Transfert de salariés : Danger Grave et Imminent

Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Voilà comment nous qualifions la situation de blocage dans laquelle la direction s’est installée dans le dossier des transferts de salariés de France Télévisions SA vers France Télévisions studio.

Mercredi 6 octobre, à la demande de la CSSCT (Commission santé, sécurité et conditions de travail) sous la houlette du secrétaire du Comité social et économique, nous étions réunis en CSE extraordinaire pour une alerte DGI (danger grave et imminent).

Une alerte pour interpeller en urgence la direction sur les risques psychologiques qui pèsent sur les femmes et les hommes concernés par ce transfert (plus de 80 salariés). La direction dit ne pas nier les témoignages que les élus ont produit en séance, mais pour autant propose un plan d’accompagnement inadapté !

Le souci n’est pas un manque de soutien psychologique, c’est bien le projet lui-même qui est nocif. Des témoignages validés par la médecine du travail en séance, ce qui est imparable pour la direction si elle était tentée de nier les propos des élus.

Le SNJ réitère donc sa demande claire et cohérente depuis le début. Ce projet doit être arrêté immédiatement ! De plus, les garanties données aux salariés et que la direction a communiquées par courrier individuel sont des garanties en trompe l’œil, car rien n’est dit quant à leur avenir si les émissions sont supprimées. Rien n’est dit non plus sur le régime appliqué en cas de licenciement !

Les élus du CSE siège, soutenus par le SNJ, la CGT, l’UNSA et la CFDT ont voté une résolution qui donne mandat au secrétaire du CSE pour qu’une enquête soit réalisée auprès des personnels en souffrance avec l’appui de psychologues indépendants. Le syndicat Force Ouvrière s’est abstenu, choisissant la voie de la négociation avec la direction, validant en quelque sorte le transfert.

La direction doit préserver la santé de ses salariés et mener toutes les actions nécessaires pour les protéger. Ce n’est pas le cas ici en maintenant ce projet, elle met clairement en danger des personnes qui se disent trahies, qui ont perdu toute confiance après avoir tant donné à l’entreprise ! Des détresses que vos élus SNJ ne laisseront pas dériver encore plus longtemps.

Paris, le 8 octobre 2021

L’action juridique contre le projet de transfert autoritaire est impérative

Réponse de l’intersyndicale

Les organisations syndicales CGT, CFDT, SNJ, UNSA, SUD se sont réunies ce mercredi 22 septembre pour envisager la poursuite de la mobilisation contre le projet de transfert autoritaire des 85 salariés des émissions Télé matin, Thalassa, Faut pas rêver, Des Racines et des ailes, des Chiffres et des lettres, Passage des arts.

Cette démarche s’inscrit dans le droit fil des avis négatifs adoptés à l’unanimité des élus et organisations syndicales du CSE Siège et du CSE Central et des nombreuses initiatives de salariés concernés et de leurs représentants opposés à ce projet.

En ne tenant pas compte de cette contestation, la direction commet trois fautes majeures :

  • Elle utilise de façon abusive l’article L 1224-1 du Code du travail en le détournant de sa finalité qui est de protéger les salariés victimes de restructurations
  • Elle génère des risques psycho sociaux avérés sur les personnels concernés par le projet en raison de la brutalité de la démarche
  • Elle remet gravement en cause tous ses engagements sur un « haut niveau de dialogue social à FTV » et entraine l’entreprise dans une conflictualité durable.

La direction semble s’être fait un allié du syndicat Fo qui a engagé une stupéfiante démarche pour tenter de convaincre les salariés concernés de se soumettre à la décision de la direction. Démarche d’autant plus incongrue qu’avec 23,50% de représentativité pondérée au niveau du groupe (18,8% des voix aux élections professionnelles), ce syndicat minoritaire n’a évidemment pas la capacité de valider seul un accord d’entreprise.

Autre initiative, encore plus choquante, celle d’un élu Fo au Conseil d’administration qui joue, en son nom et en privé, le négociateur entre certains salariés visés par le transfert et la direction générale de FTV au mépris des engagements de son syndicat auprès des élus des CSE.

Bien évidemment les syndicats réunis le 22 septembre ont condamné ces initiatives et confirmé leur intention de mobiliser par tous les moyens contre ce funeste projet. Ne pas combattre aujourd’hui aux côtés des 85 victimes de cette éviction serait la porte ouverte demain pour amputer des secteurs entiers de l’entreprise.

Les rendez-vous sont pris chez les avocats pour combattre sur le fond le projet et barrer la route à ce démantèlement programmé de notre entreprise de service public.

« Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner
mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu.
 »

Paris, le 23 septembre 2021

Une rentrée particulière

Préalable des élus SNJ au CSE Siège des 15 & 16 septembre 2021

Des grands projets de la direction ces dernières années, certains ne retiennent que leur mise en place et leur évolution. Trop facile d’oublier les absences d’explications, les passages en force, les salariés abimés, et au bout du compte peu importe, parce qu’une idée chasse l’autre dans la tête de nos dirigeants ! La fusion des rédactions nationales, les multiples réformes des ressources humaines, les changements de pieds dans l’organisation de l’entreprise, un jour transversale un jour en silo et vice versa. Il y a de quoi donner le tournis…

Nous avons sans relâche dénoncé ces pertes de repères pour les salariés, ballotés par les nombreux mouvements hiérarchiques. En ligne de mire, les salariés des programmes affectés par le transfert de la gestion directe d’émissions vers France Télévisions Studio ! Comme le CSE Siège, le CSE Central vient de dire non au projet proposé par la présidence. Le SNJ s’oppose donc une fois de plus, clairement, au transfert des salariés. Ils doivent rester sous contrat France Télévisions SA.

Une revendication qui doit être entendue, comme doit l’être également ce que nous réclamons depuis des années à la rédaction nationale ! Les éditions ne doivent plus être les seules maîtres à bord. Il faut de toute urgence rééquilibrer les choses pour que l’éditorial reprenne ses droits et que les journalistes soient placés au cœur du dispositif. Cet engagement, pris par la nouvelle direction de l’information, doit se mettre rapidement en place, maintenant que le nouvel organigramme est installé. Nouveaux directeurs adjoints, nouveaux présentateurs, nouveaux rédacteurs-en-chef, nouveaux cadres dans les services…

Mais cela ne suffit pas. Nous ne sommes pas dupes ! Derrière tous ces changements, nous attendons un projet éditorial respectant les métiers, en particulier celui de journaliste.

De ce point de vue, les premières tendances qui émergent de cette rentrée sont loin d’être satisfaisantes. Un 13 heures ultra rubriqué transformant parfois les journalistes en guides touristiques, un 19/20 sans nouveau souffle, un 20 heures chantre du casting qui rend beaucoup de journalistes invisibles, et enfin un 12/13 fabriqué, parfois, avec les faibles moyens du bord… Il faut immédiatement renforcer les moyens alloués a l’élaboration des journaux à l’heure où des efforts semblent être consentis partout dans l’entreprise, sauf à l’information au quotidien.

A l’instar d’une direction qui préfère investir dans les bougies de France Info plutôt que dans le gâteau ! Se féliciter des 5 ans de la chaine est bien normal, mais ne rien faire pour régler les problèmes de la 27 pour la rendre encore plus performante est désolant ! Emploi, situation de certains salariés, organisation éditoriale… il y a encore beaucoup à faire pour que l’info s’éclaire vraiment et tout le temps.

Nos défis sont nombreux en cette année présidentielle, et au-delà des quelques émissions vitrines réservées à quelques-uns, comme d’habitude. La démocratie n’est pas un projet d’entreprise mais un enjeu de société ! A France Télévisions, afin de préserver le niveau d’exigence d’une information de service public digne de ce nom, soyons exemplaires, c’est notre seule mission !

Paris, le 15 septembre 2021

Un transfert au prix fort… pour les salariés !

Préalable du SNJ au CSE extraordinaire Siège du 3 septembre

Le monde du football vient de clore son « mercato ». Cette période de transhumance financière qui voit des joueurs changer de club, parfois à contrecœur, quand ils sont un enjeu économique loin des destinées sportives.
Certains de nos professionnels sont en train de vivre le même sort. Puisque la direction de France Télévisions veut les transférer sans leur aval à France TV Studio, ce sont les salariés qui vont le payer au prix fort.

Un simple transfert d’actifs, avec en prime plus de 80 salariés, et tout cela pour ne plus assurer la gestion directe d’émissions historiques : « Thalassa  », « Télématin », « Passage des Arts », «  Des Racines et des Ailes », « Des Chiffres et des Lettres » et « Faut pas Rêver » …

Ces programmes emblématiques du service public seront donc produits par la filiale France TV Studio, mais avec quelles garanties ? Le document qui décrit l’opération et que les élus ont pu consulter après la victoire en justice des instances, reste bien flou sur les conditions de ces transferts.

La pérennité des emplois n’est pas assurée, le recours prioritaire à la Fabrique pour la production des émissions n’est pas suffisamment étayé… On constate également une faille dans la démonstration. Il sera permis de faire appel à du personnel France Télévisions pour animer telle ou telle émission !

Alors pourquoi transférer des salariés qui pourraient tout à fait garder les contrats les liant à la maison mère ? Est-ce que les nouvelles têtes de pont de « Télématin » vont toutes être affiliées à France TV Studio même si elles travaillent pour d’autres émissions du groupe ?

Trop de questions sans réponse.
C’est la raison pour laquelle nous réitérons notre revendication première : les salariés concernés doivent conserver leurs contrats France Télévisions pour être totalement protégés, notamment d’un éventuel arrêt des émissions auxquelles ils collaborent.

La présidente fait un choix politique dangereux en transférant ces salariés. Notre vision du service public, telle que nous l’avions présentée devant le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, est fondée sur la nécessaire exemplarité dans la défense des salariés et des contenus.

Ce projet met clairement en péril l’égalité de traitement entre salariés ; comme un service public à deux vitesses, avec une seule variable d’ajustement : nous !

Paris, le 3 septembre 2021

Préalable CSE Siège – Pas de vacances pour nos revendications !

Nous entrons dans un moment charnière.

La fin de mandature des élus de ce Comité Social et Economique approche, mais nous entrons aussi, et surtout, dans une année d’élection présidentielle.

Et le moins que nous puissions dire, c’est que notre direction laisse tout le monde partir dans tous les sens. Une nouvelle émission politique sur France 2, une nouvelle émission politique sur France 5, chacun son hochet… comme d’habitude !

Mais alors que le directeur de l’information avance ses pions avec son projet « Démocratie », où allons-nous trouver l’ersatz d’un début de débat en interne pour évoquer l’échéance d’avril 2022 ? Allons-nous laisser privatiser ce débat démocratique par quelques présentateurs, quelques politologues, quelques pseudos débats (avec de « vrais gens » comme ils disent), pour arriver au bout du bout à gloser des heures et des heures sur le duel qu’on nous prédit partout et n’importe où ?

Le SNJ en appelle à la responsabilité de ceux qui nous dirigent pour organiser, en interne, une réflexion entre tous les acteurs de l’information impliqués par la présidentielle à venir. Et surtout qu’on ne nous oppose pas comme travail en cours, les fameux ateliers « Présilab » qui, entre autres, font appel à des influenceurs pour tenter de réfléchir à un meilleur traitement de la politique. Une caricature ! La politique dans toutes ses dimensions est une chose sérieuse.

Plus matériel que spirituel, évoquons maintenant la fameuse plateforme « HCorpo » qui, à la base, devait nous faciliter la tâche pour nos réservations d’hôtels et pour nos missions.

C’est pour l’instant, comme nous l’avons déjà dit en réunion de représentants de proximité, tout simplement ni fait ni à faire. Complexité générale du système, complexité pour réserver en même temps avec les autres membres de l’équipe quand la mission n’est pas complètement organisée, choix d’hôtels inadaptés par rapport aux lieux de certaines missions, opacité enfin sur le coût de cette plateforme pour France Télévisions. Nous avons plus l’impression d’enrichir un groupe hôtelier qu’autre chose. Pour nous c’est donc non !

Après nous avoir imposé la carte « Corporate », après nous avoir compliqué la vie avec « Concur », voilà la cerise sur le gâteau avec « HCorpo » ! Si la direction veut continuer à rendre l’organisation des missions toujours plus lourde et contraignante, si elle souhaite décourager les reporters, qu’elle continue ainsi.

Nous avons posé des questions à la direction concernée qui répondra par écrit pendant ce CSE, mais d’ores et déjà nous avons sollicité le secrétaire de l’instance pour qu’il négocie avec le président l’inscription d’un point sur « H Corpo » pour la réunion de septembre.

Quelques lignes de satisfaction maintenant. Sous le haut patronage des élus, le CSE Central et le CSE du Siège ont enregistré une première victoire dans le dossier du projet de transfert d’une centaine de salariés de France Télévisions vers France TV Studio. Un premier point marqué quant à la date de consultation des élus, repoussée de plusieurs mois, contrairement aux désirs de la direction.

Mais sur le fond le SNJ rappelle qu’il est opposé à ce transfert, toujours pas justifié selon nous. La gestion des émissions peut se faire avec France TV Studio, mais les salariés doivent rester liés par contrat à France Télévisions, et à 100% (lire ici le texte SNJ « Non au transfert forcé de nos collègues ! » : 2021 Préalable SNJ au CSE Central du 31 mars (snj-francetv.fr)

Un dernier mot en guise de rappel. Le mercato continue à la rédaction nationale. Certains continueront de cumuler, d’autres auront droit à des émissions ou des moyens supplémentaires. Et nous au quotidien, nous sommes pressés. Pressés de voir les services de la rédaction reprendre le pouvoir sur les éditions, pressés de voir certains encadrants sanctionnés pour leurs mauvais comportements managériaux, pressés d’assister à la remise en cause d’une fusion qui ne cesse de faire des dégâts humains, pressés enfin que nos diagnostics soient pleinement entendus, comme au service JRI par exemple.

Un certain nombre de dossiers individuels sont pris en compte par le nouveau directeur de la rédaction, c’est un fait. Mais notre patience a des limites … en septembre, il sera temps de demander des comptes à la nouvelle direction de l’information.

Nous ne nous laisserons pas endormir par les beaux discours ou par la « calinôthérapie ». Car nous l’avons bien compris, les projets de la direction pour nos rédactions se fondent sur le « reporter multitâche », qui devrait travailler non-stop pour toutes les rédactions du groupe, tout en montant lui-même ses sujets !

Cette vision low-cost de la télévision, avec une rédaction unique et des méthodes venues des chaînes d’info privées, nous ne la partageons pas. Elle menace les conditions de travail des journalistes et des techniciens, et elle réduit la diversité éditoriale de nos éditions d’information.

Paris, le 15 juillet 2021

La justice annule le licenciement du grand reporter Joseph Tual

Ce vendredi 18 juin 2021,le conseil des prud’hommes de Paris a donc annulé le licenciement de notre confrère Joseph Tual.

Ce grand reporter, figure de la rédaction nationale de France 3, avait été mis à la porte en 2018, après plus de trente ans passés dans les rédactions du service public, et alors même qu’il luttait contre une grave maladie.
Ce licenciement était totalement disproportionné au regard des faits allégués. La direction reprochait notamment à Joseph Tual d’avoir relayé et commenté sur les réseaux sociaux des textes d’organisations (syndicats, SDJ…) critiques à l’égard des patrons de l’Information de France Télévisions.
Les syndicats SNJ et SNJ-CGT étaient justement intervenants volontaires dans cette procédure, en soutien de notre confrère. Le conseil des prud’hommes a jugé notre intervention syndicale recevable, au titre du « préjudice causé à la profession de journaliste ».

La direction a quelques semaines pour faire appel de cette décision de justice, dont les motivations précises doivent être communiquées d’ici quelques jours. Nous y reviendrons très prochainement dans un nouveau texte.
Quoi qu’il en soit, nous sommes ravis pour Joseph Tual, dont la ténacité dans ce combat est une nouvelle fois exemplaire.
Le SNJ se félicite de cette décision du conseil des prud’hommes de Paris, qui a su entendre les arguments brillamment développés lors de l’audience par maître Joyce Ktorza. L’avocate, qui plaidait à la fois pour Joseph Tual et pour les syndicats de journalistes, a rappelé les faits (un grand reporter qui conteste des choix éditoriaux et le traitement de ses enquêtes) et le contexte (la fusion des rédactions nationales, la mise à l’écart de plusieurs professionnels reconnus, un management brutal infligé à de nombreux « anciens  »).

Méthode indigne contre un représentant du SNJ

Le SNJ déplore en revanche certains passages choquants de la plaidoirie de l’avocat mandaté par la direction, notamment ceux où l’honnêteté de plusieurs salariés de France Télévisions a été mise en cause.
L’un de nos délégués syndicaux, qui avait produit une attestation en faveur de Joseph Tual, a été particulièrement visé. Selon l’avocat de la direction, ce confrère ne serait là que pour « instrumentaliser » la procédure afin de servir ses propres intérêts ! Devant la justice prud’homale, il est expliqué que cet élu du personnel ne peut pas être de bonne foi, puisqu’il a été « candidat à la présidence de France Télévisions »  !

Au-delà de l’aspect grotesque de cette allégation, il est honteux de voir une direction, par l’intermédiaire d’un avocat, agir ainsi contre l’un des nôtres, délégué SNJ régulièrement élu par les salariés !
Avoir porté devant le CSA un projet différent de celui de la présidente était parfaitement légitime, et ne discrédite en rien l’action sincère d’un représentant du personnel !
Nous exigeons que la direction cesse d’employer des méthodes indignes qui ne servent aucune cause valable et ne font qu’abîmer les relations sociales au sein de notre entreprise.

Paris, le 21 juin 2021