Depuis 10 jours, la canicule est partout dans nos JT. Le 13H et le 20H alignent des records de température, décrivent les souffrances des usagers, des seniors aux écoliers, en passant par les couvreurs sur les toits. Mais qu’en est-il des solutions ? Qu’en est-il des explications du phénomène ? Du rappel de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique ? Rien, ou presque, sur nos antennes.

En 2022, l’audiovisuel public se dotait pourtant d’une belle mission : accompagner les Français vers une meilleure compréhension de la crise climatique. Aujourd’hui, qu’est devenue cette ambition ? Quand on sait que près d’un tiers des Français reste climatosceptique, comment ne pas avoir honte de notre traitement journalistique ?

Pire encore, alors que nous ne traitons pas des enjeux vitaux pour l’humanité, nous amusons les Français avec ces chanceux qui profitent d’une jolie croisière MSC. Un sujet de 5mn32 dans le 20H du 16 juin 2026, rythmé par des : “il est incroyable le bateau”, “on va s’éclater”, “c’est royal”. Toujours plus d’emphase pour cette “immersion” souhaitée par l’édition. Une “immersion” aux allures de publireportage, bien pratique pour s’exonérer des questions de fond sur ces “immeubles flottants”. 22 étages, 6000 passagers, 7 piscines… un modèle de tourisme de masse au coût climatique important, qui ne sera jamais évoqué ! Il aurait pourtant été judicieux de préciser qu’une semaine de croisière, c’est l’équivalent de ce qu’un Français devrait consommer en un an pour son budget carbone, pour contenir le réchauffement de notre planète. Les énergies fossiles de ces paquebots “XXL” contribuent au changement climatique, qui se traduit par des températures de 35 à 40 degrés cette semaine en France.

Mais faire le lien, c’est sans doute quitter “l’immersion”. Alors au diable le journalisme ! Nos téléspectateurs, eux aussi, ont été choqués par ce choix éditorial. Ils soulignent un manque de cohérence dans nos JT, demandent “quel est le sens de ce reportage promotionnel”, estiment que ce reportage est “dégradant pour le public” (cf. la lettre 98 du médiateur).

Face à ce qui frôle la désinformation, le SNJ s’interroge : quel est le but de la direction ? Des équipes d’encadrement des JT ? Nous n’osons croire qu’ils sont si ignorants du changement climatique. Alors s’agit-il d’éviter de “faire peur” aux téléspectateurs en décrivant le réel et en le décryptant ? Curieux alors que la guerre en Ukraine ou au Proche-Orient ne soient pas frappées du même tabou.

À quelques mois de l’élection présidentielle, poserons-nous des questions aux candidats sur le changement climatique qui menace la survie de l’humanité ? Le service public a dramatiquement déserté ce terrain lors des précédents rendez-vous politiques sur nos antennes.

Il y a urgence ! Le SNJ attend un changement de cap. Cette stratégie de l’autruche n’est pas digne de l’audiovisuel public, ni des salariés qui l’ont choisi pour informer les Français. Juste informer, sur des bases scientifiques, bien loin de la course à l’audience, qui semble hélas devenir la seule boussole de nos éditions.

Paris, le 23 juin 2026