Parts variables : malaise et défiance en primes à l’info

Il aura fallu quelques lignes dans le journal « Le Monde », pour qu’un nouveau morceau du voile opaque qui couvre la part variable des rédacteurs en chef de France Télévisions soit levé. Oui, les primes d’objectifs concernent bien l’éditorial. Nous l’avions souvent évoqué en interne, mais jamais aucun dirigeant n’avait voulu le confirmer. Aujourd’hui la chose est donc officielle. Des rédacteurs en chef ont droit à un important bonus annuel… parce qu’ils font tout simplement leur travail.

Quel constat d’échec ! Pour intéresser les cadres de l’info à l’actualité de l’Europe ou des territoires d’outre-mer, la seule solution serait donc de faire pleuvoir des milliers d’euros… Tout en générant un malaise dans les conférences de rédaction : pour les reporters, comment savoir si telle ou telle commande d’une édition est liée à un réflexe professionnel ou à la recherche d’une prime ?

Depuis son introduction à France 3 dans les années 2000, cette part variable nous a toujours heurtés, et le SNJ a régulièrement réclamé que cette prime disparaisse.

Au contraire, elle a été étendue par la suite à l’ensemble des rédactions. Au départ quasi-invariable, elle représentait un joli complément de rémunération pour les cadres d’un certain niveau. Mais jusqu’ici nous ne pensions pas que la hiérarchie de l’info pouvait être influencée par des « bonus »…

Qu’on ne s’y trompe pas : nous constatons nous aussi que nos journaux ne reflètent pas toujours la réalité de notre société. C’est pourtant une mission de service public et France Télévisions a effectivement des progrès à faire dans ce domaine. Mais cet objectif éditorial, s’il est partagé par tous, ne devrait ainsi bénéficier financièrement qu’à quelques-uns… creusant encore l’écart (salarial, mais pas seulement) entre les hiérarchies et les rédactions. 

Nous rappelons donc que nous sommes pour la suppression totale de cette part variable réservée aux cadres, et nous demandons au passage au directeur de l’information de faire toute la lumière sur ce qui pourrait transformer nos éditions en objectifs pour argent de poche.

Paris, le 29 janvier 2021