Ils sont partis pour gagner.

Frédéric, Sophie, César, Rosalie, Malik et tous les autres sont devant nous chaque matin. À France 3 Lorraine comme ailleurs, ils viennent remplacer nos rédacteurs en chef adjoints ; ils pallient les absences, les défaillances.

Ils sont volontaires pour encadrer les équipes, construire les journaux. Ils sont là quelques jours ou semaines et s’évaporent dans les méandres du réseau régional. Parfois, on n’a même pas le temps de connaître leurs prénoms.

Ils font tous partie du “vivier”. Le vivier est une liste de 53 personnes qui tournent dans la France entière. Ils ont été jugés aptes à l’encadrement par la direction. Bons pour le service.

Certaines semaines, on en retrouve trois sur nos plannings. Pourtant, chez nous, il y a deux postes d’encadrants à prendre. Deux postes en CDI vacants qui sont ouverts mais pas un seul candidat. Le froid peut être…

Dans cette liste d’encadrants, il y a de multiples profils : des journalistes aguerris, des débutants dans la fonction, des collègues journalistes d’autres chaînes de télévision (CNEWS, BFM, CNN), des journalistes de la radio ou issus des télévisions locales… Si bien que le matin, en conférence de rédaction, on assiste à des moments magiques, à des moments loufoques ou désolants, ou les trois à la fois.

Brève de conf :

Bitche est une ville de Moselle par exemple, cela ne s’écrit pas comme le « Beach Volley » et pour relier cette charmante bourgade de Moselle depuis Nancy, on met en général plus de deux heures quinze, alors ramener un sujet pour midi en partant à 10h semble contraire aux principes élémentaires de la sécurité routière.

On se transforme donc en géographe pour aider Sophie, en historien pour Frédéric et en documentaliste pour César, qui patauge pas mal ce matin. Et le journal ? Le journal slalome entre les désirs de chacun, balloté par des lignes éditoriales contraires. La plupart du temps, c’est un amoncèlement de “Chacun pour soi, sauve qui peut”. Le Collectif est parti voir ailleurs.

Et puis, il y a l’absence de connaissances pour certains de nos processus de fabrication. Openmedia n’est pas si Open que ça… c’est un logiciel maison qui nécessite un peu d’agilité et de compétences techniques. On se chargera donc de former ces apprentis encadrants.

En régie, un simple changement d’ordre dans le conducteur, une petite info de dernière minute et la machine cafouille, la panique gagne le responsable du jour. “Il a l’air épuisé le petit nouveau !”

Que faire alors pour se préserver de l’accident industriel ?

Cette fonction est en tension depuis des années. La RH le reconnaît bien volontiers mais rien n’a été entrepris par la direction.

Fini le temps des tubes cathodiques, où l’on se rêvait chef, responsable d’édition. Aujourd’hui, on se préserve. Les adjoints retournent dans la troupe. Le poids prix-ennuis ne favorise pas l’effort. Ça ne vaut pas le coup !

Des journées de 12h sans bâtons ni carottes, des objectifs changeants, des RH frileux et vous voilà comme une boule de flipper qui roule entre le surmenage et la perte de sens. Même les rédactions ensoleillées manquent de bras, si bien que certains font appel à des journalistes de la rédaction pour combler une absence, une maladie.

Alors Frédéric, Sophie, César, Rosalie Malik sont là devant vous avec leur courage, leur bonne volonté. Ils sont juste le symptôme d’un dysfonctionnement bien plus grand qu’eux… des capitaines abandonnés. Et les équipes ? Des naufragés.

Nancy, le 30 mars 2026