Des consultants sans consultés

Pour relancer sa réforme de l’information du Pôle Outremer, France Télévisions a choisi de recourir à un cabinet de consultants, Julhiet et Sterwen.

Premier déplacement de ces experts : La Réunion.
Durée du déplacement : 3 jours.

Modalité et durée des échanges : express.

Les cadres en place vont sans doute pouvoir exprimer leur ressenti sur l’organisation qui a découlé du choix –arbitraire – de mettre en place des rédacteurs-en-chef uniques dans les stations d’outremer et les services RH et Finances donneront aussi leur point de vue. Normal.

Mais grâce à quelle immense connaissance de nos métiers, de nos contraintes particulières (3 médias sous une seule bannière, un site excentré à Saint-Pierre) les experts peuvent-ils espérer faire le tour de la question en 3 jours ?
Pourquoi n’est-il prévu pour les journalistes (ceux dont le travail sera forcément modifié par le futur changement d’organisation) qu’un seul passage en conférence de rédaction et deux créneaux d’une heure ? L’un pour la rédaction radio. L’autre pour la rédaction télé. Quant à Internet…

Et les créneaux en question ? Le moment où la grande majorité des reporters sont sur le terrain et où les présentateurs sont indisponibles.
Et tout ça, sur inscription préalable.

Le SNJ est plus que dubitatif : quel diagnostic pourra bien sortir d’un examen aussi peu immersif, et aussi peu imprégné de la complexité de nos réalités ?

S’il s’agit de valider des présupposés, autant économiser l’argent public.

La Réunion, le 30 septembre 2022

France Télévisions : le Bateau ivre…

LIMINAIRE SNJ AU CSE RESEAU DU 20 SEPTEMBRE 2022

En arrivant ici, en traversant la Seine nous est revenu à l’esprit ce poème de Rimbaud.

Le Bateau ivre, ce poème épique écrit à l’âge de 16 ans par l’enfant de Charleville Mézières, où se mêlent à la fois, dans un style étourdissant, révolte, dérive et expérimentation.

Une trilogie qui colle parfaitement à l’air du temps de notre navire amiral (j’allais dire du tempo).

Un temps tumultueux où l’on navigue à vue, où les passagers inquiets se demandent quelle est la direction à prendre.

Les alexandrins rimbaldiens décrivent un navire sans maître, chahuté par les flots, à l’image de notre réseau balloté depuis des années entre des récifs et dont l’équipage s’interroge sur les chemins de navigation empruntés par les différents capitaines, plus soucieux de leurs galons que de la destinée de leurs marins si souvent comparés à des soutiers.

Suppression de la redevance, disparition programmée des éditions nationales à l’horizon 2023, moyens et effectifs constants pour le réseau, régionalisation en trompe l’œil… les tempêtes se succèdent, le bateau vacille mais l’orchestre continue à jouer sous la baguette du capitaine Martinetti pour les passagers du réseau sur un mauvais tempo… avec son cortège de fausses notes !

Aujourd’hui la tête de réseau, c’est un peu la cacophonie. Vous savez, cette répétition désagréable de sons de cloches différents destinée à perdre l’auditoire.

Quand Sophie Guillin, directrice du projet tempo, vient en CASAR nous expliquer sa partition, on entend plusieurs musiques à la fois et à l’arrivée on ne comprend toujours pas l’air qu’elle veut nous jouer entre le plan A « c’est le national qui fabriquera », un plan B « le réseau puisera dans un catalogue à sa guise » et le plan C « bof, on verra bien, des ateliers bla bla sont là pour ça ! ».
Au SNJ, nous maintenons le cap. Celui d’une opposition ferme et définitive à ce projet destructeur, tant pour la rédaction nationale que pour les antennes régionales, et ce par tous les moyens.

Nous ne vous laisserons pas faire et nous allons continuer à le faire savoir haut et fort.

En ce qui concerne la santé des salariés, nous vous demandons avec insistance une écoute, un dialogue constant avec les élus en proximité et la mise en place de plans d’actions et de prévention quand c’est nécessaire, et force est de constater que c’est évidemment nécessaire à tous les étages !

On voit la légèreté avec laquelle vous prônez l’utilisation des aviwest avec des câbles défectueux ou trop courts et des fiches préventives moins disantes, ce qui conduit – comme ce fut le cas récemment – à une déclaration d’accident du travail dans le réseau.

Là aussi, monsieur le directeur, vous trouverez le SNJ sur votre chemin pour rappeler le principe du volontariat sur ces outils à rayonnement électromagnétique, comme c’est déjà le cas à la rédaction nationale. Il n’y aura pas pour nous de deux poids deux mesures …

Et puis sur l’absentéisme, vous avez beau vous réfugier derrière le vieillissement des salariés, des études sérieuses menées à l’échelle nationale par notre mutuelle complémentaire WTW démontre que la mauvaise organisation du travail et l’absence de plans d’actions et de prévention génèrent de la souffrance au travail, et donc des arrêts maladie en cascade, dans le public comme dans le privé.

Alors oui aujourd’hui, nous vous demandons de dégager l’horizon, ici et maintenant. De ramener le navire sur le bon cap, celui du dialogue social et de la construction et de renoncer à ce mauvais projet tempo qui n’est – et nous le répétons avec insistance – qu’un cadeau empoisonné pour l’ensemble des salariés de France 3.

Paris, le 20 septembre 2022

Préavis de grève du 12 septembre : un contournement de la loi inacceptable !

TRACT INTERSYNDICAL FTV CGT / SNJ / CFDT / SRCTA-UNSA / SNCPA-CGC

Le lundi 12 septembre 2022, la direction décide de faire passer la diffusion de Télématin et ses éditions de la matinée via l’antenne de Romainville. Un dispositif prévu pour assurer la continuité d’activité. Autrement dit : assurer la diffusion en cas de force majeure (pandémie, guerre, etc.).

Quel cas de force majeure a bien pu survenir ce jour-là ?

Aucun bien sûr si ce n’est le mouvement de grève contre le projet Tempo très suivi au centre de diffusion et d’échanges du siège.

Cela crée un précédent inacceptable pour l’intersyndicale qui avait appelé à la grève : le contournement de cette dernière par un dispositif qui n’est pas prévu à cet effet, et géré par une entreprise extérieure qui plus est.

De plus la direction et les rédacteurs en chef des  éditions nationales de France 3 ont réalisé leurs journaux dans des conditions normales, alors que la scripte de service était gréviste. C’est inacceptable et cela a été fait malgré les protestations vives de l’intersyndicale.

Dans l’intérêt des salariés et pour ne pas que cela se reproduise nous allons donc nous tourner vers nos conseils pour donner la réponse qui nous semblera la plus adaptée.

Quant au projet Tempo, le combat ne fait que commencer !

Paris, le 14 septembre 2022

Une seule issue, faire échouer Tempo

PREALABLE SNJ AU CSE SIEGE DU 14 SEPTEMBRE 2022

Il est 19H30, lundi 12 septembre, le 19/20 national commence par cette annonce : “Bonsoir à tous, soyez les bienvenus dans ce 19/20. Un journal raccourci en raison d’un mouvement de grève contre la suppression annoncée des éditions nationales de France 3 au profit des 24 antennes régionales de la chaine”.

Ces quelques mots en ouverture de journal, ne compensent pas les contournements du droit de grève qui ont émaillé la journée. Dès potron–minet, pour assurer la diffusion de Télématin, la direction décide de passer par les moyens de secours situés à Romainville. Un dispositif prévu pour assurer la continuité d’activité. Un mode dégradé normalement utilisé en cas de force majeure (souci technique, conflit armé, pandémie…). En l’occurrence, la panne en question, ou plutôt la tuile pour la direction, c’était le personnel en grève. Voilà comment on considère un conflit social à France Télévisions ! Un autre contournement scandaleux au tableau du déshonneur, cette fois dans le 12/13 !

Une édition également concernée par le projet Tempo que les nombreux grévistes défendaient au travers du préavis. Pas suffisant pour l’équipe de l’édition qui a fait son journal comme si de rien n’était malgré l’absence de scripte, gréviste ! Le directeur de l’information que nous avons rencontré pour empêcher cela, ose répondre que c’est formellement possible. Rebelote au 19/20 puisque la scripte, la même, était toujours en grève.

La direction ne respecte pas les règles ? L’intersyndicale a donc décidé de riposter en occupant le plateau du 19/20… Un moyen de pression, quitte à empêcher le bon déroulement de l’édition. La négociation a eu lieu à 10 minutes de l’antenne, pour obtenir deux messages de la présentatrice signalant la grève et un déroulant diffusé par 3 fois pendant le journal, dans le but d’informer les téléspectateurs. Et quand même, ce journal a été réduit de 7 minutes, la belle affaire… Ce n’était pas suffisant, mais nous nous sommes fait respecter ! Même si les journaux de France 2 n’ont pas réellement joué le jeu, le message de la grève est passé. Surtout, la mobilisation a été importante chez les journalistes et les équipes techniques. Mais ce sentiment de vouloir cacher un conflit est l’éternelle rengaine dans notre entreprise !

Ce premier coup de semonce est une satisfaction pour vos représentants SNJ. Mais il faudra faire mieux, et surtout PLUS la prochaine fois ! Refuser de participer à cette ridicule co-construction qui ne serait qu’une co-destruction. Rejeter toute sorte d’atelier bidon dont le seul objectif consiste à faire accepter ce projet funeste, en montant des salariés contre leurs élus et leurs instances. Il faut d’ores et déjà se préparer à une guérilla sociale pour empêcher Tempo de nous imposer son rythme. En phase avec les antennes régionales, ensemble nous pouvons faire reculer la direction. Ce sera la prochaine étape de notre mouvement. Il n’y a pas d’autre issue possible.

Paris, le 14 septembre 2022

Duplex avec TVU ou AVIWEST : le pouvoir de dire non !

Des JRI en ont plein le dos des AWIWEST ou TVU ! Leurs missions s’alourdissent dangereusement, alors que leur pouvoir d’achat se réduit comme peau de chagrin. La direction s’appuie sur les bonnes volontés, mais trop c’est trop ! Comment se concentrer sur un reportage lorsqu’on demande à l’équipe de tournage de réaliser, en plus, des duplex avec les moyens légers de transmissions, TVU ou AVIWEST ? Une majorité de JRI de France TV de la rédaction nationale refuse ce type de direct qui se fait au détriment de la qualité journalistique des sujets. Faut-il encore le rappeler ? Les JRI ne sont pas des OPV (opérateurs de prise de vue). Leur métier, c’est le reportage !

Ces duplex permettent à la direction de faire de grosses économies car les moyens de diffusion traditionnels coûtent cher. Pour nombre de journalistes reporters d’images, ça suffit ! Toujours plus de tâches à accomplir, et dans le même temps, la direction propose cette année une augmentation générale de seulement 1,2% ! Alors que l’inflation dépasse les 6% pour 2022 !

Soyons clairs, il y a de quoi décourager les bonnes volontés.
Ajoutons que trop souvent, le rappel des consignes de sécurité n’est pas effectué : en cas de problèmes de santé, la responsabilité de l’employeur peut être engagée (voir notre précédent tract sur le sujet).

Le SNJ rappelle que ces duplex ne doivent s’effectuer que sur la base du volontariat, et qu’un refus ne peut donner lieu à sanction. La transmission ne fait pas partie du travail des équipes à la base et des missions des JRI en particulier, qu’ils travaillent à Paris, en Outre-mer, dans les bureaux à l’étranger ou en régions. En cas de litige avec le chef de service, rappeler l’accord collectif de 2013 qui précise la définition des fonctions des rédacteurs et journalistes reporters d’images. (Voir ici l’accord collectif d’entreprise, page 280.)

Un refus ne relève pas seulement de la responsabilité des JRI. Les rédacteurs ou rédactrices peuvent aussi s’opposer à l’utilisation de ces moyens de direct low cost. La solidarité au sein des équipes de reportage doit évidemment prévaloir.Alors ne l’oublions pas : il n’est jamais trop tard pour dire non !

Paris, le 13 septembre 2022

Notre tempo n’est pas le vôtre !

RÉGIONALISATION DE FRANCE 3

Le projet de suppression des éditions nationales « Tempo » est à rebours de l’histoire de France 3. Il veut rayer d’un trait de plume une information nationale de qualité, qui a fait ses preuves en termes d’indépendance éditoriale et d’audience.

La direction distribue de la ciguë à la rédaction nationale, en faisant un cadeau empoisonné au réseau régional, car la présidente de FTV l’a annoncé : il n’y aura pas de hausse des effectifs dans les régions. Les moyens resteront constants, et donc insuffisants, pour toutes les éditions, TV et numérique.

Alors à quoi ressemblera ce projet funeste ?

La direction du réseau a présenté aux élus du CSE son plan d’évolution des JT régionaux.

Un document édifiant, où l’on nous demande de faire par visio, UTS ou aviwest  « plus de directs chez les gens » ou de les interroger « sur ce qu’ils feraient s’ils étaient députés ».

Voilà un pseudo-journalisme qui prône sans complexe un anti-parlementarisme de comptoir, où le journal d’information devient «  les téléspectateurs ont la parole ».

Pas une seule fois n’est évoqué le terme « d’enquête », qui semble banni à jamais du langage de la direction. Quant au mot « reportage », il disparaît pratiquement de la réflexion au profit de vagues chroniques, dites interactives.

Pour couronner le tout, on apprend que les ateliers de réflexion (comme pour le 18h30 naguère) seront composés uniquement de cadres et de présentateurs. Les reporters de terrain n’ont plus la parole ni droit de cité.

Quelle indigence ! La télévision régionale se fera-t-elle encore demain avec des reportages ?

On peut en douter et on serait tenté de dire également : tout ça pour ça !

Nous, journalistes, défendons une information de qualité, car c’est notre mission première.

N’en déplaise à nos têtes pensantes de la direction, la pluralité, l’investigation et le reportage font partie des fondements de notre profession. Ces pratiques professionnelles sont toujours plébiscitées par les téléspectateurs et les internautes.

Nous ne laisserons pas les coudées franches à une direction qui a planifié sciemment la destruction de l’information à France 3. Il en va aussi de l’avenir de l’audiovisuel public dans notre pays, à l’heure des incertitudes sur son  financement à l’horizon 2024, et des menaces de fusion qui pèsent.

Le préavis de grève du 12 septembre, sur le périmètre du Siège de France télévisions, est un coup de semonce, une première étape de la mobilisation. Le SNJ s’opposera par tous les moyens  à ce projet destructeur et mortifère, tant pour la rédaction nationale que pour les antennes régionales.

Paris, le 7 septembre 2022