Loi Macron : la liberté de la presse vite oubliée !

AA lettrine articlesAu nom de l’intelligence économique, gare aux journalistes, et à leurs informateurs ! Moins de trois semaines après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et la levée immense des citoyennes et citoyens, en France comme dans beaucoup de pays dans le monde, pour la liberté de l’expression et la liberté de la presse, le gouvernement socialiste ne craint pas de proposer une loi, qui en plus des graves régressions sociales qu’elle porte, organise une censure sans précédent des informations que les journalistes seraient en droit ou pas de publier.

Si les mesures contenues dans la loi Macron, instaurant un délit de violation du secret des affaires passible de très fortes sanctions (jusqu’à trois ans de prison et 375 000 euros d’amende), visent principalement à protéger les entreprises de l’espionnage industriel, ces dispositions percutent directement la liberté de la presse, la protection des sources des journalistes et les lanceurs d’alerte, en particulier en matière d’information économique. A l’heure où les révélations se multiplient, concernant l’espionnage mondial auquel se livrent en permanence la NSA américaine et bien d’autres pays, il est paradoxal qu’une loi puisse poursuivre précisément celles et ceux dont la mission, d’intérêt public, est d’informer leurs concitoyens.

Avec une telle loi votée, aucune des grandes affaires qui ont fait la une de tous les médias depuis le début de ce XXIe siècle n’auraient pu voir le jour. Aucune des dispositions sur l’éthique et la transparence n’auraient été mises en place. Qu’un gouvernement socialiste et une Assemblée nationale où le même parti est bien majoritaire semblent d’accords pour museler la presse est inédit et scandaleux. Faisant fi de la Constitution française, de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme, la France s’apprêterait à voter des dispositions liberticides ?

Alors que la protection du secret des sources des journalistes, pierre angulaire de la liberté de la presse, déjà insuffisamment garantie par la loi du 4 janvier 2010, mériterait au contraire d’être renforcée, le Syndicat National des Journalistes (SNJ), première organisation de la profession, ne peut que demander instamment aux parlementaires de revoir la copie du ministre !

Paris, le 27 janvier 2015

Le communiqué du Syndicat National des Journalistes est ici.

Loi Macron et liberté de la presse

Préavis de grève : qui est responsable du crash éditorial du 7 janvier ?

AA lettrine articlesLors de la triste journée du 7 janvier dernier, alors que la France découvrait l’ampleur du massacre de Charlie-hebdo, l’édition nationale du 12/13 de France 3 était diffusée pratiquement comme si de rien n’était, avec des titres sur les soldes, ou encore une baignade en hiver… Pourtant, les informations des journalistes de la rédaction partis sur place, ainsi que les dépêches AFP, auraient permis de modifier le conducteur et de dérouler un journal à la hauteur de l’événement. Manque de réactivité ? Manque de discernement ? En tout cas, il y a eu une défaillance très grave et très choquante de la part de la direction.

Lors d’une assemblée générale, les journalistes ainsi que les personnels techniques et administratifs ont très largement exprimé leur indignation et leur colère face à cet échec éditorial qui a ridiculisé la rédaction, qui plus est dans le contexte d’info 2015…

 Les délégués du personnel, réunis les 15 et 16 janvier, souhaitaient interroger le directeur des rédactions sur les dysfonctionnements du 7 janvier 2015 et sur l’enquête qu’il a annoncée. Contrairement à ses habitudes, Pascal Golomer n’est pas venu à la réunion alors que selon le président de cette instance, il était prévu qu’il soit présent.

Par respect pour les salariés de la rédaction et par respect pour le public, la direction générale de l’information doit communiquer les résultats de l’enquête interne, et déterminer les responsabilités de ce crash éditorial.

Pour se faire entendre, le SNJ, le SNJ-CGT, le SNRT-CGT et la CFDT appellent les salariés de la rédaction nationale de France 3, les salariés des moyens techniques de l’info et de la fabrication au siège, à cesser le travail le lundi 26 janvier à partir de 11h45 pour une durée de 59 minutes.

 SNJ   CFDT  CGT

 Paris, le 20 janvier 2015

Préavis de grève 26 janvier rédaction nationale

Charlie-hebdo : appel aux dons

manif Paris 2En collaboration avec la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et la Fédération européenne des journalistes (FEJ), les syndicats français de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes) ont ouvert un compte bancaire spécial pour venir en aide aux familles des victimes de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo. Les dons peuvent être virés sur le compte  suivant, avec la mention « Je suis Charlie » :

SOLIDARITE CHARLIE HEBDO
IBAN FR76 3006 6106 7100 0103 3550 376
BIC (Swift) code : CMCIFRPP

Mention: « Je suis Charlie »
Merci de témoigner votre solidarité !

La FIJ, la FEJ, le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes

Charlie Hebdo – appel aux dons

Charlie-berté : libérons l’information !

 

AA lettrine articlesLa présence, dimanche à Paris, de quelques-uns des chefs d’Etat les plus répressifs en matière de liberté de la presse, a terni un peu l’image de cette belle journée de sursaut populaire.

Les syndicats de journalistes (SNJ / SNJ-CGT / CFDT-Journalistes), avec leurs Fédérations FIJ (internationale) et FEJ (européenne), saluent les quelque quatre millions de citoyens qui ont participé aux marches et rassemblements dimanche à Paris comme dans toute la France, en hommage aux 17 victimes tombées sous les balles des fanatiques, ennemis de la liberté. Nos confrères de Charlie Hebdo ont été touchés par cet énorme sursaut populaire. Il faut désormais que cessent partout les entraves au droit des journalistes de pouvoir critiquer, moquer, pratiquer l’humour en dégoupillant les mines de crayon. Et d’être plus que jamais le poil à gratter contre tous les intégristes, obscurantistes, ennemis de la liberté d’expression, racistes et xénophobes de tout acabit.

Comment ne pas être interloqués par la présence, dans la marche parisienne, dans le carré des VIP, du président gabonais Ali Bongo ; d’Ahmet Davotoglu, premier ministre de Turquie, l’une des plus grandes prisons de journalistes ; de Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie d’une Russie qui musèle sa télévision et réprime de nombreux confrères ; de son homologue des Émirats Arabes Unis, où l’on peut être emprisonné pour un tweet, cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane… Mais encore par celle de Viktor Orban, le premier ministre hongrois, qui a fait main basse sur les médias de son pays. Sans oublier la présence contestable d’autres dirigeants du monde qui n’ont pas la même vision de la liberté que ceux que nous pleurons depuis mercredi. Par exemple en Grèce où Antonis Samaras, le premier ministre, a ordonné la fermeture de la chaîne publique ERT, rouverte depuis sur décision du Conseil d’Etat.

Les Charb, Wolinski, Cabu, Honoré, Tignous, Ourrad, Elsa ou Maris n’auraient pas admis qu’on leur impose que ces ennemis de la liberté foulent le pavé parisien et tentent de récupérer l’élan populaire contre la haine et pour la liberté d’informer.

118 journalistes tués en 2014

Rappelons qu’en 2014, 118 journalistes et personnels des médias ont trouvé la mort. Et que parmi les premières victimes de l’année 2015 figurent des journalistes yéménites et tunisiens, avant même le massacre de nos confrères de Charlie.

Alors plus que jamais, ensemble avec les citoyens du monde, libérons les médias des chaînes qui les étouffent, et empêchons les lois d’exception et autres « Patriot Acts » qui nuisent gravement aux libertés.

En France, le combat contre l’intolérance réside dans l’éducation, l’exercice du sens critique, mais aussi la bonne santé de tous les médias, même les plus libertaires. Aussi faut-il enfin faire vivre le pluralisme de l’information face aux concentrations et poser urgemment et concrètement la question des aides à la presse, afin qu’elles répondent vraiment aux nécessités des citoyens : une information de qualité.

SNJ / SNJ-CGT / CFDT-Journalistes

Le 12 janvier 2015

2015-01-13 Charlie-berté – libérons l’information

12/13 : L’impensable « hiérarchie » de l’info

AA lettrine articlesL’horreur venait de frapper dans les locaux de Charlie Hebdo. Dans l’ensemble des rédactions, les dépêches et les flashes annoncent déjà un attentat sans précédent et le Parquet de Paris fait état d’au moins 10 morts. Ces informations sont connues (et diffusées dès midi sur l’antenne de France 3 Ile-de-France) quand s’ouvre le journal national de la mi-journée sur France 3. Et quoi ? Des titres déroulés comme si de rien n’était : on commence par « Soldes d’hiver, prix doux » pour terminer par les « Baignades d’hiver » et la météo…

Au bout de l’improbable, enfin, sous la classique formule « on l’a appris juste avant ce journal », voilà enfin qu’on parle de l’horreur du jour. Une consœur en direct au téléphone nous raconte brièvement les faits… et on s’arrête là, on passe vite à autre chose. Le journal reprend son cours, comme annoncé par les titres. Inexorablement, l’impensable se déroule sous nos yeux et ceux de nos téléspectateurs. Il faudra plus d’un quart d’heure pour que l’information soit à nouveau abordée dans le journal, avec images, témoignages et interventions en direct de l’envoyée spéciale de la rédaction.

Oui, le 12/13 national a choisi de passer à côté de cet événement tragique.
Le mois dernier, déjà, la même édition avait traité l’attaque d’une école au Pakistan et son bilan terrible (141 morts) avec une « brève », un simple « off ». Un choix incompréhensible qui avait fait sortir de sa réserve le directeur de l’information, lors du Comité Central d’Entreprise qui s’était tenu le jour même. Quel regard portent aujourd’hui nos concitoyens sur ces éditions du Service Public où la hiérarchie de l’information n’a plus aucun sens ?

Alors devant l’indignation collective suscitée par ce journal du 7 janvier, indignation ressentie dans l’ensemble des rédactions de France 3, le SNJ demande au directeur de l’information d’établir les responsabilités qui ont conduit à cette faillite. Nous devons en tirer toutes les conséquences éditoriales et structurelles pour ne pas laisser ces erreurs se répéter indéfiniment, sans remise en question d’une certaine « grille de lecture » de l’actualité qui fait perdre toute dignité à ces éditions. Il en va aussi de la crédibilité d’une rédaction qui souffre déjà d’un manque de débat éditorial depuis des années. Notre rôle d’organisation syndicale de journalistes est de rappeler ce que sont les fondamentaux de notre profession, trop souvent oubliés à la rédaction nationale de France 3.

Nous le faisons ici, une fois de plus, dans un moment grave pour notre pays et pour la liberté de la presse. Le délai de décence nous a amené à ne pas réagir plus tôt, mais le temps est venu pour la direction des rédactions nationales de prendre la mesure de ces égarements.

Paris, le 08 janvier 2015

2015-01-08 L’impensable hiérarchie de l’info

Charlie-hebdo : c’est la liberté qu’on assassine

AA lettrine articles Charlie-Hebdo : c’est la liberté d’expression qu’on assassine

 

Il n’y a pas de mot assez fort pour exprimer aujourd’hui la tristesse et la colère de la profession. Le massacre perpétré contre la rédaction de « Charlie-Hebdo » est une horreur qui nous frappe toutes et tous. Quand on tue des journalistes, c’est pour faire peur à toute une profession, c’est pour faire taire. Attaquer un journal, c’est vouloir museler la liberté d’expression dans une démocratie.

Le fait que ce soit Charlie-Hebdo qui ait été visé est un symbole important. C’est la liberté d’expression qu’on assassine. Le Syndicat National des Journalistes (SNJ), première organisation de la profession, tient à assurer « Charlie-Hebdo » de tout son soutien en ce moment particulièrement cruel. Il tient à assurer les familles de toutes les victimes de cette attaque de toute sa solidarité.

Le SNJ rappelle que, depuis l’été 2014, pas moins de 5 journalistes sont directement menacés de mort pour des articles publiés sur des sujets divers. Hier encore, mardi 6 janvier 2015, un de nos confrères du Monde à reçu une quatrième menace de mort. Le SNJ demande un rendez-vous au Ministre de l’Intérieur pour avoir connaissance de l’état de l’enquête sur l’attentat commis contre « Charlie Hebdo » ce terrible mercredi 7 janvier et des autres enquêtes concernant tous les journalistes menacés.

Le SNJ appelle toutes les rédactions à observer une minute de silence, et à un rassemblement citoyen à 18 heures près du siège de Charlie-Hebdo, place de la République à Paris.

 

Paris, le 07/01/2015

Une chaîne d’information de qualité ? Chiche !

AA lettrine articlesOn en sait désormais un peu plus sur ce projet de chaîne d’information que le groupe France Télévisions souhaite lancer en 2015.

Annoncé dans la presse, début décembre, ce chantier pourrait voir le jour dès septembre prochain ! C’est en tout cas le calendrier annoncé par Thierry Thuillier aux représentants du personnel.

Le directeur général délégué à l’information a saisi l’occasion d’un Comité Central d’Entreprise, mardi 16 décembre, pour distiller les premières infos sur ce projet. Le timing ne doit rien au hasard : chargé de présenter le plan de fusion des rédactions (« Info 2015 »), Thierry Thuillier a semé la confusion en évoquant d’abord un autre chantier, celui d’une chaîne d’information de France Télévisions, diffusée sur internet. Surprise : dans le document de 128 pages intitulé « Info 2015 », cette chaîne d’information est inexistante ou presque (une ligne et demie en tout et pour tout).

S’agit-il uniquement d’une vague promesse pour rendre plus digeste cet indécent projet de fusion, rejeté par la majorité des salariés ?

« Non« , se défend le directeur de l’information, « ce n’est pas lié, ce projet de chaîne d’information aurait pu être lancé sans Info 2015, c’est une ambition complémentaire ». Avant tout de même d’ajouter : « mais Info 2015 est la seule organisation qui permettrait aujourd’hui de lancer cette chaîne sans trop de difficultés, et sans menacer les éditions ».

Une affirmation contestable, qu’aucune étude ne peut étayer, et une promesse cynique : laissez-nous détruire, on reconstruira peut-être…

On apprend ensuite qu’une petite équipe, dirigée par Hervé Brusini, doit commencer dès janvier 2015 à construire la « grille » de cette chaîne d’information. Elle pourrait être lancée en septembre, quelques heures par jour dans un premier temps, puis 24h/24 à terme. Cette chaîne serait visible sur le site FranceTV info, puis éventuellement disponible via des applications mobiles, sur l’ADSL et sur les grands sites de vidéo du web.

Thierry Thuillier n’a pas donné beaucoup de détails sur le contenu. Tout juste met-il en avant « du plateau, avec des flashs info, du breaking news dès que possible et l’utilisation intensive en direct des pools que nous produisons : voyages présidentiels, conférences de presse, débats parlementaires, événements politiques, etc… ».

Voilà qui ressemble à s’y méprendre au menu proposé par les chaînes privées d’information en continu mais, différence de taille, « les régions et les stations d’outre-mer pourraient être associées« . Sans plus de précisions.        

Le SNJ a toujours été favorable à la création d’une chaîne dédiée à l’information, la première mission du Service Public. France Télévisions a d’ailleurs failli en lancer une sur la TNT, il y a une douzaine d’années. Aujourd’hui, il s’agirait (enfin) de corriger une anomalie historique.

Hélas, le calendrier de cette annonce incite à la méfiance. Lier, comme le fait la direction, la création hypothétique d’une chaîne sur le web au démantèlement de plusieurs rédactions, c’est éditorialement inacceptable et socialement insupportable. Ce projet ne serait donc qu’une tromperie de plus, un effet de manche opportuniste pour faire oublier les fusions-disparitions ?

En lançant ce projet aujourd’hui, à la surprise générale, la direction de l’Information prend une grande responsabilité. Pour le SNJ, cette chaîne doit être à la hauteur des ambitions affichées. Elle doit mettre en avant la force du Service Public, sa diversité, son exemplarité en matière d’information, son exigence déontologique, son refus de l’immédiateté comme seule ambition. Elle doit s’appuyer sur l’ensemble des rédactions, avec un projet éditorial partagé et débattu en amont par des équipes motivées, et dans le respect de notre charte d’éthique et des engagements sociaux de l’entreprise.

Le SNJ appelle naturellement de ses vœux la création d’une telle chaîne, qui refuserait la tentation du « low cost » au profit d’un projet mobilisateur pour les 3000 journalistes (permanents et non-permanents) de France Télévisions. A l’inverse, il serait honteux et indigne de brader, de dévoyer un tel projet et d’en faire le pitoyable cheval de Troie du funeste plan « Info 2015 ».

Paris, le 19 décembre 2014

2014-12-19 Une chaîne d’info de qualité… Chiche

Projet « Info 2015 » : la fusion, un poison pour l’information

AA lettrine articlesC’était donc ça ! Les séminaires, les comités de pilotage, les groupes de travail estampillés « Info 2015 » ont travaillé deux ans pour produire ce soi-disant « grand projet » pour l’info de France Télévisions.
Après lecture des 128 pages du document, il y a de quoi être stupéfait. On s’attendait à un projet éditorial d’ampleur, on découvre un schéma technique d’état-major. Une organisation verticale, construite sur de nouveaux postes de directeurs, de chefs, de superviseurs. Un plan d’attaque conçu par et pour des hauts cadres. La préparation méticuleuse d’une offensive, d’une opération brutale, où les cibles sont les rédactions du Service Public et leur pluralité.

Paradoxalement, ce document est à la fois très complet et totalement vide. A quelques mois d’un nouveau mandat à la tête de l’entreprise, la direction n’a visiblement plus le temps d’enrober le projet avec de belles déclarations d’intention, ou de s’intéresser à l’avenir professionnel des non-cadres.

« Info 2015 » tel qu’il est présenté ici n’a pas grand-chose d’un projet journalistique (d’ailleurs le mot « journalisme » est quasiment absent du document). C’est une fusion-disparition, une matrice détaillée, un instrument de contrôle rédactionnel où la hiérarchie se partage le pouvoir. Les grands oubliés du projet ? Les salariés (journalistes, techniciens, administratifs), qui ne sont plus que des exécutants anonymes et interchangeables. En 128 pages, aucune mention des votes organisés dans les rédactions, qui refusent ce projet. Rien sur le risque social que représente une énième réorganisation, où la direction affirme clairement vouloir faire table rase des anciennes « règles de vie collective ». Les chefs monteurs côté France 3, en grève ces dernières semaines contre la suppression totale de leurs jours de RTT, apprécieront…

Alors à qui profite le crime, à qui ce projet funeste peut-il servir ? Toute cette opération lancée en septembre 2012 n’a probablement qu’un objectif majeur. Donner le change, présenter quelque chose dans le bilan, amadouer le CSA et les ministères (de Bercy à la rue de Valois) afin de préparer l’avenir de quelques-uns. Que ce soit l’actuel PDG ou le directeur de l’information, ils s’accrochent à la marque « Info 2015 » comme à une bouée de sauvetage pour leur plan de carrière.

« Rapprochement des rédactions » entendions-nous au début, « projet éditorial, pas économique », « nécessaire à la survie de l’information pour le groupe ». Peu à peu, le nuage de fumée s’est estompé et aujourd’hui, devant la presse, la Cour des comptes ou les députés, il s’agit bien avant tout de se montrer prêt à tout réduire au nom « d’une situation budgétaire tendue ». Et que reste t-il du pseudo affichage éditorial ? Rien si ce n’est la « baisse tendancielle » des sujets culture dans les JT, baisse que la direction valide et accompagne avec le « redéploiement » de 9 journalistes vers le site internet Culture Box.
Pas question pour nous d’opposer les journalistes de la 2, de la 3 ou du numérique. Tout le monde y perdrait dans cette affaire. La fusion serait, d’après la direction, le moyen de faire différent… en regroupant tout. Nous préférons rappeler que si le partage est une bonne chose, le pillage n’apportera rien à l’information et à sa diversité de traitement sur nos différentes antennes.

Pillage des images, pillage des talents, pillage des diversités de traitement. La fusion c’est l’uniformisation, la voie vers un journalisme « industriel » où les équipes seront de moins en moins responsables de leurs reportages (ou bouts de reportages), où le débat éditorial sera confisqué par les cadres dirigeants et les fameux « directeurs éditoriaux opérationnels ».

Ce document de 128 pages reprend beaucoup d’inepties révélées l’an passé par le SNJ avec la publication des conclusions du comité de pilotage. Une fusion totale, qui serait structurée en trois phases… mais seule la première, consacrée à l’installation des cadres dirigeants, est présentée ! La direction a t-elle peur d’avouer que tout le monde n’atteindra pas la troisième phase ?

Même terriblement lacunaire, ce document fait déjà peser de lourdes menaces sur la diversité des éditions d’information. D’ailleurs le terme « éditions » disparaît peu à peu, au profit de « tranches d’information ».

Aucune garantie sur la pérennité du 12/13 national ou du 19/20 national, des journaux décrits comme des éléments de « sessions d’informations ». Que comprendre alors ? Que cette fusion sera bien une fusion-disparition ? Disparition des rédactions nationales, puis des éditions, et enfin de nos emplois ?

Pour toutes ces raisons (défense du pluralisme, maintien des éditions sur chaque chaîne, sauvegarde de l’emploi et surtout respect de l’autonomie et de la responsabilité des journalistes) nous dénonçons ce projet sans âme, qui servira de programme « low cost » pour séduire les partisans d’un Service Public à l’économie.

Les journalistes des rédactions nationales ne seront pas les complices d’un plan de destruction de l’information. Les militants du SNJ sont prêts, comme ils l’ont toujours été, à discuter des orientations éditoriales des différentes éditions pour éviter doublons, gaspillage et absurdités en tout genre. Cela doit passer par des projets éditoriaux distincts et ambitieux, en évitant une fusion des équipes et la destruction de l’identité des rédactions. Cette concentration forcée, dont les objectifs réels commencent à se dévoiler, serait un poison pour nos pratiques professionnelles et pour l’information de qualité du Service Public.

 

Paris, le 16 décembre 2014

2014-12-16 Projet Info 2015 – La fusion, un poison pour l’info

Plan de départs « volontaires » : AITV, mise à mort d’une rédaction

AA lettrine articlesCe lundi 8 décembre, les locaux de la rédaction de l’Agence Internationale d’Images de Télévision (AITV) étaient vides. Pour la première fois depuis 28 ans et la création de cette agence, aucune équipe n’a préparé de reportage, aucune conférence de rédaction n’avait lieu, aucun sujet n’était en montage, aucun JT ou « monito » n’a été diffusé. La direction de France Télévisions n’a pas accepté les demandes de moratoire sur la suppression totale de cette rédaction, et a donc signé l’arrêt de mort de l’AITV au 8 décembre 2014.

Jusqu’au bout, le SNJ s’est montré prêt à discuter de l’évolution de cette agence, éditorialement et socialement. Notre syndicat a interpellé la direction de France Télévisions, les ministères de tutelle et le pouvoir politique, jusqu’au plus haut niveau. Des représentants de plusieurs entreprises audiovisuelles publiques (TV5 Monde, France 24 notamment) ont publié une tribune dans « Libération ». De nombreux syndicats, en France comme en Afrique, ont exigé la poursuite de l’AITV. Mais la direction de France Télévisions a choisi de tirer un trait sur ces compétences, ce savoir-faire, cette histoire. Et l’actionnaire, l’Etat, a laissé faire.

Jusqu’au bout nous serons aux côtés de ces consœurs et confrères, aujourd’hui éjectés de ce projet professionnel, de cette aventure collective. La direction, soucieuse de sauver les apparences et d’éviter des licenciements, a procédé à la hâte à des mutations d’office. Parfois sans la moindre concertation, elle disperse les 26 journalistes permanents de l’AITV dans d’autres services, sans respecter les fonctions de chacun, proposant de changer de rédaction, de conditions de travail et même de métier en quelques jours !

La situation est quasiment similaire pour de nombreux salariés du service du sous-titrage info, supprimé fin novembre. On est bien loin du « volontariat » qui devait imprégner le plan de suppression de postes…

A ce jour, la direction n’a toujours pas annoncé aux représentants du personnel ce qu’elle compte faire pour la trentaine de journalistes pigistes travaillant pour l’AITV en Afrique. Pour certains d’entre eux, l’AITV représentait l’essentiel de leurs revenus depuis des années. Hors de question de les abandonner à une terrible précarité, parfois lourde de menaces dans certains pays.

Sur le site de Malakoff, la direction n’a toujours rien annoncé aux personnels techniques et administratifs qui travaillaient avec la rédaction AITV : quelles conséquences pour l’activité ? quels seront les plannings des prochaines semaines ?

Dans cette affaire, l’attitude de la direction est aussi choquante qu’inquiétante. Elle tourne le dos à l’Afrique, à la coopération mais aussi à ses propres salariés. Cette souffrance, ces violences infligées laisseront des traces. Est-ce le sinistre « pilote » d’une série de plans sociaux dont chaque épisode serait plus brutal que le précédent ?

Aujourd’hui, si chacun peut témoigner sa solidarité envers nos collègues du sous-titrage info et de l’AITV, nous devons nous interroger collectivement sur la responsabilité de la direction et de l’actionnaire.

Paris, le 9 décembre 2014

2014-12-09 AITV – Mise à mort