CSE Siège 9 et 10 février 2021 – DÉNIS EN SÉRIES

Confiance, respect, dialogue social, double langage ! Facile de trouver l’intrus : c’est celui qui qualifie le mieux le comportement de la direction.  

Dans cette instance, à plusieurs reprises, nous avons demandé des comptes sur les expérimentations concernant le métier de journaliste/monteur. Car une expérimentation est prévue dans un document officiel du plan de formation, puis démentie par la direction : « c’est une erreur, ne vous inquiétez pas, rien ne se fera sans consultation préalable des organisations syndicales. »

Le mois dernier, profitant de la présence au CSE du siège du rédacteur-en-chef de France Télévisions Régions (FTR) – rédaction basée à Vaise – nous lui posons la même question puisque l’expérimentation semblait annoncée entre autres sur son site. « C’était en effet programmé, dit-il, mais ce n’est plus d’actualité ». « Vos arguments nous ont convaincus », confirme alors le président de l’instance. 

Une semaine plus tard, les organisations syndicales  reçoivent une convocation pour assister à une discussion dans le cadre de l’ « Espace métiers », antichambre des négociations ! Et là, quelle mauvaise surprise ! À l’ordre du jour : FTR, les bureaux excentrés de France 3 et les 1ères seront concernés par des expérimentations de journaliste/monteur. Voilà comment la direction envisage le dialogue, tout simplement en nous faisant croire qu’à l’instant où elle nous répond, elle dit la vérité. Mais tout peut évoluer… en quelques jours, voire en quelques heures…

C’est tout simplement scandaleux ! Pire encore, cela ne gêne pas certaines organisations syndicales, tant sur la forme que sur le fond, ce qui en dit long sur les envies de cogestion de quelques-uns. Le tout évidemment au détriment des salariés qu’ils sont censés défendre, en tout cas quand on lit leur littérature électorale. Parce qu’en séance : ils se taisent.  

On n’insulte pas l’avenir en disant oui à tout au présent. 

Autre double discours de la direction, celui de l’emploi. Le SNJ n’a pas signé la Rupture Conventionnelle Collective, rebaptisée par les signataires Plan de Recomposition des Effectifs ! La belle affaire !  

Nous avons appris la semaine dernière que des CDD longs à la rédaction nationale vont s’arrêter. Nos jeunes consœurs et confrères seraient victimes d’une étude organisée par la direction pour jauger les effectifs dans les services. Ce ne serait pas lié à une trajectoire budgétaire pré-établie, mais aux effectifs présents en début d’année, qui ne nécessiteraient pas de conserver certains CDD. Ce qui est faux.

Au-delà de notre inquiétude légitime, les annonces faites à quelques jours de la fin de ces contrats en dit aussi long sur la méthode. Une direction sans boussole, qui placardise d’un côté avec des castings exacerbés qu’elle ne reconnait d’ailleurs pas, et qui de l’autre se sépare de jeunes talents mis en avant sur toutes nos antennes nationales. La concurrence, TF1 en tête, sait en profiter au grand dam de France télévisions ! 

Alors, parle-t-on vraiment d’une recomposition ou d’une décomposition des effectifs ? Rien sur l’encadrement pléthorique, comme sur le nombre de directeurs adjoints ou d’encadrants dans les services et les éditions ! Ni sur le coût en part variable qu’ils génèrent ! Non bien sûr, ceux qui nous dirigent n’ont que faire de la précarité des uns et de la souffrance au travail des autres. 

Revenons aux castings exacerbés. Le 28 janvier dernier, lors d’une rencontre avec le directeur de l’information, le SNJ a une nouvelle fois dénoncé ce fléau qui place certains journalistes au premier plan, dans le beau rôle de ceux qui passent à l’antenne. Et les autres dans un second rôle, celui de petites mains. Vos représentants ont rappelé cette phrase tristement célèbre du directeur de la rédaction nationale, selon laquelle « il y a des Ferrari et des 2 CV ». 

Cette dérive qui persiste depuis de nombreuses années, provoque beaucoup de souffrances. Elle s’est aggravée à cause du Covid, arme de destruction massive avec la mutualisation des sujets entre les différents JT nationaux. Certains journalistes ex-France 3, non acceptés parl’encadrement de France 2, ayant été empêchés, notamment pendant le premier confinement, de réaliser certains sujets pour France 3 car ils devaient être rediffusés dans le 20 heures !!  

Le directeur de l’information a soutenu que nous étions sortis « d’une période plus compliquée » du point du vue des castings au 20 heures. Et d’ajouter : « Les mots que vous employez sont graves, tout ce qui est de l’ordre de la discrimination est à bannir, toute situation mise au jour ne sera pas acceptée ». Le SNJ a insisté, en parlant de système qui broie certains salariés, en particulier au 20 heures. Démenti ou tentative de minimiser de la part d’un directeur adjoint pour qui « ce n’est pas systémique ». Et d’ajouter : « on n’est saisi que rarement » sur cette question. Pourtant, lorsque ce ne sont pas les rédacteurs-en-chef des éditions qui font le casting, les chefs-de-services s’en chargent à leur place.  

D’ailleurs, le détachement d’équipes itinérantes en régions, n’est-il pas, parfois, un moyen de sélectionner des journalistes au « profil 20-heures », sans doute au détriment de certains correspondants en régions ?  

La direction précise qu’elle posera la question du « qui fait quoi dans les services ? ». Une sorte d’audit, mais pas pour évaluer la productivité de chacun, selon le directeur de l’information.  

Mais alors pour quoi faire ? Pour se poser des « questions individuelles », « si des cas sont mis au jour, on les traitera», ajoute-t-il sans plus de précision. Va-t-on tenir compte du fait que celles et ceux qui ne sont pas dans le casting font inévitablement moins de sujets ? Le piège se refermera-t-il ainsi sur les journalistes que l’on veut écarter ? Le risque est patent. La ficelle est un peu trop grosse, et nous ne laisserons pas faire…  

Nous n’en sommes plus à dénoncer ces faits, nous voulons que la direction sorte du déni et mette fin à ces situations. Nous sommes prêts aujourd’hui à porter devant la justice, un certain nombre de témoignages édifiants. La direction est prévenue. 

Paris, le 9 février 2021

Direction des Sports — Après l’enquête et le constat, nous exigeons des actes !

Début avril, suite à un article du journal « L’Équipe », la direction de France Télévisions a commandé à un cabinet indépendant une enquête sur la direction des Sports.

Ce jeudi 25 juin, les conclusions de cette enquête ont été présentées oralement, en visioconférence, aux élus du Comité Social et Economique (CSE) du Siège, ainsi qu’aux salariés de la direction des Sports. Une restitution d’enquête qui tardait, mais finalement programmée (comme par enchantement) le jour de la publication d’un article de Mediapart.  

Lors de la restitution du cabinet Interstys, qui affirme avoir mené 115 entretiens au cours de l’enquête, aucun cas individuel n’a été abordé. En revanche, il est clairement décrit une « direction construite sur une culture extrêmement masculine, avec des grandes figures paternalistes, notamment chez les journalistes. Cet entre-soi masculin, associé à un « turn-over » très faible, a enraciné des habitudes, qui ont pu générer des comportements sexistes récurrents mais aussi des clichés sur les femmes et leur prétendue méconnaissance du sport. Une situation délicate qui a aussi perduré en raison de l’inaction de l’encadrement, qui n’intervient que trop rarement ».

L’enquête démontre explicitement que cette « culture hyper masculine, en particulier à la rédaction, a pu rendre difficile, voire impossible, l’intégration de nombreuses femmes ». Et même si de (légers) progrès ont été notés ces dernières années, même si les violences sexistes semblent le fait d’une minorité, d’autres clivages sont mis en évidence : rivalité entre des « jeunes » et des anciens, attitudes hautaines de certains journalistes à l’égard de collègues techniciens ou administratifs, ou encore tensions entre différents « clans » existant au sein de la rédaction.

Le même jour, « Mediapart » a donc publié une longue enquête journalistique titrée « A France Télévisions, le service des Sports est un bastion sexiste ». Sept femmes reporters qui ont travaillé dans la rédaction décrivent en détails la souffrance et les humiliations subies dans le cadre de leur travail. Les élus du SNJ tiennent à leur apporter, ainsi qu’à celles et ceux qui n’ont pas pu s’exprimer, notre plus sincère soutien.

Nous devons rappeler ici que la direction a été alertée à de nombreuses reprises au sujet des difficultés rencontrées par de nombreuses femmes aux Sports. Dès 2013 (!!), nos élus avaient publié un état des lieux : http://snj-francetv.fr/wp-content/uploads/tract-parite%CC%81-2-janvier-2013-OK.pdf 

L’attitude des dirigeants avait alors été consternante puisque cette alerte, et donc la situation de ces femmes, avait été reçue avec mépris. Aucune réponse, aucun plan d’action de la direction des Sports de l’époque ! Déni, défense de l’entre-soi, renforcement du sentiment d’impunité : tout cela pèse terriblement dans le bilan qui est exposé publiquement aujourd’hui.

Deux enquêtes effectuées par des personnes extérieures à France Télévisions confirment donc le constat dressé depuis des années par les représentants des salariés. La direction affirme aujourd’hui prendre « pleinement conscience du problème ». Le directeur des Sports, devant les élus du personnel, s’est même « engagé personnellement à rendre ce service exemplaire ». Nous en prenons acte. Les premières mesures annoncées répondent (enfin !) à une partie des demandes du SNJ : formations obligatoires à la prévention des agissements discriminatoires et sexistes, entretiens professionnels plus nombreux, et sanctions proportionnées quand des faits inadmissibles sont avérés et étayés.

Une réflexion sur l’organisation de la direction des Sports est prévue pour la rentrée. Là encore, le SNJ rappelle les préconisations faites depuis des années :

– permettre l’accès des femmes à tous les types de postes existant à la direction des Sports (il n’y a pas d’emplois réservés aux hommes, y compris dans l’encadrement !) ;

– les recrutements doivent favoriser la mixité, avec des embauches de femmes et d’hommes, permettant de rétablir les équilibres dans la rédaction et de refléter au mieux la diversité sociale de notre société.

Depuis plus de vingt ans, la direction de France Télévisions a commis trop d’erreurs dans ce dossier. Aujourd’hui, c’est une addition très lourde qui est payée par les équipes des Sports. Pour permettre à ces équipes de continuer à remplir leurs missions, dans un climat de travail respectueux de tous, la direction doit agir vite, et en toute transparence. C’est à elle, au moment où les regards réprobateurs sont tournés vers une partie de ses salariés, de prendre enfin ses responsabilités.

Paris, le 26 juin 2020

Violences sexistes : Lettre ouverte à la présidente de France Télévisions

Paris, le 8 avril 2020

Madame la Présidente, 

Nous avons lu samedi 4 avril, dans le journal « L’Equipe », le témoignage d’une ancienne journaliste de la direction des Sports. Dimanche 5 avril, dans le même quotidien, vous affirmez avoir découvert cette affaire la veille, et vous annoncez l’ouverture d’une vaste enquête interne. 

Même si nous pensons que la direction de l’entreprise n’ignorait pas ce dossier, nous prenons acte de votre implication personnelle et nous espérons sincèrement que cette enquête sera menée sérieusement et sans délai.  

Les révélations courageuses de notre ancienne consœur, en particulier sur les propos sexistes et misogynes subis lors de ses passages à la direction de l’Information et à la direction des Sports, font évidemment écho au formidable et terriblement essentiel mouvement #MeToo qui traverse toute la société, et notamment les entreprises de l’audiovisuel. Rappelons que d’autres femmes passées à la rédaction des Sports s’étaient publiquement exprimées lors du lancement de #MeToo, témoignant notamment avoir subi des insultes pendant des années : « pute, salope, pétasse, morue« . Le SNJ avait déjà relayé ces témoignages. 

Pourtant, côté direction, le déni a longtemps été de mise. Fin 2012, à la stupéfaction générale, le directeur des Sports de l’époque s’était présenté dans Le Figaro comme le grand défenseur de l’égalité professionnelle femmes/hommes. Le SNJ lui avait alors répondu longuement dans un texte où, chiffres à l’appui, nous analysions la réalité de la place des femmes dans la rédaction : Rédaction des Sports – Le cancre de la parité.

L’héritage de cette époque est lourd à porter. La situation des Sports a-t-elle progressé depuis ? Oui, il faut le reconnaître, mais pas aussi vite que d’autres directions de l’entreprise et surtout pas au rythme nécessaire pour rattraper un terrible retard. Nos consœurs en CDI ne sont toujours que 7 dans la rédaction (pour 50 hommes).  

Concernant les alertes sur les comportements sexistes, plusieurs dossiers ont été pris au sérieux par un encadrement plus à l’écoute qu’auparavant, mais sans toujours donner l’impression qu’il s’agit d’une priorité. Et les allusions sexuelles, les « blagues » misogynes et les sous-entendus sur la prétendue incompétence des femmes continuent à pourrir l’ambiance de travail. Oui, ces agissements sont le fait d’une petite minorité, mais ils ne sont pas toujours contredits ou combattus par les confrères présents. 

Si l’on y ajoute l’existence d’autres mécanismes de discrimination (notamment liés à la reconnaissance professionnelle), travailler aux Sports peut devenir un calvaire pour certaines femmes, qui préfèrent rejoindre d’autres rédactions. 

Madame la Présidente, nous ne serons pas de ceux qui vous appellent à régler la situation avec un jeu de chaises musicales dans l’organigramme. C’est d’un travail beaucoup plus sérieux, constant, engagé, et de changements beaucoup plus profonds dont nous avons urgemment besoin sur ces thématiques. A commencer par des formations généralisées sur la prévention des violences sexistes et sexuelles, comme nous vous l’avons demandé à plusieurs reprises, et encore récemment dans ce communiqué en octobre dernier : Agissements sexistes et violences sexuelles : Après la prise de conscience, les actes !

Certaines réactions à l’article de L’Equipe nous prouvent qu’il y a une méconnaissance criante de ce qu’est un agissement sexiste et des moyens de les prévenir. Contrairement à ce que nous avons pu parfois lire avec consternation, les rédactions du service public sont loin d’être les seules à avoir des progrès à faire. Mais cela ne nous exonère pas d’un devoir d’exemplarité. 

Madame la Présidente, vous avez engagé France Télévisions sur la voie de la « tolérance zéro » dans ce domaine. Nous partageons avec vous cet objectif, parce qu’il doit aider à la prévention des violences sexistes et donc protéger les victimes potentielles. Ces deux dernières années, notre entreprise a été confrontée à des affaires très lourdes et, au sein de plusieurs rédactions, des licenciements ont été prononcés. 

Nous constatons pourtant qu’aujourd’hui, des incidents, même ceux considérés comme « graves » par la direction, ne sont pas tous suivis de procédures disciplinaires sérieuses, envoyant un terrible message aux victimes. Le sentiment d’impunité est encore bien présent, surtout quand le rapport de forces (par exemple des femmes, jeunes, en contrat précaire, face à des hommes plus âgés et habitués de l’antenne) est totalement déséquilibré. 

L’encadrement, notamment dans les directions où il est quasi-exclusivement masculin (jusqu’à quand ?), doit être beaucoup plus sensibilisé à l’application de la « tolérance zéro » et doit pouvoir le rappeler régulièrement aux équipes quand la situation l’exige. Il doit garantir la protection des victimes qui souhaitent s’exprimer mais aussi la protection de ceux, représentants du personnel ou non, qui les aident et les écoutent. 

Il est de la responsabilité des cadres de protéger les personnes vulnérables et de mettre fin à ces pratiques inadmissibles, avec justesse et sans complaisance. 

Madame la Présidente, sachez enfin que nous sommes toutes et tous à la disposition des équipes chargées de mener cette enquête. 

Veuillez agréer, madame la Présidente, nos sincères salutations. 

Ce texte diffusé par le Syndicat National des Journalistes (SNJ) est la reprise d’une lettre ouverte envoyée à Mme Delphine Ernotte-Cunci par les représentants SNJ au Siège France Télévisions : Patricia Issa (représentante de proximité), Dominique Bonnet, Béatrice Gelot, Sophie Guillaumin (élus CSE),  Antoine Chuzeville, Serge Cimino, Anne Guillé, Francis Mazoyer (délégués syndicaux) 

Rallye « DAKAR » : La direction doit prendre ses responsabilités

Début janvier 2020, une vingtaine de salariés de France Télévisions vont s’envoler pour l’Arabie Saoudite afin d’assurer la couverture d’une nouvelle édition du rallye-raid « Dakar », dont le parcours a été dévoilé aujourd’hui.

Cette opération a été présentée aux élus du Comité Social et Économique (CSE) du Siège de France Télévisions, mardi 12 novembre. À cette occasion, les élus ont pu interpeller la direction sur les conditions de travail de nos collègues envoyés en Arabie Saoudite.

Un dialogue plutôt tendu, car la couverture du « Dakar » 2020 présente plusieurs problèmes majeurs.

Le premier, c’est évidemment la sécurité de nos collègues, qui vont devoir se déplacer et travailler dans un pays en guerre : l’Arabie Saoudite est en effet engagée depuis des années dans un conflit sanglant avec le Yémen. Conflit qui a d’ailleurs poussé les autorités françaises à rappeler à leurs ressortissants souhaitant voyager dans ce pays que « des tirs de missiles et de drones visent fréquemment l’Arabie Saoudite » et qu’il faut « maintenir en toutes circonstances un niveau de vigilance renforcée ».

Est-ce le bon moment pour y organiser une compétition sportive ?

Si la course est maintenue, France Télévisions doit déployer tous les moyens pour assurer une protection maximum à nos collègues, y compris, si nécessaire, annuler la couverture d’étapes dans des zones jugées trop dangereuses.
La direction doit également s’engager à faciliter le rapatriement de nos collègues qui ne se sentiraient plus en sécurité sur place.

Le nouvel hôte du « Dakar » est un pays en guerre qui souffre aussi d’un régime dictatorial et brutal, connu pour piétiner les droits humains et en particulier ceux des femmes.

L’Arabie Saoudite est également un des pires prédateurs de la liberté de la presse, capable d’assassiner sauvagement un de ses journalistes, à l’automne 2018.
Pourtant, quelques mois plus tard, la société privée qui organise le « Dakar » a choisi de nouer un partenariat avec ce pays.

La direction de France Télévisions ne s’est pas exprimée sur ce dossier, ou trop discrètement. Elle doit pourtant prendre la parole pour garantir la totale indépendance éditoriale des équipes envoyées sur place !

Le service public a pour mission première l’information, y compris sur des événements où sport, politique et business sont étroitement mêlés.

Nous avons confiance en nos collègues et nous n’accepterons pas qu’ils subissent la moindre pression de la part des organisateurs du « Dakar » ou des autorités locales.
La direction doit rappeler publiquement qu’elle est garante de la sécurité des salariés et de l’autonomie éditoriale de ses équipes.

Paris, le 20 novembre 2019

ORTF 2.0 : POUR QUOI FAIRE ?

 

 

 

 

COMMUNIQUE DES SECTIONS SNJ : France Médias Monde – France Télévisions – Radio France

Après des mois d’attente, le gouvernement dévoile enfin les grandes lignes de sa réforme audiovisuelle. Franck Riester, ministre de la Culture, annonce notamment la création d’une « superstructure », la holding France Médias, qui regrouperait plus de 15.000 salariés. Cette holding serait dirigée par un PDG, nommé en 2021, appelé à devenir le nouveau grand patron de l’audiovisuel public. Une première depuis la suppression de l’ORTF il y a plus de quarante ans !

Les entreprises intégrées à cette holding (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA) deviendraient dès 2022 des filiales de France Médias. Chacune des 4 entreprises sera dotée d’un directeur général, aux ordres de la « superstructure ». Officiellement, chaque entreprise conservera son indépendance éditoriale, mais les budgets seront tous contrôlés par la holding…

DES AMBITIONS TRÈS FLOUES

Mais tout ça… pour quoi, au final ? L’utilité de France Médias, sorte d’ORTF 2.0, apparaît peu évidente. Selon Franck Riester lui-même, la holding n’aurait « aucun pouvoir éditorial » mais pourtant, elle doit permettre de « mieux répondre à l’évolution des usages ». Comme si les entreprises de l’audiovisuel public n’étaient pas capables de s’adapter sans une strate administrative supplémentaire ! Comme si Radio France, par exemple, n’avait pas su proposer une offre de podcasts plébiscitée par le public ! Comme si FMM ne fidélisait pas 46 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux !

D’ici 2022, la mise en place de cette holding peut aussi permettre de « préparer le terrain » à une opération moins avouable : la baisse de la dotation globale et une nouvelle diminution des effectifs du service public. Le discours de Franck Riester est en effet parsemé de petites phrases inquiétantes dans le contexte d’austérité budgétaire que nous subissons. Le ministre avoue ainsi que la holding a aussi pour but, dans un premier temps, « d’optimiser les fonctions supports entre les différentes sociétés ». Pourraient être rapidement concernées : les directions des achats, les régies publicitaires, les structures de formation…

Ce projet ressemble étrangement à ce que beaucoup de salariés de France Télévisions ont connu au début des années 2000 : des entreprises distinctes (France 2, France 3, RFO…), puis la création d’une holding France Télévisions, le rapprochement de fonctions supports, et enfin l’entreprise unique avec les fusions de services et de rédactions. Et la casse sociale qui a suivi.

Idem pour France Médias Monde, où le rapprochement de RFI avec France 24, prévu par la loi audiovisuelle de 2009, n’a fait qu’affaiblir la radio, sans permettre de développer la chaine de télé. Les économies drastiques impactent  l’éditorial des chaines au quotidien. Les deux plans sociaux à RFI font ressentir le manque d’effectifs.

UN BIG-BANG EN 2022 ?

Le message politique est clair : les fonctionnements et les financements actuels sont plus ou moins garantis jusqu’en 2022. A cette date, France Médias deviendrait la structure opérationnelle chargée de piloter l’audiovisuel public et ses budgets. En fonction des priorités politiques, cette holding pourrait devenir un outil au service des regroupements, des fusions et des économies d’échelle.

Quand on connaît l’obsession de nos dirigeants pour les suppressions de postes et les économies, on peut craindre qu’elles deviennent l’objectif principal de ce projet de réforme, bien loin du projet « d’adaptation » et de « développement » affiché.

Plus que jamais, les syndicats et les salariés de l’audiovisuel public seront vigilants et déterminés à défendre leurs missions et leurs spécificités.

Paris, le 25 septembre 2019

CONTACTS

SNJ France Télévisions : Raoul Advocat 06 22 69 30 14

SNJ Radio France : Valeria Emanuele 06 07 03 51 79

SNJ France Médias Monde : Nina Desesquelle 06 84 19 31 68

2019-09-25 ORTF 2.0 Pour quoi faire

L’association de la presse judiciaire et le SNJ lancent un guide de défense des journalistes

« Je suis journaliste : ma mission est d’informer le public. Mais les autorités peuvent voir d’un mauvais œil que je publie des informations confidentielles. Elles vont chercher à en savoir plus sur mon travail. De récentes affaires ont démontré combien la liberté de la presse et le secret des sources peuvent être menacés par la police et la justice ».

L’association de la presse judiciaire (APJ) et le Syndicat national des journalistes (SNJ) lancent conjointement un guide de défense des journalistes. Ce précieux document vise à prodiguer à nos consœurs et confrères les premiers conseils pour réagir correctement et légalement aux mesures de convocations et d’enquêtes qui se sont malheureusement multipliées ces derniers mois.

► Que faire en cas de garde-à-vue ?

► Que répondre aux questions des policiers et gendarmes ?

Ces intrusions policières et judiciaires ont pour objet principal d’identifier les sources des journalistes dont les reportages et les enquêtes dérangent les pouvoirs politiques et économiques. C’est la raison pour laquelle ce Guide rappelle un certain nombre de droits du journaliste.

Si la protection du secret des sources est garantie par la loi, des menaces et des pressions sont pourtant exercées sur les journalistes pour identifier leurs sources. Les journalistes sont des justiciables comme les autres mais ils possèdent des droits spécifiques pour leur permettre de remplir leur mission d’informer.

Le guide est à télécharger ci-dessous, en version courte ou en version longue

Paris, le 25 juin 2019

Guide de défense du journaliste version courte

Guide de défense du journaliste version longue

 

TOURNAGE « SPORTS » : Compte-rendu de la saisine du SNJ

Suite à la saisine déposée par le SNJ, la direction a organisé début novembre une réunion autour des tournages de la direction des Sports (cf. saisine du 23 octobre dernier, ci-joint).

Étaient présents :

– côté direction, Cécile Lefèvre, Sabrina Porquerel et Marie-Aude Cellier (DRH Siège), Elvire Moyaux (direction de l’Information), Laurent-Eric Le Lay, Pascal Golomer et Gilles Silard (direction des Sports).

– pour le SNJ, Dominique Bonnet, Antoine Chuzeville et Serge Cimino.

Le SNJ a d’abord rappelé pourquoi cette saisine avait été déposée : la vive inquiétude des équipes devant des tournages Sports de plus en plus souvent effectués par des sociétés extérieures, et de moins en moins par les JRI et OPS de France Télévisions.

Réponse de la direction : « depuis un an il y a moins de JRI de l’info disponibles chaque semaine pour les tournages Sports, c’est vrai. Nous sommes passés d’un « potentiel » maximum de 6 à 4. Mais selon nos chiffres, le recours aux sociétés extérieures n’a pas augmenté depuis 2015. Certes il y a eu un « pic » entre septembre et décembre 2017, où plus d’un tiers des tournages était délégué au privé, mais la situation est rétablie depuis ».

Le SNJ conteste une partie de ces chiffres (certains tournages extérieurs n’étant visiblement pas pris en compte).

Mais même s’ils étaient parfaitement justes, ils restent inquiétants et confirment une baisse globale du volume des tournages pour « Tout le Sport » et « Stade2 ».

Concernant l’avenir : la direction refuse de s’engager par écrit sur un pourcentage minimum de tournages à effectuer en interne.

En revanche, elle affirme qu’en 2019, la priorité sera toujours donnée aux tournages avec les équipes internes, via :

– un recours aux plannings JRI et OPS des rédactions nationales France 2 et France 3, sur une base de 4 détachements « Sports » par jour (curieusement le regroupement imminent des services JRI, tant vanté par la direction, n’a pas ici d’effet positif) ;

– des détachements éventuels de JRI en poste dans d’autres rédactions (régions France 3 ou France Ô) ;

– une utilisation des compétences complémentaires JRI des journalistes rédacteurs des Sports, pour ceux qui sont en capacité d’exercer cette compétence ;

– des recrutements (en CDI et CDD), « quand ce sera possible », de jeunes journalistes capables de travailler comme rédacteurs ou comme JRI.

Le SNJ appuie toutes les solutions qui permettent d’effectuer les tournages Sports avec des équipes entièrement employées par France Télévisions.

Le recours aux sociétés extérieures ne peut être justifié que par des circonstances exceptionnelles, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui : en moyenne, un tournage Sports est effectué chaque jour par le privé !

Nous déplorons l’attitude de la direction, pour qui la priorité reste l’assèchement de l’emploi à France Télévisions, y compris pour les postes de JRI.

Le message envoyé aux équipes de l’Information et des Sports est très inquiétant: quel métier est plus symbolique de l’activité d’une télévision que celui de Journaliste Reporter d’Images ?

Le SNJ va consulter les salariés concernés sur la suite à donner à cette saisine et continuera à défendre l’emploi et le savoir-faire de nos équipes.

Paris, le 14 novembre 2018

2018-11-14 CR SNJ Saisine Sports