménagement permanent, demande de dérogation horaire non justifiée au Festival de Cannes, alerte du SNJ sur le service prise de son !

Le débat autour du débat

Une délégation du SNJ a été reçue par le directeur de l’information et le directeur de la rédaction nationale. Une rencontre que nous avions réclamée dans notre communication syndicale du 13 avril dernier.

http://snj-francetv.fr/debat-de-lentre-deux-tours-la-direction-doit-nous-defendre/

Alors que nous nous interrogions sur cette triste tradition de candidats qui choisissent les journalistes pour ces débats, le directeur de l’information nous a clairement dit que cela ne fut pas le cas pour celui entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour la bonne et simple raison qu’Anne-Sophie Lapix n’aurait jamais été pressentie par France Télévisions pour animer ce débat. Laurent Guimier nous a répondu que dès le mois de janvier, en accord avec TF1, il avait été proposé un duo de présentateurs aux 5 principaux candidats, à l’époque les mieux placés dans les sondages. Et que dès le lendemain du premier tour, après échanges le dimanche soir avec les équipes des qualifiés, Léa Salamé et Gilles Bouleau étaient annoncés officiellement à la presse.

Mais pourquoi Marine Le Pen et son fidèle second ont-ils polémiqué dans les médias autour du refus d’Anne-Sophie Lapix ? Vos représentants restent perplexes, mais n’ont bien sûr aucune raison de mettre en doute la version de nos dirigeants. Des directeurs qui précisent comme pour démontrer qu’ils n’ont rien subi dans cette affaire qu’ils ont obtenu par exemple que des plans d’écoute puissent être faits pendant le débat, ce que les candidats refusaient dans un premier temps.

Voilà donc la réponse à ce qui serait donc une fausse polémique, d’après la direction, voire une manipulation de la candidate du Rassemblement National. Sans l’expliquer ni en comprendre d’ailleurs l’intérêt. Par la suite, Marine Le Pen a également refusé de venir au 20 heures jeudi et vendredi dernier, alors qu’Emmanuel Macron était reçu par Anne-Sophie Lapix le jeudi, au lendemain du débat.

A vous alors de vous faire une idée de ce triste épisode qui se répète avant chaque débat d’entre-deux-tours. Nous sommes garants de cette indépendance non négociable. Notre direction affirme la défendre à la place qui est la sienne. Dont acte… L’indépendance c’est aussi une question de budget pour pouvoir faire notre travail en toute liberté. Le président réélu s’est engagé sur la voie de la suppression de la redevance. Espérons que nos dirigeants sauront, pour une fois en matière budgétaire, ne pas accepter tous les diktats de la tutelle.

Paris, le 25 avril 2022

Election CSE Siège : Notre autonomie, nos combats, votre victoire !

Un succès, cela nous conduit d’abord à vous remercier pour votre confiance. Une confiance qui nous donne le sourire mais qui également nous oblige !… Mais avant tout, parlons quand même, l’espace d’un instant de ce succès.

Le second tour de l’élection du Comité Social et Economique a confirmé la progression du SNJ au Siège. En voix et en élus. Nous serons donc 4 titulaires et 4 suppléants, c’est-à-dire très concrètement, deux élus de plus pour vous représenter. Merci encore à tous les électeurs et à toutes les électrices et nous ferons tout pour nous montrer à la hauteur de vos attentes.

Le SNJ est avant tout un syndicat autonome et il n’est pas dans la posture de ces organisations qui le matin, défendent les salariés, et l’après-midi signent des accords qui leur portent préjudice.

Message aux forçats du matin…

Dans cet esprit, nous venons de remporter une victoire en défendant les journalistes pigistes de « Télématin ». Des « matinaliers » auxquels la direction imposait de travailler de 4 heures du matin jusqu’au 13 Heures et au-delà. Des amplitudes horaires contraires à leur statut et à leur contrat, autrement dit, du travail dissimulé. Des heures supplémentaires non reconnues, et par le même biais, des besoins d’emplois compensés par cette suractivité. Imaginez chaque jour tous ces dépassements horaires, 6 jours par semaine, qui sont réalisées par des salariés exténués par leur rythme matinal, et non rémunérés pour cet effort. C’est « tout bénef’», pourrait-on dire pour la direction. 9 ans que cela durait et que le SNJ tentait de faire cesser cette grave dérive. Une situation qui date de 2013 donc et aggravée par la création de France Info, puisque la fusion des équipes a fait passer les effectifs de « Télématin » de 5 à 2 pigistes.

Alors depuis 2016, de simples permanences sont devenues des sorties systématiques pour alimenter les éditions de la mi-journée, du lundi au vendredi. Intenable, épuisant, dangereux ! Nous avons donc décidé de faire en sorte que ce scandale cesse, pour défendre l’intégrité physique des salariés, leurs droits et faire stopper définitivement ces pratiques illégales. La direction a mis fin au système de manière transitoire dans un premier temps, avant d’y mettre fin maintenant, définitivement . Nous allons engager, avec les pigistes concernés, un processus de réparation individuelle que la DRH a accepté, à l’issue d’une réunion avec les élus SNJ.

Voilà un exemple du savoir-faire et du faire-savoir !

L’emploi, une lutte prioritaire

Même chose pour l’emploi. Nous vous l’avions dit avant le premier tour des élections professionnelles, nous allons demander des comptes à la direction sur ce chapitre. Remplacement des départs provoqués par la Rupture Conventionnelle Collective (RCC), maintien en poste des CDD « longue collaboration » avant requalification, etc… Nous préciserons les choses lors du prochain CSE, avant, s’il le faut, de créer les conditions d’un conflit dans les prochains mois.

Le respect du scrutin

Le 14 avril, se déroulera le CSE constitutif, qui installera une majorité pour diriger l’instance politiquement, mais aussi l’équipe qui gère les activités sociales et culturelles (ASC). Le SNJ n’aspire pas à participer à cette majorité pour éviter toute compromission et toute confusion. Nous demandons le juste respect de notre poids électoral. 17% ce n’est pas rien ! Nous voulons donc être représentés à la Commission Santé Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) pour parler de votre santé, de votre sécurité et de votre travail au quotidien, qui se dégrade de jour en jour, en particulier en reportage. Nous voulons obtenir en juste proportion, des RP, représentants de proximité (les anciens délégués du personnel) sans concession, sans alliance contre nature. Vos voix doivent trouver une représentation juste, sans combine avec ceux qui mènent un syndicalisme de cogestion, et qui ont cherché sans succès à nous éliminer en refusant les collèges journalistes.

Voilà ce que représentent l’autonomie et la défense de la démocratie sociale, que vous avez plébiscitées ! Dans le cas contraire, si l’on tentait de nous forcer la main, la nouvelle majorité serait dès ses premiers pas disqualifiée. Mais cela n’altérera en rien nos convictions et n’empêchera pas notre combat. Ethique, déontologie, exemplarité, défense des droits des salariés, du pouvoir d’achat, de l’emploi nécessaire à nos missions. Notre priorité sera de vous défendre sur tous les dossiers que vous nous avez confiés, en nous soutenant dans les urnes !

Paris, le 8 avril 2022

19/20 national : la menace n’est plus fantôme

Fusion des rédactions rime avec confusion, avec réduction des effectifs, avec suppression d’éditions !!! La disparition du Soir 3, fin 2019, n’augurait rien de bon. Il suffit, et nous le regrettons, de voir les audiences du 23h atteindre avec réjouissance les 212 000 téléspectateurs quand le Soir 3 faisait en moyenne 3 fois plus et même parfois au dessus d’un million.

Depuis l’annonce de la fusion des rédactions en 2012, nous avons toujours vu juste. Les directions de l’information successives ont pensé pouvoir reconstruire sur les ruines de réformes destructrices. En vain. Ce qui se préparerait à la rentrée prochaine confirme cette volonté de sacrifier l’essentiel sur l’autel des économies budgétaires. Le 19/20 national va changer de visage. Un virage qui va le conduire à encore réduire la place accordée à l’actualité internationale. L’essentiel du JT serait composé de reportages de nos confrères des rédactions régionales, le tout saupoudré de rubriques, de chroniques et d’invités !!! Des reprises de sujets existants (souvent déjà diffusés sur la 3, quelques minutes plus tôt, dans les éditions régionales…) et du plateau pour gérer et compenser la pénurie de moyens.

Inutile d’habiller ce changement radical par des considérations éditoriales ! Nous ne sommes pas dupes. L’objectif est bien de réduire l’activité de la rédaction nationale afin de supprimer des postes… alors que les emplois manquent réellement aujourd’hui !

Et comme ultime étape de ce plan machiavélique, il sera proposé à des journalistes du Siège des mutations vers le réseau régional ! Et s’ils refusent ? La direction de l’information a-t-elle l’intention d’imposer ces nouvelles affectations ? Les importants dégats du projet de transfert forcé des salariés de plusieurs émissions (Télématin, Thalassa, Faut Pas Rêver…) vers la filiale FTV Studio n’auraient donc pas servi de leçon ?

Et que les rédacteurs-en-chef des éditions ne nous disent pas qu’ils ne sont pas au courant, ils ont été informés avant le déclenchement de la guerre en Ukraine. Une guerre qui d’ailleurs, est traitée (avec talent, courage et engagement total de nos équipes) uniquement sur France 2. Bien sûr, quelques images, quelques plateaux en situation, sont diffusés sur France 3 mais rien de plus. La fusion après avoir généré la confusion est donc en train de préparer le deuxième effacement de l’information sur France 3 : le 19/20 après le Soir 3 ! Comme l’attestent nos écrits depuis toutes ces années, tout cela était méthodiquement organisé au risque de toucher au sacro-saint pluralisme de l’information de service public. Ce sont les événements extérieurs qui ont ralenti l’inéluctable. Le SNJ n’apprécie pas d’être mis devant le fait accompli et ce n’est pas une nouveauté. D’ores et déjà, nous demandons au directeur de l’information de nous recevoir pour répondre à nos interrogations sur ce sujet. Et qu’il ne cherche pas à nous cacher ses plans, comme l’avait fait son prédécesseur au sujet du Soir 3 ! Nous lui conseillons ainsi qu’à la Présidente de France Télévisions, de renoncer immédiatement à ce projet sous peine d’être responsable d’un conflit en pleine campagne présidentielle. Ce n’est pas une menace fantôme mais une promesse.

Paris, le 28 mars 2022

Merci aux électeurs du Siège !

Le SNJ vous remercie, vous les électeurs qui nous ont fait confiance, en votant pour notre liste à l’élection du Comité Social et Economique. Grâce à vous, le SNJ reste représentatif et mieux encore, améliore son score de 2018 !

Aux côtés de tous les salariés, journalistes, techniciens et administratifs, nous continuerons d’agir pour la défense de l’emploi, l’amélioration des conditions de travail et la promotion d’une information digne du service public !

Merci ! Oui merci, grâce à vous et à vos votes, le SNJ conforte sa représentativité. Elle est calculée au premier tour, sur les listes titulaires dans le collège cadres-journalistes, le seul collège électoral où le SNJ présente des candidats.

Il fallait au moins 10% des suffrages exprimés pour conserver la représentativité, qui permet notamment de désigner des délégués syndicaux.
Le SNJ atteint désormais les 17% de représentativité au Siège et améliore donc les audiences recueillies lors des précédentes élections professionnelles de 2018.

La progression est d’autant plus remarquable que les autres organisations syndicales veulent, depuis des années, affaiblir le SNJ à France Télévisions, en refusant l’instauration du collège électoral « journalistes ». Ce collège électoral spécifique, prévu par la loi, est pourtant mis en place dans la plupart des autres entreprises de presse et d’information.

Au Siège, six syndicats sont désormais représentatifs : le SNJ, avec 17%, mais également la CGT (28%), FO (18%), la CGC (15%), la CFDT (12%) et l’UNSA (10%).

La mise en place du nouveau CSE aura lieu après le second tour, car le quorum n’a pas été atteint. Ce second tour a lieu du 31 mars au 6 avril et il permettra de désigner les élus titulaires et suppléants au CSE.

Soyez une fois de plus au rendez-vous, pour élire un maximum d’élus SNJ qui sauront vous représenter au mieux pour les trois prochaines années.

Paris, le 17 mars 2022

Non aux « placards » de fin de carrière !

France Télévisions condamnée pour manquement à l’obligation de sécurité

Six mois après avoir reconnu des faits de harcèlement moral au sein du service « Société » de la rédaction nationale, la direction de France Télévisions vient d’être condamnée pour la gestion de la fin de carrière d’un journaliste de « Faut Pas Rêver ». Ces dérives managériales visant trop souvent les « seniors » ne sont pas une fatalité : désormais reconnues par tous, elles doivent disparaître de nos rédactions. 

« En décidant d’interdire à monsieur A. l’exercice de sa profession de grand reporter, la société France Télévisions a profondément ébranlé son salarié, a pris un grand risque sur sa santé mentale et a ainsi commis un grave manquement à son obligation de sécurité ». 

Cette phrase est extraite d’un jugement du conseil des prud’hommes de Paris, rendu en novembre 2021, qui condamne France Télévisions pour « manquement à l’obligation de sécurité de résultat ».  La direction de France Télévisions ayant décidé de ne pas faire appel du jugement, celui-ci est donc définitif, et l’entreprise devra indemniser la victime de ces agissements.

Cette victime est l’un de nos confrères, récemment retraité, et qui a subi une fin de carrière indigne du service public. Grand reporter pendant 25 ans pour le magazine « Faut Pas Rêver », A. est victime d’un grave accident du travail lors d’un tournage en 2014. Sa longue convalescence s’accompagne d’une défiance injustifiée et d’humiliations professionnelles infligées par l’encadrement. Ce dernier décide notamment, de manière brutale et arbitraire, de ne plus lui confier la réalisation de reportages. À près de soixante ans, A. se retrouve donc puni, déclassé. Son activité se limite au « soutien » d’autres journalistes, notamment les présentateurs de « Faut Pas Rêver », avec lesquels il prépare les plateaux de l’émission. Cette exclusion, imposée par l’encadrement du magazine, est mise en pièces par le jugement de novembre 2021 : « la décision prise de priver monsieur A. de travail sur le « terrain » doit s’analyser comme une remise en cause de son poste, de ses fonctions, donc une rétrogradation s’analysant comme une exécution déloyale du contrat de travail ». Rappelons que la direction de France Télévisions n’a pas fait appel de ce jugement. 

A. va subir ce management violent pendant plusieurs années. Son état de santé se dégrade, et notre confrère ne peut plus travailler sereinement.  Affaibli physiquement et psychologiquement, il est licencié pour inaptitude (après avis de la médecine du travail) en 2019. Soutenu par le SNJ, il devra saisir la justice pour que ce management soit condamné et que le préjudice subi soit enfin reconnu… deux ans plus tard. 

La décision des juges dans le dossier de A. fait tristement écho aux conclusions du rapport d’expertise présenté, en juillet 2021, aux élus du CSE du Siège de France Télévisions. Ce rapport détaillait la maltraitance et les brimades infligées à D., journaliste du service « Société » de France Télévisions. Reporter en fin de carrière, D. a lui aussi subi une mise à l’écart et un dénigrement injustifiés pendant plusieurs années, en particulier entre 2011 et 2018. Lui aussi a vu son état de santé se dégrader fortement. Lui aussi a été licencié pour inaptitude, après ce que l’expert a qualifié de « faits constitutifs de harcèlement moral ». Le SNJ avait publié un compte-rendu détaillé de la restitution de ce rapport: CSE-S-15-et-16-juillet-2021.pdf (snj-francetv.fr)

Lors de cette restitution, Laurent Guimier (directeur de l’information) et Michel Dumoret (directeur de la rédaction nationale) avaient déclaré « accepter les conclusions » de l’expert et « en tirer de nombreux enseignements ».  La direction s’était engagée publiquement à indemniser le préjudice subi par D. Lors de cette restitution, le SNJ avait rappelé que le cas de D. n’était malheureusement pas isolé, et que d’autres journalistes ont subi, ou subissent encore, ces « mises au placard » ou déclassements professionnels. Certaines victimes sont actuellement en procédure devant les tribunaux. 

Le SNJ réaffirme sa solidarité avec A., D. et tous les journalistes « seniors » poussés vers la sortie, ou placés dans des impasses professionnelles par leur encadrement. Ce traitement inacceptable est dénoncé par les experts et condamné par la justice ! Depuis des années, les représentants du personnel SNJ combattent ces dérives managériales et exigent que la direction y mette fin. 

Le SNJ soutient nos consœurs et confrères victimes de telles pratiques et les accompagnera devant les tribunaux s’ils le souhaitent. 

Paris, le 28 février 2022