Mise en avant

JT communs : le monde d’après ?

COMMUNIQUE INTERSYNDICAL SNJ / CGT

Les salariés de France 3 Auvergne regrettent le projet de JT grandes régions, les week-ends de vacances, envisagé par la direction régionale.

Nous rejetons cette perspective qui éloignerait encore un peu plus le téléspectateur de son information locale. Pour preuve, pendant le confinement, le public n’a pas compris la logique de ces JT grandes régions qui n’en ont que le nom. Les retours ont été catastrophiques.

Notre mission de service public se joue 365 jours par an, week-ends compris. Nous nous devons d’offrir une information de proximité et de qualité. Hors confinement, depuis sa création, l’antenne auvergnate a toujours assuré cette continuité, en proposant des magazines le samedi et un JT des sports particulièrement suivi le dimanche soir.

Au fil des années, nous avons su construire et entretenir cette fidélité qui fait de France 3 Auvergne l’une des plus belles audiences du réseau. Un JT grande région, ne serait-ce que le week-end, serait très mal perçu par le public et les salariés.

Pour toutes ces raisons, nous considérons ce projet de mutualisation comme une aberration éditoriale, contraire à l’information de proximité si chère à nos yeux et à ceux de nos téléspectateurs.

Clermont-Ferrand, le 5 mai 2021

Déconfinez l’info, il y a urgence !

Les rédactions de France Télévisions peuvent, et doivent, reprendre une activité quasi-normale dès la semaine prochaine. La direction fait du zèle, mais l’information de service public n’a pas à suivre sagement le tempo politique du gouvernement.

Début avril, dans la foulée de l’allocution du président de la République, la direction de France Télévisions a choisi de « confiner » l’info. Si la protection des salariés est l’absolue priorité, il nous semblait possible de mettre en place des mesures sanitaires renforcées sans dégrader à ce point l’offre d’information, notamment dans le réseau régional France 3.

L’attitude de la direction laisse entrevoir les pires scénarios pour l’entreprise, entre suppressions d’emplois, casse des métiers et disparitions de rédactions.

Les journaux communs « grandes régions » (une aberration éditoriale) devraient se poursuivre jusqu’au 10 mai au moins. Pour les équipes de France 3, c’est l’incompréhension : les antennes peuvent parfaitement s’organiser pour tourner avec les mesures sanitaires nécessaires.

Or, avec ce système de « journaux grandes régions », les couacs se multiplient, avec de nombreux exemples d’actualités non couvertes, surtout lorsque ces événements ont lieu dans l’antenne qui ne pilote pas le JT du jour.

Le contenu de nos éditions est parfois affligeant, la hiérarchie de l’information incompréhensible ou inexistante. Les sujets sont sans intérêt pour une grande partie des téléspectateurs, car tournés à des centaines de kilomètres de chez eux. On est loin de la promesse éditoriale de proximité. 

Pourquoi ne pas avoir maintenu des éditions d’information par antenne, quitte à ce que des sujets mutualisés soient intégrés dans les conducteurs ? Pourquoi maintenir aussi longtemps une offre dégradée, alors que nous entrons dans une période électorale avec des régionales et des départementales ?

Pourquoi, si ce n’est pour habituer les salariés et notre public à l’affaiblissement définitif de l’information de proximité ?

Les équipes de reportage ne peuvent remplir leur mission d’information, faute de temps d’antenne disponible pour l’actualité de leurs régions. Un immense gâchis. Hélas, certaines directions régionales annoncent déjà le prolongement des journaux grandes régions pendant l’été ou pendant les week-ends, confirmant ainsi la volonté première de faire surtout des économies. 

L’incohérence est tout aussi flagrante pour les sites web. Dans certaines rédactions, jusqu’à 10 journalistes se voient planifiés sur le numérique. Simplement pour remplir les tableaux de service. Parce qu’en télétravail, sans matériel adapté, sans les applications indispensables, parfois sans formation, il est difficile de travailler. Quel manque de considération pour le développement du numérique !

Au Siège, les conditions de travail imposées par la direction posent aussi question. Régie et plateau communs aux JT de France 2 et France 3 resteront la règle jusqu’à mi-mai. Une organisation qui rend très complexe l’enchaînement des plateaux, dans le respect des règles sanitaires.

« Tout le Sport », le JT quotidien des sports sur France 3, est diffusé en version très dégradée. Plus d’accès au plateau, pas de régie disponible, c’est donc une bobine assemblée vers 19h00 qui est programmée à 20h45, avec enregistrement des lancements du présentateur en milieu d’après-midi !

Les équipes font du mieux possible mais ce dispositif n’est pas adapté à l’information sportive. Nous sommes régulièrement en retard sur l’actu : « Tout le Sport » doit revenir en direct au plus vite. 

Dans les stations ultramarines, notamment à la Réunion, en Guadeloupe et en Guyane, le nombre d’arrêts de travail a fortement augmenté. Les échanges sont difficiles entre cadres et équipes opérationnelles. Les ordres, suivis de contre-ordres, les réformes, entreprises sans aucune concertation avec le personnel, déstabilisent les équipes et augmentent considérablement les risques psychosociaux.

Partout dans l’entreprise, le travail à domicile a trop souvent été imposé, parfois au-delà du raisonnable.

La démotivation, l’incompréhension et la détresse psychologique de certains salariés sont des signaux d’alerte graves, qui devraient être pris en considération. Et le choix de la direction de multiplier RTT et récupérations pour accompagner cette baisse d’activité accentue encore l’isolement de tous.

La crise sanitaire a permis à la direction d’aller bien au-delà de la « maîtrise » de la masse salariale : plus de 15 millions d’euros d’économies en 2020 dont 11 millions pour le réseau régional !

La direction semble s’en réjouir. Pas nous. Parce que ces économies touchent d’abord de plein fouet les plus précaires, CDD et pigistes. Parce qu’elles sont inquiétantes aussi pour l’avenir de notre entreprise et de tous nos emplois.

Aujourd’hui, il faut nous donner les moyens de concilier prudence sanitaire et offre d’information à la hauteur de notre mission. Des choix d’organisation dans le respect des mesures sanitaires doivent permettre à nos rédactions de travailler quasi-normalement dans les prochains jours.  

L’information en mode dégradé ne peut pas être le projet d’entreprise de France télévisions. Il est urgent de déconfiner l’info

Paris, le 30 avril 2021

Motion – LE JOURNALISME EN DANGER A FTV

Aujourd’hui, dans de nombreuses rédactions, la pratique du journalisme est souvent abîmée, hélas, par le manque d’anticipation et par le « remplissage » qui doit le compenser !

Dans les rédactions nationales, le fléau s’appelle « sujet en kit ». Les reporters sont transformés en journalistes prestataires de services, fournisseurs d’éléments, pour des « plumes » qui ne sortent pas de leurs salles de montage, sous le regard d’un encadrement pléthorique.

Mais au-delà de ces dérives professionnelles, il y a un contexte social qui nous inquiète.

Depuis plusieurs mois, nous assistons à une offensive majeure de la direction, qui s’attaque à notre profession. Elle tente par exemple, en vantant « de nouveaux horizons et de nouvelles pratiques », de faire passer un texte global sur les unités de compétences complémentaires (UCC) qui s’appliqueraient à France Télévisions.

Les compétences complémentaires, le SNJ y est favorable, quand elles sont encadrées et qu’elles représentent un progrès. Nous sommes signataires des textes qui ont permis à des journalistes rédacteurs de suivre une formation JRI, et inversement. Tout comme nous avons accompagné les reconversions professionnelles, souvent couronnées de succès, de PTA vers le journalisme, quand elles se font avec une formation sérieuse et conséquente.

Mais le texte sur les UCC inspire la méfiance : il s’agit d’une casse organisée, motivée par l’obsession de la direction de faire plus avec moins de salariés. L’objectif : supprimer un maximum d’emplois, en créant des fonctions hybrides qui permettent à des salariés sans carte de presse, mais avec des compétences éditoriales acquises à la hâte, de remplacer les journalistes.

Une menace qui plane notamment sur le réseau régional France 3, où la direction souhaite généraliser les unités de tournages avec smartphones (UTS), là encore, pour semer la confusion entre journalistes et « contributeurs ».

Le journalisme est en danger à France Télévisions car la direction enchaîne les projets décevants, où les économies font office de boussoles.

Dernier exemple révélateur : la régionalisation de France 3, qui devrait être un projet essentiel, soutenu par des investissements, aboutit finalement à la mise à l’antenne d’un 18h30 indigent.

Autre sujet d’inquiétude : les conditions de travail imposées aux journalistes du web. Nous refusons que ces rédactions soient des rédactions low-cost.

Impossible de conclure cette liste sans évoquer la renonciation sociale que représente chaque départ non remplacé. Nous les subissons aujourd’hui avec la rupture conventionnelle collective, que le SNJ avait refusé de signer, mais bien avant aussi.

Cette obsession des soustractions d’emplois a des conséquences terribles : transfert scandaleux de rédactions entières* à une filiale, effectifs insuffisants des rédactions des réseaux régionaux et ultramarins, manque de moyens dans certains services de la rédaction nationale, CDD « gelés » partout…

Réunis en assemblée générale, le vendredi 9 avril 2021, les adhérents du SNJ France Télévisions mandatent leur Bureau National pour mettre tout en œuvre, au quotidien et pendant les négociations en cours, pour protéger notre profession et sa pratique.

Nous ne sommes pas des salariés interchangeables de l’audiovisuel. Nous sommes des journalistes, des techniciens et des administratifs, qui dans le respect de nos métiers et de nos spécialités, participons tous à la défense des valeurs du Service Public.

Paris, le 9 avril 2021

*(« Thalassa », « Faut Pas Rêver », « Télématin », « Passage des Arts » et « Des Racines et des Ailes »)

Loin de la bienveillance

Préalable SNJ au CSE Siège des 13 et 14 avril 2021

Deux histoires pour illustrer la violence sociale constitueront aujourd’hui le préalable du SNJ.

Depuis le début du 3ème confinement généralisé, la direction a changé de pied et de ton. « Télétravail déguisé en garde d’enfants, vous êtes bien assez payés, vous pourriez être au chômage partiel, vous avez bien assez de congés, alors arrêtez de vous plaindre ». Voilà en résumé ce qu’on a pu lire ou entendre, concernant les demandes de dispense d’activité faites par certains parents à l’occasion de la mise en place de l’école à la maison, décidée par le Président de la République. La direction ponctionne donc d’abord toutes les RTT employeurs ou les récupérations qui sont à sa main avant éventuellement d’envisager des dispenses d’activité. Un discours tenu à celles et ceux par exemple qui n’ont pas de RTT au regard de leur organisation du temps de travail. Aucun discernement, un discours unique et sec comme seule réponse. Parent solo, crèches fermées pendant les nouvelles dates de vacances scolaires, situation de couple particulière en termes d’activité professionnelle… Non, rien n’y fait, la direction considère qu’elle a été assez “gentille” jusque-là. “Gentille”, oui ce terme a été utilisé par des encadrants. Même par certains qui font tout de chez eux depuis des mois, sans rendre de compte…

Les élus SNJ condamnent cette attitude vis-à-vis des salariés qui se retrouvent alors victimes d’une double peine. Une décision unilatérale de l’exécutif et une politique de rigueur économique inhumaine de la direction. Avec, en filigrane, un chantage au siège : si la direction accepte les absences, on reviendra aux sujets communs comme l’an dernier. La belle affaire… En effet, en même temps on rogne sur les remplacements et on fragilise les précaires. La réponse n’est donc pas liée à la crise sanitaire mais bien à la seule ligne qui compte pour Delphine Ernotte : faire des économies. Nous demandons ici à la direction de revoir sa copie, à la fois pour cette période de vacances qui s’ouvre, mais aussi pour la dernière semaine d’avril, nouvelle période d’école à la maison pour certains parents.

Le deuxième exemple de cynisme social commence ainsi :

« Merci pour tout ! Acceptez nos conditions ou partez ! »

C’est en substance ce qu’une centaine de nos collègues a retenu à l’issue de plusieurs réunions organisées en visioconférence, il y a deux semaines par la direction des Antennes et des Pro-grammes.

Des réunions qui ont laissé nos collègues, parmi lesquels on compte de nombreux journalistes, totalement désemparés, choqués, angoissés. Ils travaillent depuis des années pour des émissions emblématiques du service public, comme « Thalassa », « Télématin », « Passage des Arts », « Des racines et des ailes », « Des chiffres et des lettres », ou « Faut pas rêver ».

Des programmes historiques de nos chaînes, mais que la direction de France Télévisions ne veut plus fabriquer en interne. Pour ne plus avoir à assurer « la gestion directe » de ces émissions, la direction a l’intention de les céder à une filiale, FTV Studio.

Les collègues qui fabriquent ces émissions n’ont pas leur mot à dire et sont priés de préparer leurs cartons, se sentant abandonnés par une direction qui organise leur déclassement. 

Nous, élus du SNJ, sommes ici pour les représenter. Pour  rappeler  à  la direction l’état de sidération dans lequel la plupart de nos collègues se trouve depuis une semaine.

Ils ont le sentiment d’être balancés dans l’inconnu, et nous posent des dizaines de questions :

« Que va-t-il advenir de mon contrat ? De mon salaire, de mes  primes,  de  mon  ancienneté ?  De mes   jours   de  congés,   de   RTT ?   De   mes   souhaits   de   formation,  d’évolution professionnelle ? L’accord collectif de France Télévisions ne s’applique pas dans cette filiale, alors comment vais-je travailler ? Dans quelles conditions ? »

Toutes ces questions, ils ne devraient pas avoir à se les poser. Parce que les programmes qu’ils fabriquent depuis 10, 20 ou 30 ans sont des émissions de France Télévisions, créées au sein de France Télévisions, et elles doivent rester au sein de l’entreprise. Notre cœur de métier est de fabriquer de l’information et des programmes : on  ne  délègue  pas  son  cœur  de  métier  à  une filiale !

La direction annonce vouloir renoncer à la gestion directe de tous nos magazines de découverte, magazines culturels, émissions de plateau et jeux. Demain, que va-t-on transférer dans une filiale ? Nos cars-régie, nos moyens de production, La Fabrique ? Nos magazines d’information ou de sport ?

Combien de salariés seront alors transférés contre leur gré ?

Mais revenons à aujourd’hui. Les salariés que la direction souhaite « sortir » de France Télévisions dès septembre 2021sont sidérés, inquiets, en colère.

Nous le sommes aussi.

Parce que nous refusons de voir France Télévisions, jeune entreprise unique, être à nouveau morcelée à coup de transferts et de cessions d’actifs. Parce que nous nous opposons au développement de filiales lorsqu’il s’agit de servir d’alibi à une dangereuse réduction des effectifs, une sorte de tour de passe-passe destiné à masquer l’échec de la RCC. 

Parce que nous refusons que France Télévisions se transforme en simple entreprise de diffusion, une coquille vide qui commanderait ses programmes à des filiales ou à des producteurs privés.

Nous demandons donc à la direction de renoncer au transfert de nos collègues, et des émis-sions qu’ils fabriquent, vers FTVStudio.

Paris, le 13 mars 2021